Sa vie a été marquée de hauts et de bas, mais ce qu’il vit depuis le confinement est une expérience très douloureuse. Jean-Marie Sophie, artiste-peintre et musicien, gagne d’ordinaire sa vie en vendant des tableaux aux étrangers ou en se produisant dans des restaurants. Mais en l’absence de touristes, il se retrouve sans revenu depuis plusieurs mois. Mis à la porte par son propriétaire, il a dû quitter son village qui lui servait d’inspiration pour aller vivre à Curepipe.

Jean-Marie Sophie est un artiste confirmé. Connu pour ses peintures à l’huile, il s’inspire des paysages côtiers pour produire de magnifiques tableaux qui ont fait sa réputation. Ce qui semble tout à fait légitime pour un enfant de Mahébourg, qui se sert de sa fibre artistique pour faire apprécier la beauté de la nature. Toutefois, le tableau de sa vie contraste avec ceux qu’il produit. « Depuis plusieurs mois, je n’ai pas de revenu. J’ai reçu ma dernière allocation du gouvernement en mai dernier. Depuis, j’essaye de vendre des tableaux, mais ce n’est pas évident. Habituellement, j’expose dans les hôtels et je vends aux touristes qui visitent Mahébourg, mais il n’y a plus de touristes. »

Pour s’en sortir, Jean-Marie Sophie s’est également tourné vers les galeries. Mais certaines pratiques l’ont vite découragé. « J’avais placé des tableaux dans une galerie à Port-Louis pour Rs 10 000. Lorsque j’y ai envoyé des clients, ils m’ont dit que les tableaux étaient vendus de Rs 25 000 à Rs 30 000. Alors qu’il était convenu que la galerie n’imposerait que 20% sur la vente. Non seulement c’est un abus, mais cela décourage les acheteurs également. » Le même scénario s’est produit avec une autre galerie de Curepipe. Ce qui fait que pour l’heure, l’artiste se retrouve sans possibilité de vendre ses œuvres.

Pire encore : en tant que musicien, il ne peut non plus se produire dans les bars et restaurants, comme il le faisait auparavant. Faute de touristes, une fois de plus. « J’ai toujours travaillé dans le tourisme. Quand j’étais jeune, j’ai aussi été pêcheur. C’était mon premier boulot, qui m’a permis d’acheter mes premières chaussures de foot. Je faisais également des enseignes auparavant, mais à 56 ans, je ne peux plus grimper comme avant. »

Cette situation compliquée survient alors que Jean-Marie Sophie se remet encore de moments très difficiles. Mis à la porte par son propriétaire, il a été contraint d’aller vivre à Curepipe, où il n’a pas les facilités et l’inspiration nécessaires pour créer. « Quand j’avais quatre mois, j’ai été adopté par une famille de pêcheurs de Mahébourg. Mon père est décédé il y a 15 ans, et ma mère, il y a quatre ans. Comme on louait la maison, le propriétaire m’a demandé de partir. Après 46 ans, j’ai dû quitter Mahébourg. Cela a été très dur. Je me sens comme déraciné. Heureusement que mon cousin, qui est en Australie, m’a donné l’autorisation d’habiter dans sa maison à Eau-Coulée. »

L’artiste ne cache pas que face à toutes ces difficultés, il avait sombré dans l’alcool et a fait deux AVC. « Aujourd’hui, je ne touche plus à l’alcool. Je veux continuer à peindre, à gagner ma vie comme artiste, mais je n’ai même pas de quoi acheter du matériel pour travailler. » Jean-Marie Sophie relate que par le passé, il avait fait une demande pour obtenir un terrain de l’État à Mahébourg, pour construire une galerie. Mais il n’a jamais obtenu de réponse. « Dans toute cette partie du sud-est, il n’y a pas d’endroit où exposer des œuvres. C’est pour cela que je voulais ouvrir cette galerie, où les artistes de la localité pourraient aussi venir exposer. C’est révoltant de voir que d’autres personnes, qui sont pourtant propriétaires, ont des terrains de l’État pour des projets. »

Son rêve, aujourd’hui, est de monter sa première exposition solo. « J’ai fait des démarches pendant 10 ans, sans succès. J’ai vu que le National Arts Fund invitait les artistes à soumettre leurs projets. Je vais essayer de voir si je peux en bénéficier. Car après toutes ces années, je pense que je le mérite. »