Durant le mois de septembre Shaheen Saliahmohamed animera des ateliers de travail sur les danses de Perses et d’Asie centrale à l’IFM, Rose-Hill. Des sessions de partage pour mieux comprendre les danses perses, loghari, lazgi et ouïghoure dont la beauté exprime poésie et sensualité. Des danses qui ont aussi survécu au temps, à la guerre et à l’intolérance. La fondatrice du Baraqua Cirq a fait des recherches, entrepris des voyages, fait des rencontres pour mieux capter leurs essences.

Les mouvements sont beaux, fluides, poétiques, brusques, drôles, féminins et sensuels. Ils portent en eux l’histoire, la richesse culturelle, la vie même d’une part du monde dont la beauté a souvent été confrontée aux préjugés, à l’horreur et aux tentatives de faire oublier. Contraintes à la clandestinité et à l’exil, les danses de Perses et d’Asie centrale ont bravé les tabous et les interdits pour survivre. Dans différentes parties du monde ceux qui militent pour la préservation de ces héritages ont fouillé dans les mémoires, les archives et les décombres pour les ranimer. Dans certains cas, les recherches sont toujours en cours, mais les âmes de ces danses ont été sauvées et leur essence continue d’être partagée.

Du plafond de Baraka Cirq.

Shaheen Saliahmohamed est du mouvement. La démarche n’est pas militante. Elle semble répondre à un besoin essentiel chez cette dernière d’explorer l’inconnu afin de mieux partager les grandes découvertes ramenées. Les cercles, les grandes toiles et les cordes qui pendent du haut plafond de Baraka Cirq, à Coromandel, rappellent qu’elle est souvent partie loin, tant géographiquement que dans son souci de perfectionnement, pour apprendre les bons gestes et surtout l’histoire de ces arts auxquels elle se consacre.

Il y a les danses aériennes, les acrobaties et autres disciplines du cirque auxquelles elle a été formée au Chili, au Mexique, en Israël, en Italie et ailleurs. Et aussi, l’application du henné. Par-delà l’esthétisme, la coquetterie et la dimension culturelle des motifs éphémères même là, Shaheen Saliahmohamed a entrepris des recherches pour comprendre le sens profond et les origines de cette pratique. Cette histoire est plus sensuelle que cocasse. Demandez-lui, et elle vous la racontera peut-être comment d’antan les femmes signalaient à leurs époux que les règles étaient finies ou sur le point d’arriver.

La route de la soie.

Il est certain que ceux qui la suivront sur la route de la soie pour découvrir les danses perses, loghari, lazgi et ouïghoures se baladeront aussi à travers des histoires anciennes et contemporaines. Elles parlent de Dieu, d’âmes, de peuples opprimés, de femmes libérées, de politique, d’émancipation, de séduction, de rythmes, de musiques, de costumes et de bien d’autres choses.

Par exemple, d’aucuns trouveront drôle les tremblements de la danse lazgi originaire de l’Ouzbékistan. A l’origine, après avoir créé le corps, raconte-t-elle, Dieu demanda à l’âme d’y rentrer, mais cette dernière refusa d’obtempérer. Il fallu de la musique pour qu’elle rentre en transe et pénètre le corps sans s’en rendre compte. D’où les tremblements. C’est ce que rappelle la danse lazgi dont le style très énergétique est inspiré des oiseaux et des animaux. La danse perse s’est, elle, développée avec l’apport du ballet occidental. Provenant d’Afghanistan, la danse logari est un joyeux duel entre la musique et une danse rythmique improvisée. Originaire de Chine, la danse ouïghoure est une rencontre entre plusieurs cultures y compris les ballets soviétiques.

Danser pour résister.

Shaheen Saliahmohamed avait 20 ans lorsqu’elle s’était retrouvée au Chili dans le cadre d’un échange entre l’Université catholique de Santiago et l’Université de Glasgow. Partie de Maurice pour étudier les sciences humaines, elle avait découvert le cirque dans un parc du Chili et avait aussitôt décidé de s’y consacrer. L’exploration l’avait conduite sur d’autres continents avant qu’elle ne prenne le pari fou de lancer une école de cirque à Maurice. C’est ce même type de fascination qui avait happé son attention lorsqu’elle avait découvert la danse perse à travers YouTube. Elle prit alors conscience que, par-delà les clichés ou la danse du ventre, il y avait là des choses plus intenses et diversifiées : « On se rend compte qu’il y a une variante entre chaque danse et que chacune à son identité. » Il y avait, donc, plusieurs pistes à explorer.

