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Au bazar de Port-Louis : Les cas de cambriolages explosent

— Rs 400 000 de marchandises dérobées de la tabagie Lion D’or par des malfaiteurs jeudi dernier

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— Les caméras de surveillance surplombant le site ne fonctionnement plus depuis près de cinq ans

Un vent de révolte souffle au marché central de Port-Louis compte tenu de la recrudescence des cas de vols qui y sont perpétrés la nuit et aux petites heures du matin. Des malfaiteurs, au courant que toutes les caméras de surveillance surplombant le bazar ne fonctionnement plus depuis près de cinq ans, en profitent pour vider les commerçants de leurs produits sans éveiller l’attention des deux gardiens de sécurité qui passeraient le plus clair de leurs temps à roupiller au premier étage. Pas plus tard que jeudi, le propriétaire du détaillant de loterie Lion D’or a eu la mauvaise surprise de découvrir que les rideaux de fer de sa tabagie avaient été défoncés par des malfaiteurs qui ont emporté pour Rs 400 000 de marchandises ! Face à l’inaction des autorités, certains marchands ont installé des caméras de surveillance à distance sur smartphone, dont l’une d’entre elle a permis à mettre hors d’état de nuire un récidiviste le mois dernier.

Rarement peut-être, depuis la dernière rénovation majeure effectuée en 2004 en tous cas, avait-on évoqué avec autant d’accent la question des cas d’intrusion, de vols et d’insécurité au marché central. L’espace était plein de vie et d’entrain jeudi aux alentours de 13h. Certes, les marchands ont beau se réjouir de la hausse conséquente des ventes depuis la réouverture des frontières, mais tous s’accordent à dire que les choses pourraient complètement dégénérer si les forces de l’ordre et la municipalité ne se décident pas à changer de fusil d’épaule afin d’endiguer ce fléau. « Le bazar constitue plus que jamais le terrain de chasse privilégié des malfaiteurs et ça fait plus de cinq ans que ça dure. On aurait pu croire que les pouvoirs publics prêteraient une attention à ce phénomène, il n’en a rien été. On ne sait plus à quel saint se vouer pour mettre un terme à ce fléau », confie un marchand de légumes.

Ce fut un jour noir pour le propriétaire de la tabagie Lion D’or

Là où le bât blesse est le fait que toutes les caméras de surveillance qui surplombent le bazar ne fonctionnent plus depuis 2017. Une aubaine pour les fieffés filous. « Ce n’est pas faute d’avoir, à maintes reprises, demandé à la mairie de les réparer », s’insurge un commerçant. Ce dispositif aurait pu permettre aux enquêteurs de faire la lumière sur le mode opératoire de ces cambrioleurs, car aucune trace d’effraction n’a pour l’heure été constatée, même si tout porte à croire qu’ils ont l’habitude de s’introduire sur le site en escaladant les barreaux de clôture situés du côté de la rue Farquhar, à la lumière des trois pointes d’acier qui ont été coupées à cet endroit.

Des kilos de fruits, légumes, des tiroirs-caisse et des sommes d’argent sont minutieusement dérobés tous les mois, et comme si ça ne suffisait pas, on a appris de la bouche des commerçants que le service de gardiennage laisse à désirer. « Sans manquer de respect aux deux agents de sécurité qui sont payés des fonds de la mairie, je pense que l’heure de la retraite a sonné pour eux, car on ne compte plus le nombre de fois que des voleurs se sont introduits à leur guise, depuis trois mois, sur le site en dérobant des kilos de marchandises. Sak fwa se marsan ki an premie dekouver ki voler inn rantre ek inn servi zot kouma dir dan sipermarse. Ne paye-t-on pas à la mairie Rs 2500 de location par mois ? La moindre des choses serait de nous fournir un minimum de sécurité », souligne un marchand de fruits.

