L’ancien boxeur et seul médaillé olympique mauricien, Bruno Julie, a été élu à la Commission des athlètes. Toutefois, il ne pourra siéger dans l’exécutif du Comité olympique mauricien (COM) comme il le souhaitait. Il n’a eu que le soutien d’Annabelle Lascar-José, alors que la majorité de ses pairs ont porté leur choix sur Christiane Legentil, judokate en activité et qui vise toujours une qualification aux Jeux olympiques de Tokyo au Japon, cette année. Bruno Julie se dit tout de même motivé à poursuivre le travail qu’il a commencé au temps même où il était boxeur. Il a accepté de répondre aux questions de Week-End à sa manière, sans langue de bois.

I Quels sont vos sentiments après la tenue des élections de la commission des athlètes ?

— Je suis très déçu par la tournure des événements. J’estime même que l’élection menant au poste de président ne s’est pas déroulée dans une ambiance saine. La question que je me pose aussi est de savoir si un membre du COM a le droit de discuter, en aparté, avec un candidat avant les élections ? Est-ce normal et ce, dans un souci de transparence et de neutralité surtout ?

I A vous entendre, il est compris que l’élection menant à la présidence ne s’est pas déroulée comme il le faut. Qu’en pensez-vous ?

— Ce qui est important de noter, c’est que la majorité m’avait, dans un premier temps, accordé leur soutien pour être le président de cette commission. Cette majorité voulait que Christiane Legentil siège aussi au sein du COM, comme c’était le cas dans le passé. Annabelle (Lascar) a alors voulu savoir les attributions du président dans ce contexte précis. C’est alors que nous avons sollicité un membre du COM. Sauf qu’il était déjà parti et c’est Philippe Hao Thyn Voon qui s’est présenté. Il a expliqué que seul le président siégera au sein de l’exécutif. C’est alors que la majorité a revu sa position. En revanche, j’ai appris des choses et sincèrement, cela m’attriste, voire me dégoûte. C’est déplorable d’entendre de tels commentaires qui, je considère, n’ont pas leur place à l’heure où il est question de changement et surtout de défendre les intérêts des athlètes.    

I Pouvez-vous être plus explicite à ce sujet ?

— Il m’est difficile de m’étaler là-dessus. J’ai toutefois l’impression que certains ne semblent pas avoir voté en toute liberté. Si on n’est même pas capable d’assumer ses responsabilités maintenant, alors qu’en sera-t-il au moment de défendre les droits d’un autre athlète devant le COM ?

I A vous entendre, on ressent de la colère en vous. Pourquoi ?

— Il y a des choses qu’on peut accepter et d’autres non. Comment est-il possible qu’on puisse évoquer cette crainte de déplaire à un plus haut niveau, alors qu’il est question de l’avenir même de ses athlètes ? Ou encore qu’on ne vote pas pour Annabelle (Lascar-José) parce qu’on ne la connaît pas ! Tout simplement indigne quand on considère qu’Annabelle a déjà participé aux Jeux olympiques et qu’elle a fait honneur au pays dans le passé.

«…une course qui semblait être courue d’avance »

I Cette élection s’est tout de même tenue de façon démocratique, notamment en présence du Commissaire électoral…

– Il n’y a aucun doute là-dessus. L’impression qui se dégage toutefois, est que la course semblait être courue d’avance. Et c’est justement cela que je déplore.

I Sauf qu’il faut tout de même savoir s’incliner devant la réalité des urnes…

— Je n’ai rien contre Christiane et elle le sait. Nous avons même eu le temps de discuter tous ensemble avant le vote. J’ai expliqué qu’Annabelle et moi sommes des retraités. Ce qui n’est pas le cas de Christiane qui est toujours en compétition. Etant, qui plus est, une boursière olympique, sa situation devient encore plus complexe. Pourra-t-elle faire entendre sa voix au COM dans ces conditions ? Je ne le pense pas et je le lui ai fait savoir. Elle m’a dit être en mesure de défendre la cause des athlètes. Alors, attendons voir.

I Vous êtes le seul médaillé olympique mauricien et pourtant, vous ne passez pas. Bruno Julie est-il à ce point impopulaire auprès des athlètes ?

— Je ne le pense pas. L’important est de savoir assumer ses responsabilités au moment opportun. J’estime que certains n’ont pas su le faire et je les laisse à leur conscience. Il ne faut pas non plus oublier toute la saga qu’il y a eu autour de ma candidature. D’où ma question : quel a été le rôle du COM dans ces élections ? Je suis un athlète retraité et qui plus est, le seul médaillé olympique mauricien. Et pourtant, on n’a pas voulu de moi ! Je crois que cela veut tout dire.

«…pas invité à l’inauguration du musée olympique »

I Est-ce à dire que cette médaille n’a pas de la valeur pour certains au COM ?

— Cela en a tout l’air, je pense. Savez-vous que je n’avais même pas été invité au moment de l’inauguration du musée olympique à Trianon (Ndlr: 2015), alors que je suis le seul médaillé mauricien ? Cela démontre, si besoin est, la considération que le COM accorde à ses athlètes, notamment ceux qui disent tout haut ce que les autres pensent tout bas. Je n’ai jamais été un “yes man” et je ne le serai jamais. Que certains en prennent bonne note.

I En somme, l’athlète n’est pas reconnu à sa juste valeur ?

— C’est désolant de le dire, mais c’est comme ça. Il est donc impératif que les athlètes arrivent à comprendre que le sport existe grâce à nous et que les dirigeants ne valent rien sans les athlètes. C’est nous qui suons nuit et jour pour faire honneur au pays. C’est la raison pour laquelle, ils doivent pouvoir s’exprimer lorsqu’ils s’estiment lésés. Cela dit, il existe aussi des dirigeants loyaux et capables, mais cela se compte malheureusement sur les doigts de la main !

I Le fait de n’avoir pas été élu président restreint-il votre champ d’action ?

— Certainement pas. J’ai été jusqu’ici quelqu’un de motivé et je le resterai toujours. Ce poste n’est d’ailleurs pas rémunéré et pourtant, je le voulais, afin de pouvoir faire avancer la cause des sportifs. Car ma priorité, c’est l’athlète. J’estime aussi que pour être le défenseur de cette cause, on doit obligatoirement être quelqu’un de libre, de neutre et de déterminé, capable aussi de taper du poing sur la table quand il s’agit de faire entendre sa voix. J’ai toujours été quelqu’un de direct et ce n’est pas aujourd’hui que cela changera. Alors, que les athlètes se rassurent, je serai là pour les défendre.

Propos recueillis par

JEAN-MICHEL CHELVAN