A 28 ans, Hasley Rayapen réalise de nombreux portraits et dessins où détails, précisions et émotions sont réunis. La particularité de cet autodidacte est d’utiliser qu’un simple stylo bille. Il nous raconte cette technique de dessin peu commune dans l’art.

Hasley Rayapen, 28 ans, travaille comme graphic designer. Le reste de son temps, il se plonge dans la peau d’un artiste pour réaliser des tableaux et des portraits à l’aide d’un stylo à bille. Le dessin est pour lui un moyen d’évasion “Même si j’aime mon métier de graphiste, il m’arrive souvent de me poser la question si je souhaite vraiment faire ça toute ma vie. Surtout que ce domaine a énormément changé comparé à mes débuts. Aujourd’hui, nous avons les choses facilement et directement sur un ordinateur et il me manque cruellement cette touche personnelle”.

Avant même de se retrouver sur les bancs de l’école, ce Rose-Hillien passait son temps à gribouiller sur les murs, les tables et dans les moindres pages qu’il trouvait. “C’est quelque chose que je porte en moi et qui m’est venu tout naturellement. Ce n’est qu’au collège que j’ai commencé à développer ma technique grâce à l’aide et aux encouragements de mes enseignants” confie-t-il en rajoutant que ses parents l’ont aussi énormément motivé à faire confiance en son talent.

Peintures, crayonnages, il s’est essayé à plusieurs techniques avant de trouver celle étant plus en phase avec sa créativité. Après quelques commandes ici et là par des proches et des amis, c’est finalement suite à sa participation au concours de Bic Talent for Africa en 2019 que Hasley Rayapen se découvre une réelle passion pour le stylo à bille. “J’ai tout appris seul sans l’aide de personne. Honnêtement ca m’a demandé énormément de patience. Au début, je le faisais sans trop me prendre au sérieux jusqu’à ce qu’une amie rodriguaise me lance le défi de reproduire une photo d’elle à la plume. Ce fut mon premier portrait et depuis, je ne suis plus arrêté” précise-t-il.

En effet, il nous explique que chaque création nécessite plusieurs heures de travail. Elle doit être faite de manière très précise et rigoureuse afin d’offrir un résultat qui en vaut vraiment le coup d’œil. Hasley Rayapen est déterminé à s’appliquer car il a pour ambition, d’ici trois ans, de monter sa première exposition de tableaux faits uniquement au stylo à bille. “Lors de ma participation l’année dernière à ce concours, j’ai découvert d’autres talents africains qui me poussent davantage à persévérer dans cette approche artistique”.

Contrairement à la peinture, le stylo à bille est, selon lui, plus discret et surtout toujours à portée de main. Hasley Rayapen trouve dommage que le stylo ne soit pas une technique très reconnue dans l’art en général. “A Maurice, les artistes ont eu préférence pour la peinture ou autres techniques artistiques. Or, l’effet rendu au stylo à bille est surprenant et il y a beaucoup d’opportunités à exploiter”. Malgré le fait que la palette est réduite en terme de couleur, Hasley Rayapen est d’avis que c’est un moyen efficace pour se forcer à développer tout un monde aux couleurs imaginaires.

Il est bien conscient que cette technique est loin de lui faciliter la tâche. En effet, le stylo a un rendu à double tranchant. “Ca bave beaucoup. Chaque stylo a une tonalité différente. Plus tu dessines avec un stylo et plus l’encre devient foncée. Il ne faut surtout pas trembler des mains”. Pour le jeune homme, il s’agit de bien manier la plume pour ne pas ruiner son œuvre. Sans compter que le côté ineffaçable de l’encre pousse Hasley Rayapen à une rigueur extrême.

Patience, concentration et précision sont donc ses meilleures alliées pour maîtriser l’art avec des stylos à bille. Il commence toujours par une multitude de croquis suivi de traits simplistes avant de faire appel à toute sa créativité. Même s’il est capable de dessiner sans, pour l’instant, il avoue préférer travailler à partir d’une photo.

Il s’applique aussi à créer des effets lumineux ainsi que des contrastes de couleurs aux traits d’une rare finesse. Si Hasley Rayapen dessine en fonction de son imagination son thème de prédilection demeure les lions et les animaux. “A l’âge 3 ans lorsque j’ai regardé pour la 1ère fois le film Le Rio Lion je ne réussissais pas à 100% mais j’essayais quand même”. C’est comme cela qu’il a développé son talent.

N’empêche, il s’est aussi laissé convaincre à réaliser des portraits. Là encore, veille à laisser sa propre empreinte en choisissant une approche en style de cartoon.

L’avenir, il le tracera certainement avec son stylo. De plus que le dessin lui a permis de concrétiser d’autres rêves. Faire des safaris pour se rapprocher encore plus des animaux et voyager pour en apprendre davantage sur d’autres modes de vie. En Afrique du Sud, en Chine et au Kenya, Hasley Rayapen s’est accordé du temps pour photographier et sceller ses souvenirs au stylo à bille. Rhinocéros, buffles, lions, entre autres animaux sauvages en voie de disparition, se retrouveront à coup sûr dans son projet d’exposition.