– Il annonce une tournée à travers le pays avec son groupe pour diffuser sa « philosophie d’une nouvelle île Maurice »

Nando Bodha, qui a démissionné du gouvernement et du MSM il y a 15 jours, a donné sa première conférence de presse, hier, pour présenter un “roadmap” en 15 points qu’il compte présenter aux partis politiques de l’opposition avant de le diffuser publiquement dans le cadre d’une tournée à travers le pays. L’ancien ministre a précisé qu’il ne compte se joindre à aucun parti politique et qu’il est entouré d’un groupe de réflexion. Il a aussi affirmé qu’il ne compte pas démissionner du Parlement à la demande de ses mandants.

Nando Bodha est d’emblée revenu sur sa démission du gouvernement, en expliquant qu’on a voulu le forcer de dire que tout était correct dans le gouvernement et que l’enquête sur le décès du membre du comité central Soopramanien Kistnen se déroulait dans les meilleures conditions. De plus, il devait affirmer qu’on avait tout préparé pour qu’il fasse une première déclaration publique avant de faire une deuxième déclaration devant le comité central élargi le lendemain. « Kouma dir pas enn kout karcher. » De plus, il fallait qu’il affirme que tous les manifestants sont contre le gouvernement et qu’ils veulent déstabiliser le pays.
Il a expliqué que cette démarche allait contre ses principes et qu’il avait refusé de se plier à ces instructions. Il devait aussi révéler avoir reçu un coup de téléphone pour lui demander « si mo ankor la ». Et de poursuivre : « C’est alors que j’ai compris qu’il fallait soumettre ma démission. ». Nando Bodha a aussi expliqué qu’il n’a pas rencontré le Premier ministre mais qu’il lui a adressé une lettre. Concernant SAJ, il a fait comprendre qu’il a toujours du respect pour lui mais qu’il ne pouvait le rencontrer avant sa démission.

Au sujet de la manifestation de samedi, il a observé que la conjugaison des forces politiques de l’opposition et des forces citoyennes a créé une dynamique patriotique. Nando Bodha a ensuite présenté en détail les propositions figurant dans son document de réflexion intitulé Philosophie d’une Nouvelle île Maurice qui, a-t-il précisé, repose sur la bonne gouvernance, la transparence, la redevabilité, la compétence et l’écologie.

Ainsi il propose que le poste de Premier ministre soit limité à deux mandats. Cela devrait être le cas pour les postes constitutionnels. Il propose l’institution d’un comité de sages composé d’experts constitutionnels pour jeter la fondation d’une nouvelle Constitution de la République de Maurice. Le poste de vice-président devra, selon lui, être aboli. Afin d’assurer qu’il y a the « right man at the right place », il propose la constitution d’un panel composé d’experts et d’éminentes personnalités pour choisir les CEO des institutions majeures et importantes comme la Banque de Maurice la FSC, l’ICAC, la MBC, et la FIU, entre autres. Il propose aussi que le nombre de conseillers soit réduit. Ces derniers ne devraient pas diriger ou siéger sur des conseils d’administration. Les ministres, les parlementaires, les CEO et les présidents des institutions publiques doivent déclarer leurs avoirs, dira-t-il.

Concernant la lutte contre la fraude et la corruption, il estime que le Premier ministre doit « lead by example ». De plus, il faudrait revoir le mécanisme d’allocation des “business permits” et des contrats par les ministères, les conseils municipaux, les entreprises appartenant à l’État. Nando Bodha a souligné l’importance de rehausser la transparence publique dans les appels d’offres et l’octroi de contrats pour les travaux publics. Tous les contrats au-delà d’un certain montant doivent être rendus publics. Le rapport de l’audit devrait être débattu au Parlement et des actions correctives doivent être prises promptement, suggère le document. Nando Bodha a aussi souligné l’importance d’un “master plan” pour réorganiser l’éducation et faire revivre l’économie mixte gouvernement-secteur privé dans le dialogue et le consensus avec les capitaines de l’industrie. Il préconise un nouvel esprit et un nouveau mécanisme pour la facilitation des affaires afin de promouvoir l’entrepreneuriat, la culture des affaires, diminuer les lourdeurs administratives, faciliter l’octroi des permis, et réduire les formalités compliquées.

Au chapitre de la sécurité, il propose une réorganisation de la police afin qu’elle soit plus efficace, indépendante et redevable. Concernant la drogue, Nando Bodha a dénoncé « l’économie de la drogue » dans laquelle des personnes vivent de la drogue même si elles n’y ont jamais touché. Il a aussi dénoncé les citadelles de protection et les mafias associées à la drogue et a réclamé leur démantèlement. Concernant les victimes de la drogue, il a insisté sur l’introduction de programmes de réhabilitation. Il estime finalement que la feuille de route propose une nouvelle île Maurice qui serait construite sur de nouvelles bases, notamment l’écologie, la durabilité, l’innovation et les besoins sociétaux. Il a aussi souhaité que le génie mauricien qui s’exprime dans plusieurs pays du monde puisse être utilisé pour le progrès de Maurice.

Il est à noter que parmi les personnes présentes lors de la rencontre de Nando Bodha avec la presse, hier, se trouvait un de ses anciens conseillers ainsi que le Dr Gujadhur.