Les chauves-souris sont sont peut-être les mammifères les plus détestés en ce moment, car considérées comme une nuisance, mais leur massacre, en vue de protéger les fruits de saison, a aussi causé l’extinction de certaines espèces uniques.

Dans un monde où le changement climatique bat son plein, du fait de nos actions, les chauves-souris se voient obligées de quitter leur habitat naturel pour chercher à se nourrir ailleurs. D’un autre côté, l’absence de cyclones augmente leur nombre, accentuant la problématique et, de facto, alimentant les débats passionnés entre les défenseurs de ces mammifères et ceux qui, au contraire, en souhaitent l’abattage.

Une présentation effectuée par le Dr Vikash Tatayah, Conservation Director à la Mauritian Wildlife Foundation jeudi, à l’hôtel Labourdonnais, a permis d’être plus éclairé sur la problématique des chauves-souris.

Prenant en considération les grands cyclones que le pays a connus, il avance que les moins de 30 ans ne connaîtront pas cela, car le changement climatique a fait chuter le nombre de cyclones intenses. « Les cyclones régulent les chauves-souris. Et le changement climatique a fait augmenter leur nombre à Maurice », précise-t-il.

De plus, la baisse dans la superficie des forêts est aussi une cause de l’augmentation de chauves-souris dans nos jardins. Les singes dans les forêts, fait-il ressortir, sont un problème émergent. « Ils font de la concurrence aux chauves-souris pour chercher à manger. De ce fait, ces mammifères sont obligés de se tourner ailleurs. »

Le Dr Vikash Tatayah déplore de même le manque de connaissance du pays au sujet des chauves-souris. « Nous les voyons dans nos jardins. Nous les détestons. Ils nous tiennent éveillés la plupart du temps. Nous devons tout nettoyer le matin et nous les détestons avec passion », dit-il. Mais l’autre face des chauves-souris est méconnue, étant donné que ces mammifères ne sont pas reconnus. « Les chauves-souris pollinisent les plantes et dispersent les fruits. Elles peuvent voler des kilomètres », dit-il devant des acteurs économiques du privé et du public.

Pour démontrer l’importance des chauves-souris dans cet exercice de pollinisation, il avance qu’une chauve-souris peut voyager de Port-Louis avec un fruit et le jeter à Souillac en une nuit. Une autre chauve-souris peut, de Souillac, se diriger vers Cap-Malheureux, et à travers ses fientes, des arbres fruitiers peuvent pousser. « Ces chauves-souris font ce travail de disperser les fruits, mais sont considérées comme acquises », déplore cet expert.

Dans sa présentation, il fait ressortir de quelle manière les chauves-souris sont essentielles pour la fertilisation de la terre. Autant qu’elles soient haïes, le Dr Vikash Tatayah souligne que ces chauves-souris capturent des insectes lorsqu’elles volent la nuit. Et leur autre avantage, c’est qu’elles pollinisent une bonne partie des plantes endémiques et assurent une couverture végétale sur Maurice. « Si nous avons un peu de forêts à Maurice, les chauves-souris en sont principalement responsables », dit-il.

Ceci grâce à leur travail de disperser les fruits. Le Dr Vikash Tatayah ne refuse pas que les chauves-souris consomment les fruits, mais il craint que les chauves-souris soient porteuses de virus mortels. Pour lui, les chauves-souris sont « injustement » accusées et cela crée ainsi une haine envers ces mammifères dans l’esprit des gens.

Mais la grande question qui se pose est pourquoi les chauves-souris mangent nos fruits ? Selon le Dr Vikash Tatayah, il existe moins de 1,13% de forêt de qualité à Maurice. « Où chercheront-ils à manger si ce n’est pas dans votre jardin ? », se demande-t-il, avant d’aller plus loin. D’un ton plus franc, il avance que bon nombre de fruits sont jetés. Même s’il reste peu de forêts, il déplore que les gens continuent d’abattre les arbres et il dit regretter que les autorités « ne font rien » à ce sujet.

Les chauves-souris dans le monde

Selon les statistiques, il existe plus de 1 000 espèces de chauves-souris dans le monde. Et selon le Conservation Director, davantage de chauves-souris continuent à être découvertes. Les chauves-souris représentent 1/4 de tous les mammifères sur terre. Il fait ressortir que les chauves-souris effectuent un « travail excellent » s’agissant de la pollinisation.

Et d’ajouter que, grâce à une espèce de chauves-souris, aussi petite qu’une pièce, la tequila existe toujours. Le travail des chauves-souris dans le contrôle des insectes est salué. « Si nous devions payer ce service des chauves-souris, nous aurions dépensé des milliards de roupies. Nous avons ce service gratuitement et nous le prenons pour argent comptant », déplore-t-il.

Parlant des grandes chauves-souris (“fruit bats”), le Dr Vikash Tatayah avance que ces mammifères ont existé avant que l’homme ne vienne coloniser. Il existait différentes espèces de chauves-souris dans les Mascareignes et certaines ont complètement disparu. « Nous avons connu la plus forte baisse de chauves-souris au monde. Nous avons perdu la Petite Roussette. Nous croyons aussi avoir perdu la chauve-souris de Rodrigues et, à Rodrigues, la chauve-souris de Maurice n’existe plus », dit-il.

La roussette de Maurice ne se trouvait plus à La Réunion, jusqu’à tout récemment où un travail de recolonisation a été fait. « Lorsque nous regardons les trois îles, on note l’extinction des chauves-souris. Et la plus forte baisse est enregistrée dans les îles des Mascareignes », dit-il.

En vue de protéger les fruits, le Conservation Manager est pour l’utilisation des filets de protection mais demande que ces filets soient bien appliqués. Pour s’adapter au changement climatique, il demande que l’écosystème du pays soit restauré. « Il nous faudra les chauves-souris pour ce travail. Nous ne devons pas les abattre mais plutôt les protéger », dit-il.

Au moment que le Climate Change Bill est débattu à l’Assemblée nationale, il déplore que les chauves-souris soient tuées. L’éducation sur la préservation de ces animaux, pour le directeur, est « essentielle », et qu’il faut cesser tout abattage des chauves-souris maintenant.