L’une des locomotives du mythique Grup Lataniers, Ram Joganah, a soufflé ses 70 bougies le 21 juillet dernier ! À cette occasion, le chanteur engagé et patriote invétéré a revisité cinq de ses morceaux que son public et lui affectionnent le plus. Il s’agit de Montayn Bertlo, To bato, Retard nou kiltir, Nou calou et Plante pu zanfan dime. Ces « nouvelles versions » sont surtout assorties d’images, en plus du son. Et il planche sur… son ultime opus : « Pu twa zenes »…

Ram Joganah est actuellement attelé à son prochain opus, symboliquement titré Pu twa zeness. La verve toujours aussi verte et percutante, l’artiste engagé relève : « De nos jours, il y a tellement de jalousie, d’envieux… Bann gro poumon. Anou viv en kominyon ek lanatir plito. » Mais élément important : Pu twa zeness sera… « mon dernier album ». Oui, Ram Joganah a décidé de raccrocher. « Je ne vais pas me mentir, ni berner personne, déclare-t-il. Je suis arrivé à un point où j’ai besoin de passer à autre chose. Comme de passer du temps avec les miens… La famille, je l’ai beaucoup sacrifiée, sans la négliger. Mes enfants, mon fils, Kavi, et ma fille, Tenesha, j’ai raté quelques épisodes de leur vie… »

« Aster ena Kyian, mo ti zanfan. Mo anvi partisip dan zot lavi. Personne ne m’a reproché quoi que ce soit, je tiens à le préciser. Quand j’ai quitté les miens, j’ai été chanter pour les enfants de Maurice. Ça, ma famille l’a compris depuis longtemps, et ne m’en veut pas. Maintenant, j’ai décidé de leur donner toute mon attention », poursuit-il. Ses 70 ans, Ram Joganah les a célébrés « en toute simplicité », entouré de la famille. « Boukou kamarad inn telefone. Akoz Covid, sityasion pa sinp. Pa kapav zwenn, mett ene ti lanbians ! » De ce fait, le chanteur en a profité pour « passer du bon temps en famille, mais aussi flâner et redécouvrir le pays ».

Les nouvelles versions visuelles de Montayn Bertlo, To bato, Retard nou kiltir, Nu kalou et Plante pu zanfan dime ont été réalisées avec le concours des bons vieux potes et complices de toujours, comme Lindsay Rousselin, Clency Verni, mais aussi son fils, Kavi Joganah, ainsi que Tanissen et Tivessen. « Ces cinq morceaux sont directement lancés via le net », explique Ram Joganah. En tapant « Lataniers Acoustic », ceux qui souhaitent voir et entendre l’expérience nouvelle seront… ravis !

« Nek kumansma sa… prévient Ram Joganah. Avec la petite équipe, nous avons retravaillé ces cinq titres qui figurent parmi les plus demandés. Mais il y en a tellement d’autres encore. » En effet, le répertoire du groupe et de l’artiste foisonne de titres les uns plus riches et denses que les autres ! « Ces chansons renferment encore toute leur valeur. En cette époque compliquée et stressante, ces paroles prennent toute leur ampleur et leur importance. Nu pe viv bann zour difisil kot nou bann drwa pa respekte ! »

L’enregistrement des cinq morceaux acoustiques, sertis d’images, a été réalisé au Domaine de L’Arbre du Voyageur, à Mare-Longue. «Je tiens à remercier fortement Ben Soopramanien pour son coup de main, précise Ram Joganah. C’est quelqu’un qui nous soutient depuis un bon bout de temps, et il m’a approché en me disant qu’il souhaitait apporter sa contribution à notre travail… Je trouve ça formidable qu’il y ait encore des personnes comme lui, qui ont le cœur sur la main. »

Du haut de ses 70 ans et ses plus de 50 ans passés dans la chanson, Ram Joganah pleure toujours sa patrie… « Nu pei ena enn rises xtraordiner, confie-t-il. Mais si nous, artistes, respectons cela, en revanche, nos politiciens ne le font pas. Ena boukou douler dan lepep. Boukou soufrans. »

Qui plus est, continue-t-il : « Il y a cette immense hypocrisie de notre vivre-ensemble. On se dit un peuple pluriel, multiculturel, arc-en-ciel… Ce ne sont que des mots ! Dans l’action, ça ne se concrétise que très peu. Mais je suis confiant. Les nouvelles générations changeront cela et donneront la chance à ce vrai peuple coloré de vivre. » Une chose est sûre : Ram Joganah n’a pas encore dit son dernier mot, ni n’est prêt à rester indifférent !