L’une d’elles la conduisit à San Francisco. C’était pout y rencontrer Sharzad Khorsandi qui avait consacré des recherches et un livre à la danse persienne qui avait été bannie d’Iran après la révolution islamique. Les nouvelles normes instaurées interdisaient la chorégraphie et apportaient un statut peu honorable aux pratiquantes. Exilée, loin de sa terre, Sharzad Khorsandi a elle voulu sortir la danse de sous les débris laissés par l’intolérance. Elle entreprit les recherches à travers différentes sources pour s’initier et codifier les mouvements. Shaheen Saliahmohamed a écouté son enseignement, suivi ses cours et à continuer son exploration auprès d’autres chorégraphes et personnes engagées par des rencontres, des recherches et des cours en ligne.

La route a souvent été sinueuse. Parce que les différents pays d’où sont originaires ces danses ont connu des périodes troubles où la culture a souvent été la cible des intolérants. Comme cela a été le cas pour Sharzad Khorsandi, il est revenu aux exilés de ramener en surface des parts de ces trésors enfouis. En Chine, la danse ouïghoure, ne jouit pas d’une pleine liberté. Cette danse, Shaheen Saliahmohamed l’avait découverte au Centre Culturel Chinois et c’est avec de Hally Buhalcham, au Canada, qu’elle a mieux compris sa réalité. La préservation de ces héritages étant, dans certains cas, des actes de résistance ayant même une portée politique.

Mais, fondamentalement, le rappelle Shaheen Saliahmohamed, les danses de Perses et d’Asie centrale sont belles et poétiques. Elles sont des odes à la vie. Elles portent en elles la fluidité de l’émancipation féminine, la sensualité des poèmes égaillés par les jeux des mains, les sourires, les regards coquins qui s’envolent dans les mouvements des costumes colorés.

Tout un univers à explorer.

Infos

Les cours sont prévus les 8, 15, 22 et 29 septembre à l’IFM, organisateur, de ces ateliers. Le tarif est fixé à Rs 800. Inscription obligatoire au 467 4222 / inscriptions@ifmaurice.org

Les danses

La danse perse (Iran) :

Née en Iran, elle puise ses origines dans les rituels zoroastriens. Son style s’est progressivement développé en intégrant des caractéristiques du ballet occidental. Ce cours reviendra sur l’influence des peintures perses et la pratique des gestes si particuliers à cette danse.

La danse logari (Afghanistan) :

Comme en Iran, la danse était autrefois une discipline enracinée dans la culture locale afghane. Le nom de celle-ci provient de la région du Loghar située au sud de Kaboul.  Ce cours explorera la gestuelle rythmique improvisée entre danse et musique : le danseur devra figer sa position durant les pauses musicales et se remettre en action au moment des reprises !

La danse lazgi (Ouzbekistan) :

On dit souvent que l’Ouzbekistan est le plus ancien berceau de la danse traditionnelle dans le monde… Ce cours étudiera les caractéristiques de cette danse originaire de la ville de Khiva, au style très énergique inspiré des oiseaux et d’animaux de la nature environnante.

La danse sur scène ouïghoure (Chine) :

La région Ouïghoure se situe dans le nord-ouest de la Chine et partage ses frontières avec 8 pays : Mongolie, Russie, Inde, Pakistan, Kirghizistan, Kazakhstan, Afghanistan et Tadjikistan. La danse ouïghoure a donc voyagé à travers plusieurs cultures qui ont laissé chacune leur empreinte. Sa pratique a été encouragée par la rencontre entre les ballets soviétiques et les scènes régionales traditionnelles. Elle a ensuite été influencée par le communisme chinois et les danses ethniques. Ce cours vous initiera à la musicalité et aux mouvements gracieux de cette danse.

(Source IFM)