Avec la Dr Alya’a Samir Borhan comme sa nouvelle ambassadrice, la République Arabe d’Égypte renouvelle sa confiance en la capacité de la femme à la tête de la diplomatie égyptienne en terre mauricienne. À 47 ans, Alya’a Samir Borhan, qui a démarré sa carrière au ministère des Affaires Étrangères de son pays pour être à plusieurs reprises chargée de mission à l’étranger, est une spécialiste de l’économie. D’où son ambition de renforcer les échanges commerciaux entre Port-Louis et le Caire. Si Madame l’ambassadrice a découvert et adopté le ‘napolitaine’ mauricien, elle a aussi craqué pour notre thé à la vanille…

Vous êtes en poste depuis novembre 2020.Vous avez eu le temps de faire connaissance avec votre nouvel environnement. Jusqu’ici, tout va bien?
Je suis très heureuse ici. I have zero home-sickness! Je me sens plus qu’à la maison et j’ai l’impression d’être là depuis plus de trois mois. La population est accueillante. Je suis invitée de toute part, que ce soit pour des fonctions officielles ou sociales. Et de mon côté, je reçois beaucoup de personnes tous les jours. Slowly but surely, I am expanding my network of friends here. Côté nourriture, j’ai découvert et apprécié les ‘napolitaines’, le briyani et je suis ravie de pouvoir trouver l’eau de coco ici. J’en buvais beaucoup quand j’étais en poste en Malaisie.

Maurice et l’Égypte sont en tout ou presque aux antipodes. Avez-vous, néanmoins, décelé des similitudes entre les deux pays?
Tout comme Maurice, l’Égypte est un melting pot avec un grand  héritage génétique varié qui découle des colonisations. The genetic pool in Mauritius too is diverse. C’est fascinant et beau à la fois! Comme à Maurice, le secteur touristique est très important en Égypte. It’s a key sector for us. We were also badly hit by the Covid-19 and we can relate to the grievances of the Mauritian people regards to the low income from the tourism sector. Nous avons cette problématique en commun. Le plurilinguisme et le bilinguisme sont un autre point que nous partageons avec Maurice. Nos deux pays ont été colonisés par les Français et les Anglais. Même si la colonisation française n’a duré que trois ans en Égypte, comparée à la période coloniale britannique, le français est une langue où la génération de mes parents est très à l’aise, alors que l’anglais demeure prédominant. Port-Louis me fait aussi penser quelque peu à Port-Said et à une autre ville portuaire qu’est Alexandrie. L’eau, en référence au Nil, a une signification hautement importante pour nous Égyptiens, et ici, on est entouré d’eau. Ce qui tombe bien, je suis du signe du Cancer.

Vos endroits préférés à Maurice?
Tamarin et Le Morne. J’ai assisté à la cérémonie commémorant l’abolition de l’esclavage au Morne et j’ai été touchée par le village et son histoire.

Votre prédécesseure: Aya Saad Mohamad Abdelkarim est une femme. Est-ce que cela veut dire que le Caire est plus en faveur d’une politique de diplomatie féminine en matière de coopération Égypte/Maurice?
Je suis la 5e femme à remplir ces fonctions à Maurice. Il faut dire que le pays est très sécurisant pour une femme. Maurice est considéré comme un pays à revenus plutôt élevés, donc la qualité de la vie ici est très bien. Le ministère des Affaires Étrangères égyptien accorde une attention spéciale à Maurice qui se distingue pour sa stabilité et son système démocratique. Ceux qui sont envoyés en mission à Maurice sont considérés privilégiés. De plus, depuis 1976, nous entretenons de bonnes relations avec Maurice avec qui nous collaborons politiquement, et nos collaborations multilatérales ou bilatérales se passent bien. There is no pending issues between Mauritius and Egypt. Nous avons été un des plus grands soutiens de Maurice dans ses revendications pour retrouver sa souveraineté des Chagos. This is an issue which is very close to our heart. La conseillère légale pour l’Union Africaine est une Égyptienne, la Dr Namira Negm. Elle est une diplomate de carrière et a défendu les intérêts de Maurice à La Haye. Nos deux pays se soutiennent mutuellement sur le plan international.

Donc l’Égypte accorde toute sa confiance à la femme diplomate pour maintenir l’entente cordiale entre les deux pays amis.
Oui. Dans notre ministère, presque 25% des diplomates sont des femmes. Et la plupart des nouveaux diplomates sont des femmes. Elles sont des travailleuses assidues, travaillant encore plus que les hommes. C’est mon cas. Je travaille énormément. Je voudrais laisser mon empreinte à Maurice, c’est l’objectif que je me suis fixée avant de quitter ce pays, dans quatre ans. Je suis arrivée à ce niveau principalement grâce au soutien de mon père, lui-même ancien ambassadeur. Je suis née dans une famille de diplomates. Mon jeune frère, mes deux cousins, mon oncle sont diplomates. Mon père m’a toujours encouragée dans mon éducation. Le soutien de la famille pour la femme et surtout celui du père, dès l’enfance, puis celui du mari est capital. D’autre part, la femme doit aussi être en mesure de faire ses preuves, être disciplinée, confiante, de dire quand elle n’est pas d’accord avec quelque chose et travailler avec rigueur. Elle doit trouver le juste équilibre entre la famille et la carrière. La femme peut travailler comme un homme, mais pas l’inverse. Quand on dit que la femme doit avoir les mêmes droits que l’homme, je ne crois pas que ce soit juste car, à mon sens, la femme est supérieure à l’homme. Il faut parler d’équité en genre. Et dans sa quête professionnelle, la femme ne doit pas renier son identité. Nous sommes différentes, nous sommes spéciales…

