• — La BoM avertit: « The phasing of any measure (Covid-19 Support Programme) must be done very cautiously »
  • — Avec la réouverture des frontières devant offrir une plateforme de relance au tourisme, SOS des industriels à l’exportation avec l’explosion des contaminations dans les dortoirs
  • — Appel à la mobilisation syndicale face aux séquelles du Blank Cheque sous la Workers Rights Act pour des compressions de personnel

Qu’importe la posture qu’adopte le ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, qui bénéficie d’un sauf-conduit politique contre toute démission de la part du leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, le front de la pandémie de Covid-19 se présente tout en paradoxe. Face à la l’explosion des cas de contamination, attribuée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au variant Delta du virus dans d’autres pays au monde, sauf à Maurice, les autorités sont engagées dans le marketing d’une nouvelle, asymptomatique, ou encore des vertus de la vaccination. N’empêche que les faits sont têtus: en une semaine le nombre d’infections dépassant largement la barre de 1000 pour se maintenir à une moyenne de 200 nouveaux cas par jour. D’autre part, la réouverture des frontières depuis le 15 juillet et l’échéance du 1er octobre toujours en vue, une embellie aurait dû se faire sentir à l’horizon économique. Mais la multiplication des cas dans des dortoirs représente un handicap non négligeable pour la production de ces unités industrielles tournées vers l’exportation. Sur deux autres tableaux avec des mesures s’apparentant à une sortie totale de Lockdown, notamment celui du travail avec des amendements à la Workers’ Rights Act, et des banques, dont le gouverneur de la Banque de Maurice, Harvesh Seegoolam, ouvrant le volet de l’Unwinding Phase du Covid-19 Support Programme, l’instabilité devrait gagner en intensité au fur et à mesure.

Depuis mars de l’année dernière pour la première vague de Covid-19 et le Hard Lockdown à hier, Maurice a energistré 3841 cas de contamination à la Covid-19. Alors que jusque-là, Lakwizinn du PMO vendait la thèse du succès de Maurice dans le combat contre le virus invisible, l’évolution de la situation sur le terrain a changé du tout à partir du début de juillet. Très vite, la moyenne de cas détectés chaque jour devait connaître une ascension fulgurante pour se retrouve à un peu plus de 200.

Dans d’autres pays, toute accélération dans le nombre d’infections quotidiennes au cours de ces dernières semaines s’explique par la présence de la Fast-Spreading Covid-129 Variant à Maurice, les services sanitaires récusent cette thèse de la présence de la souche Delta. Au point où au tableau officiel de l’Organisation mondiale de la Santé, Maurice n’avait rapporté au 22 juillet que deux cas de la souche Delta, alors que le ministre Jagutpal a parlé publiquement de six cas, tous importés.

Face à cette situation inquiétante, le nouveau Buzzword à la Santé se résume à asymptomatique. Kailasdh Jagutpal, qui est revenu à la télévision vendredi, en a fait son cheval de bataille en déclarant que 99% des cas enregistrés sont classés dans cette catégorie, les contaminés ne présentant aucun symptôme. Et depuis hier matin, le ministère de la Santé a changé le format de présentation des données n’affichant qu’un seul chiffre portant sur le nombre de cas détectés et en complément le compteur de la vaccination, soit à 50% pour la première dose et 40% pour la deuxième à vendredi.

Plus aucun détail sur la répartition des cas dans les dortoirs des travailleurs étrangers et les agglomérations comme il a été le cas jusqu’à récemment. Rien sur  les relevés lors des exercices de Contact Tracing et mêmes des visites dans des Covid-19 Testing Centres, soit les Flu-Clinics. Cette innovation a tout, sauf les caractéristiques relevant de la transparence et de la bonne gouvernance dans la gestion de la pandémie, telles que pratiquées dans tous les autres pays.

Une analyse des dernières données détaillées pour la période allant de dimanche à vendredi de la semaine écoulée indique que sur les 977 cas détectés, 575 provenant de dix dortoirs transformés en quarantaine et placés sous stricte surveillance; 195 suite à des tests sur des Mauriciens se rendant dans les Flu Clinics, un indicateur du taux de prévalence du virus dans la communauté; 115 lors des exercices de dépistage; 3 dans des unités de soins et deux dans des cliniques privées.