Surpris en flagrant délit

Face à des malfaiteurs qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins, et compte tenu de l’inaction des pouvoirs publics, une dizaine de marchands ont décidé de prendre le taureau par les cornes en installant leurs propres caméras de surveillance aux murs de leurs étals dans l’optique de visionner à distance sur leurs smartphones ce qui se passe en temps réel. Paul, un marchand de légumes, soutient que « pour une question de respect de la vie privée, la mairie nous avait informés que cette démarche était illégale, mais il était hors de question qu’on fasse marche arrière, et grâce à l’intervention du député Osman Mahomed auprès des autorités, il est convenu que lesdites cameras opèrent uniquement la nuit jusqu’à l’aube. Nous refusons de subir le joug des voleurs. Il faut que ce sentiment d’impunité soit coupé à la racine. » Bien leur en a pris d’installer ce dispositif, puisqu’il a permis de surprendre un filou en flagrant délit de vol le mois dernier.

Les malfaiteurs s’introduiraient sur le site en escaladant les barreaux de clôture située du côté de la rue Farquhar

Ce soir-là, Paul, flanqué de trois autres marchands, s’est rendu illico presto sur le site pour tenter d’interpeller le malfaiteur, qui était en train de remplir des cageots entiers de fruits et légumes. Ce dernier a joué son va-tout dans une tentative désespérée de quitter les lieux en menaçant les marchands avec un couteau. Sauf que Paul et ses amis n’ont nullement été impressionnés par cet acte d’intimidation et l’ont très vite maîtrisé. Averties, les forces de l’ordre sont arrivées rapidement sur place. Cet épisode s’est très vite ébruité dans le bazar et a déclenché un tollé parmi les commerçants, dans la mesure où le malfaiteur, qui venait de sortir de prison, ne serait pas à son coup d’essai. « J’ai eu la présence d’esprit de solliciter trois autres collègues pour me prêter main-forte, car au-delà des préjudices financiers causés par ces intrusions, il y a la question de la sécurité des commerçants qui semble être totalement occultée par la mairie et la police », souligne notre interlocuteur.

Le dernier cas de cambriolage perpétré jeudi aux aurores dans la tabagie du propriétaire détaillant de loterie Lion D’or devrait être de nature à convaincre définitivement la force policière et la mairie de sortir de leur léthargie. « Comment est-ce possible de défoncer des shutters cadenassés alors que le bazar est doté d’un service de gardiennage 24h/24 ? J’ai été stupéfait de découvrir que presque toutes mes marchandises et une importante somme d’argent avaient été dérobées, le tout pour une valeur de Rs 400 000 environ. La dernière fois que j’avais connu une telle mésaventure, c’était en 2008; mais il n’y avait pas encore de caméras de surveillance à l’époque. Je vais certainement emboîter le pas à mes collègues en installant ma propre caméra; car la mairie et la police semblent ne pas faire grand cas de nos malheurs », confie le propriétaire lésé.

« On ne leur demande pas de décrocher la lune »

Ce énième épisode fâcheux a plongé les locataires du marché central dans la concertation. Une colère exacerbée par les propos d’un inspecteur de la mairie qui leur aurait sommé de ramener toutes leurs marchandises chez eux à la fermeture du bazar pour éviter ces cambriolages. « Certes, la Market Act stipule en effet qu’on est contraints que ramener nos produits à la maison. Or, imaginez la cohue et le bouchon qui va prévaloir le long des rues longeant le bazar si les 500 marchands qui occupent le site se mettent en même temps à charger des dizaines de kilos de marchandises dans leurs camionnettes stationnées devant le site. Il est grand temps que les autorités fassent preuve de bon sens. On ne leur demande pas de décrocher la lune, mais de nous respecter », soutient un maraîcher.

Le député rouge Osman Mahomed avait cette semaine prévu d’interpeller le vice-Premier ministre et ministre des Administrations régionales, Anwar Husnoo, sur les mesures qu’il compte prendre pour mettre fin aux malheurs des commerçants, mais c’était sans compter la décision du Premier ministre d’annoncer la fermeture des travaux parlementaires jusqu’au mois d’octobre. Les marchands lancent également un appel aux autorités pour remédier au problème du mauvais entretien du système de canalisation du bazar à l’origine d’une odeur nauséabonde qui prend à la gorge et se répand tout plus particulièrement du côté des étals consacrés aux accessoires souvenirs si on se fie à l’expression du visage d’un touriste déambulant au milieu des étals jeudi.

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