(Photo by Bertrand GUAY / AFP)

La France s’est réveillée samedi sous le choc au lendemain de « l’attentat terroriste islamiste » au cours duquel un Russe tchétchène de 18 ans a décapité un professeur de collège pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet, dans un pays qui s’interroge sur le séparatisme religieux.

Trois semaines après une attaque islamiste durant lequel un Pakistanais avait blessé à coups de hachoirs deux personnes qui se trouvaient devant les anciens locaux de l’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, et en plein débat sur la préservation de la laïcité face aux assauts communautaristes, l’assassinat de vendredi a révolté le pays.

« La terreur islamiste frappe l’école », titrait le journal Le Figaro. « L’effroi » pour le Parisien. « Le terrorisme islamiste frappe l’école au coeur » pour Le Monde. La presse française reléguait le couvre-feu pour lutter contre le Covid-19 au second plan et se consacrait largement à cette attaque dont les enquêteurs remontaient la piste samedi.

Un total de neuf personnes ont été interpellés et placées en garde à vue depuis vendredi soir, des proches de l’assaillant, mais aussi des parents d’élèves du collège du Bois d’Aulne dans la banlieue ouest de Paris.

Selon Rodrigo Arenas, co-président de l’association de parents d’élèves FCPE, le professeur, Samuel Paty, avait « invité les élèves musulmans à sortir de la classe » car il s’apprêtait à montrer une caricature du prophète Mahomet. Un signalement était remonté à M. Arenas, faisant état d’un « père extrêmement énervé ».

– Père d’élève interpellé –

Le père en garde à vue est celui qui s’était indigné, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, que l’enseignant ait montré des caricatures de Mahomet « nu » pendant un cours dans la classe de 4e de sa fille.

L’attaque contre les anciens locaux de Charlie Hebdo avait été lancée après que le journal a republié des caricatures de Mahomet lors du procès des complices des assaillants de janvier 2015. Ces derniers, qui avaient exécuté 12 personnes, avaient affirmé agir en représailles après la publication de ces mêmes caricatures.

L’identité de l’assaillant de Conflans, a par ailleurs été confirmée par les enquêteurs, selon la source judiciaire. Il s’agit d’un jeune Russe tchétchène de 18 ans né à Moscou.

Vendredi vers 17H00 (15H00 GMT), il a décapité M. Paty, professeur d’histoire-géographie de 47 ans, à proximité du collège où il enseignait dans un quartier calme de Conflans-Sainte-Honorine , avant d’être tué par des policiers appelés à l’aide à 200 mètres de là.

M. Paty « était à fond dans son métier », qu’il « aimait beaucoup », confiait vendredi soir Martial, un lycée de 16 ans, accouru devant son ancien collège. « Il voulait vraiment nous apprendre des choses. De temps en temps, on faisait des débats, on parlait ».

Le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer devait recevoir samedi matin avec le Premier ministre Jean Castex les représentants des personnels et des parents d’élèves.

« Nos enseignants continueront à éveiller l’esprit critique des citoyens de la République, à les émanciper de tous les totalitarismes et de tous les obscurantismes », a déclaré sur Twitter M. Castex.

« Je serai, et notre pays sera à vos côtés pour vous protéger, vous permettre de faire votre métier qui est le métier le plus essentiel, transmettre à nos enfants les savoirs et les valeurs qui sont notre bien commun », a déclaré M. Blanquer dans un message vidéo aux professeurs, une catégorie sociale particulièrement importante dans le paysage socio-politique français, et alors que depuis 30 ans l’éducation nationale est en première ligne face aux revendications de certains milieux musulmans.

L’Elysée a annoncé samedi qu’un hommage national serait rendu à M. Paty.

Le procureur national antiterroriste Jean-François Ricard doit faire un premier point de l’enquête devant la presse samedi à 13H00 GMT.

– Séparatisme –

Le président Emmanuel Macron s’était lui rendu sur les lieux vendredi soir qualifiant l’assassinat d' »attentat terroriste islamiste caractérisé ».

« Ils ne passeront pas. L’obscurantisme ne gagnera pas », a martelé, ému, le chef de l’Etat, dans un pays où les signes de tensions provoqués par les islamistes sont réguliers, déclenchant une réplique des autorités pour préserver les valeurs laïques de la République, réplique elle-même dénoncée par certains organismes musulmans ou opposants politiques comme « islamophobe ».

C’est dans ce contexte que le gouvernement a récemment présenté un projet de loi contre le séparatisme, destiné à « renforcer la laïcité et les principes républicains » et à « lutter contre le séparatisme principal qu’est l’islam radical », selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

Hors de France, la présidente de Commission européenne, Ursula von der Leyen, a notamment adressé ses « condoléances à sa famille et aux Français. Mes pensées vont aussi aux enseignants, en France et partout en Europe. Sans eux, il n’y a pas de citoyens. Sans eux, il n’y a pas de démocratie ».