Quel est l’agenda économique de l’Égypte pour Maurice pour l’année 2021, dans un contexte où la pandémie du Covid-19 a grandement impacté sur les investissements, exportations et importations, dans le monde?
Je souhaiterais vivement encourager la communauté des professionnels des affaires égyptiens à venir investir à Maurice afin qu’il y ait plus de produits made in Egypt sur le marché mauricien, pas uniquement dans des supermarchés, mais dans les grandes chaînes. Maurice importe un gros pourcentage de ses produits alimentaires et peut très bien importer d’Égypte qui est un pays africain et membre du COMESA. J’aimerais voir d’importantes délégations égyptiennes venir investir également dans les secteurs clés comme le tourisme, la construction, l’économie bleue, l’agro-industrie, l’infrastructure… Nous avons des entreprises qui sont capables de réaliser des projets de construction. Ce secteur est dynamique et nous serions heureux de participer à la modernisation de cette île. J’aimerais beaucoup travailler sur l’aspect commercial de notre relation avec Maurice. Toutefois, la quarantaine, à cause de la Covid-19, nous impose des limites. Mais lors de ma dernière rencontre avec des hauts officiels du ministère des Finances, j’ai suggéré que les hôtels convertis en centres de quarantaine soit dotés de matériel informatique adéquat pour assurer des vidéo conférences, des séminaires en ligne, avec un excellent accès à internet. Dans cette optique, les hôtels peuvent envisager l’aménagement d’un espace de travail dans les chambres ou suites. Donc, pendant les deux semaines à l’hôtel, les investisseurs peuvent joindre l’utile à l’agréable et préparer leur plan de travail en prélude à leur mission. We need to think out of the box. Covid is an emergency, but it can be also an opportunity. Well, this is the new normal. I suspect that with the new variants out there, we will need to live with Covid-19 for the years to come.
De par votre vision d’échanges commerciaux, on peut donc s’attendre à la signature de nouveaux accords entre le Caire et Port-Louis!
Oui, nous avons déjà un accord signé il y a quelques années et que nous entendons poursuivre et réactualiser.

Vous disiez plus tôt vouloir voir plus de produits égyptiens dans nos hypermarchés. Lesquels?
Des produits alimentaires de base, du chocolat. Des produits cosmétiques, nous en avons de très bonne qualité, en cuir, du marbre, des matériaux de construction, l’électroménager… Il y a aussi des produits pharmaceutiques accrédités par l’Organisation Mondiale de la Santé. En textile, nous produisons le meilleur coton au monde. Nous pouvons même envisager un projet de coopération conjointe avec Maurice pour nos productions en textile, lesquels seront acheminés dans  l’île pour la finition. Maurice  pourrait alors servir de plateforme pour le marketing de ces produits de textile dans les régions de la Sadec et membres du Comesa.

L’Afrique du Sud, qui est à proximité, et la Chine, sont deux compétiteurs féroces…
Oui, mais nous faisons aussi partie du Comesa et nous avons également adhéré au Continental African Free Trade Agreement. Les échanges entre nos deux pays ont déjà commencé depuis janvier. Nous avons, les deux partenaires, le désir de travailler ensemble et de renforcer notre politique bilatérale de commerce. Je suis encline à l’idée de rencontrer également des commerçants mauriciens pour leur expliquer que l’Égypte est disposé à travailler avec eux, à faire du business, et aimerait connaître leurs attentes.

Et de son côté, Maurice devrait, selon vous, miser sur lesquels de ses produits à exporter en Egypte?
Quand j’ai rencontré le Premier ministre, une des choses que je lui ai demandé est d’exporter davantage de thé à la vanille. Ce thé est excellent. Les Égyptiens sont de grands consommateurs de thé and we should have this kind of tea diplomacy with Mauritius.  Aussi, plus de fruits, notamment l’ananas – les Égyptiens en sont friands, le litchi… Sinon, l’Égypte est très intéressée à bénéficier de l’expertise mauricienne en asset et portfolio management.

Le premier cas de Covid-19 sur le continent africain est apparu en Égypte, c’était il y a tout juste un an. Depuis, des entreprises pharmaceutiques, dont la célèbre Eva Pharma, se sont lancées dans la fabrication de médicaments contre le virus. Est-ce qu’il y a eu des discussions pour que Maurice puisse bénéficier de l’expertise égyptienne?
Tout à fait, le mois prochain se tiendra un séminaire en ligne avec des entreprises pharmaceutiques égyptiennes, pour faire connaître leurs produits. Ce sera dans le même souffle une occasion pour Maurice de diversifier et d’élargir ses marchés.

Quelle sera votre plan  pour renforcer et encourager le tourisme dans les deux pays respectifs?
Je travaille déjà sur un projet de brand ambassador qui aura pour attributions de promouvoir l’Égypte à Maurice. Et au ministère des Affaires Étrangères en Égypte, je leur ai demandé de trouver une figure publique égyptienne qui, elle, fera la promotion de Maurice là bas. Il faut dire que Maurice est déjà connue en Égypte pour être une destination de lunes de miel.