Le groupe de reflexion comprend de droite à gauche : Jean-Michel Giraud, Vivian Gungaram, Michael Glover, Rama Poonoosamy, Jessika Rosun etHenry Wing Kai

Alors que l’assemblée générale élective du Comité olympique mauricien (COM) a été reportée après les Jeux Olympiques de Tokyo prévus en juillet-août de l’année prochaine, la démission de l’actuel président, Philippe Hao Thyn Voon, est réclamée. Un groupe de réflexion, qui devrait graduellement être élargi, a vu le jour et a tenu un point de presse, hier en fin d’après-midi, à l’hôtel Le Labourdonnais au Caudan. Le directeur de l’Agence Immedia, Rama Poonoosamy, lui-même ancien volleyeur, a pu réunir à ses côtés l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports Michael Glover, le président de la Mauritius Athletic Association, Vivian Gungaram, l’ancien président de la fédération de tennis Jean-Michel Giraud, le recteur du collège Royal de Port Louis, Henry Wan Wing Kai, et la spécialiste du lancer du javelot, Jessika Rosun.

Pour Rama Poonoosamy, ce groupe de réflexion, qui a vu le jour voilà quatre semaines, souhaite apporter un « élan de salubrité et une prise de conscience » quant à la situation actuelle du sport. Tout en se disant interpellé par cette situation malsaine, il s’est élevé contre ce qu’il considère comme le manque de fair-play au sein du COM, à l’exemple du fait que les membres ne soient en présence des amendements aux statuts que le jour de l’assemblée générale annuelle.

L’intervention la plus attendue aura été celle de Jessika Rosun, qui avait fait l’actualité bien malgré elle lors des derniers Jeux du Commonwealth à Gold Coast. La spécialiste du lancer du javelot s’est élevée contre la prise de position adoptée par le président du COM concernant le cas de harcèlement sexuel allégué dont elle se dit avoir été victime. « Je dénonce l’attitude de Philippe Hao Thyn Voon qui a banalisé ce cas lors d’une conférence de presse. Il a qualifié ce geste de enn ti pink-pinkou tout en mimant le geste. Je me suis sentie dénigrée, car je m’attendais à plus de professionnalisme et de respect de sa part. » Dans la foulée, Jessika Rosun a également demandé le départ de Philippe Hao Thyn Voon du COM. « Il est grand temps qu’il passe le flambeau, car le COM n’est pas une chasse gardée. » À l’issue de la conférence de presse, elle nous a souligné n’avoir aucune idée quant à la date précise du procès intenté à Kaysee Teeroovengadum, même si le mois d’octobre avait été avancé en début d’année.

Ancien vice-président et secrétaire général du COM, Vivian Gungaram s’est de son côté appesanti sur l’aide accordée par le Comité international olympique (CIO), mais qui n’a pas été utilisée à bon escient. Il a dans ce contexte cité les projets financés par la Solidarité Olympique et s’est dit « écœuré et en colère » que Maurice n’a dépensé que 25% du budget alloué. Il a également cité deux projets pour le développement de la structure sportive au niveau national, soit au coût de 40 000 dollars par projet. Toutefois, après ceux réalisés par l’ancien DTN de tennis, Philippe Lemoine, et l’autre au niveau de l’athlétisme, rien n’a suivi. Le président de la MAA a également fait ressortir que la lutte contre le dopage n’est pas suffisamment engagée.

Un cancer qui ronge

De son côté, Michael Glover a effectué un retour en arrière pour évoquer la promulgation de la Sports Act en 1984 et l’indépendance accordée alors aux fédérations. Reste que selon lui, la situation s’est dégradée à partir de 1992 avec l’émergence de clus fictifs et par la suite des fédérations fictives une dizaine d’années plus tard. « C’est un cancer qui ronge l’organisation du sport à Maurice. Ces fédérations fictives n’existent que sur le papier et possèdent un droit de vote à l’assemblée générale élective. Ce qui est inacceptable et constitue une tricherie qui tuera la démocratisation du sport. » L’ancien ministre dénoncera également le traitement accordé à Rodrigues, qui était en faveur de l’émergence d’un Comité régional d’organisation sportive (CROS), sous l’égide du COM. Tout comme c’est le cas pour l’île de La Réunion et les autres départements français outre-mer. Cette démarche effectuée par feu Ismaïl Vallymamode (alors Commissaire des Sports) et l’ancien athlète Daniel André n’avait pas, selon ses dires, été vue d’un bon œil par Philippe Hao Thyn Voon. « Il a donné de mauvais renseignements à Jérôme Poivey, représentant du CIO, et cette demande a été rejetée. Cela constitue selon moi une insulte aux Rodriguais et Hao Thyn Voon leur doit des excuses. »

L’émergence des fédérations sportives a également été dénoncée par Jean-Michel Giraud. « Bizarrement, ce sont les employés d’une compagnie de construction qui fait actuellement l’actualité qui représentent ces fédérations », a-t-il ironisé. Il s’est demandé comment par exemple le canoë-kayak peut être pratiqué vu qu’il n’existe pas de cours d’eau pour sa pratique à Maurice. Celui qui avait déjà aspiré à la présidence du COM a ainsi dénoncé « de véritables méthodes mafieuses » au sein de cet organisme. Jean-Michel Giraud dit souhaiter que le secteur privé aide davantage la chose sportive, mais a émis des doutes. « Comment voulez-vous qu’il soit associé à ces méthodes mafieuses ? », s’est-il demandé.

Intervenant de son île natale, Daniel André s’est aussi élevé contre l’attitude adoptée par Philippe Hao Thyn Voon pour contrer l’institution d’un CROS. « Il a abaissé les Rodriguais et cet acte peut être qualifié d’antipatriotique. Il m’a même insulté et Vivian Gungaram peut en témoigner. » D’où son désir que le président du COM prenne la porte de sortie. « Il doit tirer sa révérence, car il est temps que le sport mauricien trouve un nouveau souffle. » Quant à Henry Wan Wing Kai, il a jeté un regard critique sur la situation du sport à Maurice. « Le sport scolaire souffre, car rien n’est effectué sur sa promotion au niveau des institutions secondaires. Il en est de même pour le sport féminin. Pour ce qui est du COM, je considère qu’il constitue un organisme figé avec le même modèle de gestion depuis plus de trente ans. » Ancien capitaine de la sélection nationale de basket-ball aux premiers Jeux des îles et aux Jeux d’Afrique en 1978 en Algérie, Henry Wan Wing Kai a donc plaidé pour une relance du sport à tous les niveaux et à une nouvelle vision.

Le fait d’un nombre plus conséquent de dirigeants que de sportifs aux manifestations internationales, la présence de leurs conjointes, l’aide financière accordée à Kaysee Teeroovengadum dans le cadre de son procès ont également été au centre des débats.