Avec les 132 nouveaux cas d’hier matin, cette répartition adoptée depuis mars de l’année dernière a disparu. Néanmoins, le bilan de la pandémie au niveau des dortoirs peut être difficilement être occulté pour longtemps encore. La mise en quarantaine de ces travailleurs étrangers, de même que leurs collègues mauriciens, influe sur les opérations industrielles au terme du protocole sanitaire agréé entre la Santé et la Mauritius Export Association (MEXA), et même des fermetures d’usine pour des opérations de désinfection.

Au vu de la situation, qui s’est développé depuis juin à la conserverie de Princes Tuna Mauritius et ses 218 cas, chez Real Garments Ltd et en fin de semaine à la Compagnie mauricienne de textiles (CMT), la direction générale de la MEXA, en consultation avec Business Mauritius, est montée au créneau pour réclamer une adaptation du cadre et des procédures en vigueur, nécessitant des ruptures des opérations de production industrielle et des commandes n’étant pas délivrées à des clients à l’étranger dans les délais impartis.

Deux éléments susceptibles d’alimenter la chronique

A cet équilibre précaire sur les lignes de production et des risques potentiels d’interruption à l’usine vient s’ajouter ce signal lourd de sens du gouverneur de la Banque de Maurice au niveau de la trésorerie. Bousculé indirectement à l’Assemblée nationale, mardi, avec les opérations de la Mauritius Investment Corporation Limited (MICL), Harvesh Seegoolam s’est signalé, vendredi, lors de la Main Edition des Bank of Mauritius Thought Keadership Series sur le thème Banking Resilience: Global and Domestic Perspective.

La Keynote Address du gouverneur de la Banque de Maurice comporte deux éléments susceptibles d’alimenter la chronique. Le premier facteur à risques se résume à la fin de la période de moratoire et d’encadrement des opérateurs économiques face aux dégâts de la pandémie. Avant d’entrer dans le vif sujet, il se félicite de la résilience des banques commerciales en passant en revue les paramètres de capitalisation, dont entre autres le Capital Adequacy Ratio,  le Non-Performing Loan Ratio et le Liquidity Coverage Ratio. « Stress tests conducted by the Bank of Mauritius confirm that banks remain resilient. However, the reality is that we cannot sleep on our laurels. This is the time for us to gear up for the challenges ahead », dira-t-il en enchaînant avec le challenge le plus conséquent, soit les risques financiers avec l’étape d‘Unwinding of Support Measures.

« We are well aware that, sooner or later, the support measures would need to be unwound in a phased manner. The critical point is to ascertain that any unwinding of support measures does not lead to financial stability risks. The phasing out of any measure must be done cautiously », recommande en avant-goût le gouverneur de la Banque centrale non seulement à l’adresse des banquiers, mais aussi aux opérateurs économiques, vu que cette étape sera marquée par l’heure des comptes à être réglés avec le Bact to Normal in the New Normal dans le monde des affaires.

La réflexion de Harvesh Seegoolam, qui devrait mettre mal à l’aise encore le monde des affaires, porte sur la profitabilité des banques dans un contexte où les Balance Sheets des entités économiques sont au rouge. « Ladies and gentlemen, what matters most, and especially our CEOs of banks, is the fact that the banking sector continues to be profitable », déclare-t-il, même s’il se rattrapera en ajoutant que « profitability enables banks to continue building buffers ».

Néanmoins, ces Buffers à la Harvesh Seegoolam suffiront-ils pour réduire le nombre d’employeurs intéressés à prendre avantage des amendements Padayachy à la Workers’ Rights Act en vue de procéder à des licenciements économiques post-Covid? En tout cas, au sein de la communauté des syndicats, l’on craint fort que ce Blank Cheque aux employeurs avec l’adoption prochaine du Finance Bill pourrait se retrouve au coeur d’un autre paradoxe, à savoir la Financial Stability prônée par le gouverneur de la Banque de Maurice aux dépens  de la Socio-Economic Instability avec une reprise du chômage et ses séquelles…