Photo illustration

L’eau redevient une denrée rare à Coromandel

Les habitants de Case Noyale ne savent plus à quel saint se vouer face à la pénurie d’eau qui sévit dans le village depuis un mois. Le problème touche principalement les habitants des cités EDC et CHA, qui protestent contre la répartition inéquitable de l’eau dans le village.  Ils n’excluent pas de descendre dans la rue si la situation perdure durant le mois d’août.

Dans ce village côtier situé entre Petite Rivière-Noire et La Gaulette, les enfants ont l’habitude de venir se détendre après l’école près d’un banyan transformé en aire de jeux au milieu d’une flore composée de mangrove. Or, le manque cruel d’eau a contraint les plus jeunes à délaisser pour l’instant leur passe-temps favori afin d’aider leurs familles à transporter et remplir des bidons d’eau, quand des camions-citernes daignent bien se montrer.

« Lorsque je rentre de l’école, j’ai à peine le temps de me changer que je dois m’atteler à aider ma maman à remplir des bidons d’eau et l’aider dans ses tâches ménagères par la suite. Cela me fatigue et parfois m’empêche de me reposer ou d’étudier », nous confie Angela, 12 ans. Sa mère Andréa, qui travaille dans un centre d’appels, soutient que « ce problème existe depuis plusieurs années, mais s’est intensifié depuis un mois, surtout à la cité EDC.  L’eau ne coule qu’une heure par jour.  »

Un employé de la CWA a tout juste garé son camion-citerne devant un vieux bâtiment en pierre abritant un bureau de poste et le siège de l’État civil que des dizaines d’habitants accourent avec bidons, seaux et bouteilles en plastique en main pour recueillir l’or bleu. La fatigue et l’impatience de voir son tour arriver occasionnent  une dispute entre deux femmes, mais tout rentre très vite dans l’ordre grâce à l’intervention des plus lucides.

Pour les foyers les plus chanceux, l’eau coule parfois au rythme de deux ou   trois heures par jour, alors que d’autres habitants d’EDC passent plusieurs jours sans voir une goutte d’eau couler du robinet. Une situation qui les contraint parfois à marcher environ un kilomètre jusqu’à La Gaulette pour se procurer de l’eau chez des amis. « On peut heureusement compter sur la générosité des résidents des quartiers voisins lorsque les camions-citernes ne viennent pas nous approvisionner », indique Rajen, qui doit malgré tout veiller toute la nuit pour avoir la chance de remplir quelques bassines d’eau supplémentaires. « J’ai trois enfants en bas âge qui doivent aller à l’école le matin. Il est important qu’ils soient propres et présentables, mais ça devient pénible à la longue », s’insurge-t-il.

«C’était le   bonheur total»

Les habitants qui se sont pourtant montrés compréhensifs et patients jusqu’à l’heure montent au créneau pour que leur situation s’améliore en marge de l’arrivée de l’été. « Nou pou desann lor simé. Dimounn népli per pou fer li aster. Nous voulons au moins des explications. Le député de l’endroit, Alan Ganoo, qui est très actif dans la circonscription, devrait se pencher sérieusement sur notre cas, car notre patience a des limites », déplore une femme.

L’eau est aussi redevenue une denrée rare dans le centre de l’île, notamment à Coromandel et Belle-Étoile, où les habitants vivent un calvaire depuis deux ans. Ils ont pourtant été gâtés durant les deux mois de confinement avec une abondance en eau tout au long de la journée. « C’était le bonheur total de pouvoir se doucher avec une pression d’eau comme on n’en a jamais connu depuis 2017. On s’est alors dit que le fameux 24/7 que nous avaient promis les autorités était devenu une réalité », souligne Marine, de Belle-Étoile.

Or, depuis deux semaines, « le rêve » s’est subitement transformé en« cauchemar » pour les habitants de ces quartiers des villes sœurs qui se plaignent des coupures incessantes. « L’eau coule avec parcimonie et sans pression à des heures tardives. On perd à nouveau le sourire », nous confient des habitants de Résidence Chapman à Coromandel. Les habitants de Vallée Pitot subissent également les aléas des coupures d’eau répétitives. Les résidents de ce quartier de la capitale, au même titre que ceux de Coromandel, exigent que « les autorités nous viennent en aide dans une situation qui n’a que trop duré. »