Avant de faire son grand plongeon dans le bassin du MSM, fin 2019, pour devenir députée de la circonscription No 14 Savanne/Rivière-Noire, Sandra Mayotte se préparait à sortir un album et fêter ses 20 ans de carrière. Elle a, de son propre chef, dit-elle, choisi le Parlement au studio d’enregistrement. Et a mis en veilleuse la scène. Son album est alors resté au fond d’un tiroir. Mais le temps d’une compilation, Lamour Agape, son producteur Gérard Louis a sorti deux titres, Sinbol lamitie et Nou Zenes (chanson de Cassiya qu’elle reprend) de l’album et relancé la députée sur l’échiquier musical. Sandra Mayotte a fait la promotion de Lamour Agape aux côtés des chanteuses Kelly Figaro et Daniella Résidu, cette semaine.

Avec quel sentiment renouez-vous avec la chanson?

Cela me fait énormément plaisir d’entendre une de mes chansons et une reprise sur cette compilation, d’autant que je suis heureuse de pouvoir chanter un thème qui parle de notre culture,  de nos plats. La dernière fois que je suis montée sur scène à Maurice remonte à 2018. Il y avait un album de prévu en décembre 2019. Mais cela n’a pu se faire pour des raisons que l’on connaît. J’avais fait le choix de la politique. On sait que lorsqu’on se lance en politique, cela représente un engagement qui demande beaucoup de travail. Je n’ai pas été interdite de chanter. Le Premier ministre ne m’a jamais demandé d’arrêter ma vie d’artiste. Mais si j’avais poursuivi ma carrière de chanteuse en parallèle à la politique, j’aurais eu d’autres obligations. J’aurais eu à faire des promotions à Maurice, à La Réunion et ailleurs s’il n’y avait pas la pandémie. Comme je n’aime pas faire les choses à moitié, j’ai fait un choix. A travers cette compilation, je continue à être l’artiste que j’ai toujours été, que je suis et que je serai. Je suis fière de l’être.

Que répondez-vous à vos mandants qui pourraient se demander si votre emploi du temps de députée vous permet de faire la promotion d’un album, au lieu de vous occuper des affaires de votre circonscription?

Je ne crois pas que mes mandants réfléchissent de cette manière. Ils savent que je suis sur le terrain quasiment tous les jours. J’arrive à concilier mes activités, aussi différentes soient-elles, sans que ce ne soit fait au détriment de mes mandants. D’ailleurs, durant toute ma carrière, on me demandait souvent comment j’arrivais à faire tant de choses en même temps. Quand j’étais animatrice, je travaillais, je m’occupais de mes trois enfants, d’une famille et de ses besoins, de ma vie d’artiste… Je trouvais le temps qu’il fallait, sans mettre aucune de mes responsabilités en péril.

Des artistes qui ont produit une maquette attendent toujours les Rs 15 000 du Covid Support Plan du ministère des Arts et du Patrimoine Culturel. Le temps passe et ils sont mécontents. Votre opinion?

Je ne voudrais pas marcher sur la plate-bande du ministère des Arts et du Patrimoine culturel. Il faudrait lui poser la question pour comprendre les raisons du retard. Néanmoins, étant moi-même artiste, cela m’attriste de voir la situation dans laquelle ils sont à cause du contexte économique lié à la pandémie de la Covid-19. Il n’y a aucune plateforme qui leur permet de travailler comme auparavant. Mais avec les hôtels qui redémarrent, beaucoup d’artistes pourront retrouver leurs activités. Quant aux autres professionnels qui avaient l’habitude de voyager – car c’est à l’étranger qu’ils gagnent mieux leur vie –, la réouverture totale des frontières leur permettra de se produire à nouveau ailleurs.

Quelle a été concrètement votre contribution pour faciliter la vie de vos mandants au No 14, depuis que vous êtes députée?

A chaque fois qu’on m’appelle ou que j’entends un témoignage, pour dire: “Mersi, nou’nn resi gagn nou lakaz NHDC” parce que j’ai pu aider une famille à décanter une situation, pour de multiple raisons, cela me conforte dans mon engagement auprès de mes mandants et me fait chaud au cœur. C’est le résultat de mon travail! Bien souvent, ces familles ne savent pas comment faire des démarches administratives pour bénéficier d’une aide pour la dalle de leur maison ou encore comment monter une coopérative. Il y a aussi des projets d’infrastructure, de nouvelles routes, des réfections du côté de Bambous/Rivière-Noire et de La Gaulette qui ont été faites. A La Gaulette, il y a eu l’installation du système de canalisation d’eau. Chamarel a été un village à l’abandon pendant 15-20 ans. Aujourd’hui, Chamarel a une nouvelle route. Ce vendredi (ndlr: le 8 octobre) nous avons passé une bonne partie de la mi-journée à Chamouny où les rues sont inondées pendant les averses à cause de l’eau qui provient des montagnes et hauteurs. Nous faisions un constat sur place pour envisager des solutions, dont la construction d’au moins 4 ponts. Pour certains, je suis peut-être encore une néophyte qui ne sait pas encore faire de la politique!

Donc, maintenant que vous avez passé le cap de rodage, quelle est votre ambition politique ou quel ministère lorgnez-vous?

Par respect pour mes collègues, je ne dirais pas que je vise un ministère. Mais je parlerai plutôt des dossiers qui m’interpellent. Notamment la culture, plus précisément l’avenir de la culture, sa compréhension par la génération présente, particulièrement par les enfants. Je me sens aussi concernée par les grandes problématiques liées à la pauvreté, ainsi que la condition des femmes, la situation des enfants à Maurice, les grossesses précoces…

Est-ce que le courant passe entre vous et le ministre des Arts et du Patrimoine culturel, Avinash Teeluck?

Oui, nous entretenons de bonnes relations. Il nous arrive à l’occasion d’échanger nos points de vue sur des questions relatives au dossier de la Culture.