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Changement climatique : les planteurs font face à du retard dans la production

Intempéries, hausse de prix des semences et des engrais, manque de main-d’œuvre… Rien ne va plus pour les planteurs, qui déplorent également une absence de soutien du gouvernement . Pourtant, si certains ont abandonné leurs terres après avoir essuyé des pertes dans le sillage de deux cyclones intenses en début d’année, d’autres, eux, ont décidé de s’accrocher à leur gagne-pain.

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La situation des planteurs est devenue si difficile que certains, à l’instar de Vivek Bhujun, trésorier de l’Agricultural Development and Marketing Association (ADMA), sont au bout du rouleau. « Nos investissements ont drastiquement augmenté. Nos conditions sont très difficiles. De plus, plusieurs sont endettés. Être planteur n’est plus un métier où on peut se faire de l’argent. La plupart des planteurs utilisent leurs économies pour continuer leurs activités. Certains, qui ont contracté des prêts avec des institutions financières, continuent d’enregistrer des pertes », fait-il comprendre.

Ce qui explique que certains ont abandonné leurs champs, poursuit le planteur. Mais pas question pour Vivek Bhujun de raccrocher. « Même si je ne réalise pas de profits, je dois continuer à planter pour que les gens travaillant avec moi puissent continuer de vivre », dit-il.

Arassen Chinan, planteur et membre de l’ADMA, abonde dans le même sens. « Notre situation est plus critique qu’auparavant. Les intrants sont plus chers, mais les prix des légumes ne changent pas », note-t-il. Ses investissements aux champs ont doublé et ils ne sont pas compensés par la vente des légumes.

« C’est pourquoi les planteurs délaissent leurs terrains ou diminuent la quantité de leurs semences », dit-il. Ce qui résulte en un manque de légumes et, de fait, à une hausse de leurs prix.

Un autre souci porte sur le climat, et notamment les dernières grosses averses. Vivek Bhujun fait ainsi ressortir que la subvention accordée aux planteurs est mal répartie. Ainsi, si un planteur a par exemple cinq arpents de terres affectés, il n’est compensé que pour un seul arpent. « Ce n’est pas normal. D’autant que la majorité des planteurs ont plus d’un arpent de terres », confie-t-il.

Le climat en question

Le trésorier de l’ADMA s’en prend également au plan du gouvernement pour l’achat de fertilisants. « Des planteurs n’ont pas encore pu prendre avantage de ce plan. Quant à ceux qui en ont bénéficié, une bonne partie dit ne pas avoir obtenu la quantité de fertilisants qu’ils devaient avoir », dénonce-t-il. Sans compter, dit-il, que des planteurs partis chercher des fertilisants sont revenus bredouilles, leurs fournisseurs ne pouvant leur en procurer, car s’étant déjà engagés à livrer certains organismes. Il fustige également le prix de ces intrants. Ainsi, le sac de 25 kg de fertilisant est passé récemment de Rs 650 à Rs 1 500.

Du fait de leur situation, les planteurs avaient organisé une manifestation l’an dernier mais en vain. « Notre situation est très grave. Le gouvernement dépend beaucoup de l’importation de légumes. Donc, si on ne soutient pas les planteurs, nous manquerons de légumes et, finalement, le gouvernement sera obligé d’en importer à 100% de l’étranger », dit-il.

Par ailleurs, Vivek Bhujun relève que la qualité et la production de légumes s’altèrent d’année en année. Raison invoquée : les effets du changement climatique, notamment une hausse de la fréquence et de l’intensité des averses, et qui ont occasionné du retard dans les récoltes. D’ailleurs, ajoute le planteur, « on devrait en être à la deuxième phase  de la récolte, mais ce n’est que maintenant que nous mettons en terre les semences. Du coup, nous sommes en retard de deux mois », révèle-t-il.

Les conséquences sur le marché local se feront sentir. « Nous n’aurons pas une bonne production, car certains légumes poussent correctement en été, alors que d’autres, non. Aussi, avec ce décalage de temps, la production sera forcément affectée. » Pour minimiser les risques de pertes, explique encore le trésorier de l’ADMA, les planteurs ne peuvent plus se contenter d’une seule culture, et doivent au contraire diversifier leurs plantations, notamment de carottes, courgettes, concombres, choux…

Vivek Bhujun ouvre une parenthèse pour parler du cas du « piman kari », rare sur les étals actuellement, et donc vendu à un prix élevé. Les plantations de piments ont été très affectées. « Par arpent, il ne reste seulement que 15 perches de piman kari », indique-t-il.

Eduquer les Mauriciens

Autre défi : le bio, dont de plus en plus de Mauriciens sont friands. Mais si les planteurs sont nombreux à vouloir suivre cette voie, ce n’est pas aussi simple qu’il n’y paraisse. Du fait notamment, explique Vivek Bhujun, qu’il est « difficile d’utiliser du bio sur une grande superficie de terrain, surtout dans les régions où les planteurs de l’ADMA cultivent leurs légumes », comme à Plaine-Sophie ou La Marie. « Il faut que les planteurs voisins utilisent aussi du bio. Mais il faut aussi s’assurer que les fertilisants bio sont disponibles », dit-il. Sans compter que les produits bio sont « nettement plus chers que les produits chimiques ».

Par ailleurs, les légumes bio sont moins jolis physiquement que ceux cultivés avec des intrants chimiques. « Les Mauriciens ne savent pas faire la différence entre un légume bio et un autre cultivé de manière conventionnelle. Quand ils achètent leurs légumes, ils regardent d’abord leur aspect, plutôt que de calculer leur apport nutritif », dit-il, ajoutant qu’ « en d’autres mots, ce sont les Mauriciens qui obligent les planteurs à utiliser plus de produits chimiques. » Raison pour laquelle il demande au gouvernement d’organiser des campagnes de sensibilisation sur la question.

Vivek Bhujun rappelle cependant que les planteurs ne peuvent dépasser un certain seuil en terme de pulvérisations de produits chimiques, mais que certains ne les respectent pas. Pour autant, il se refuse à leur jeter la pierre, car « ceux-ci vivent des moments difficiles ». Il poursuit : « Ils sont obligés d’agir ainsi pour recouvrir leurs investissements. »

Arassen Chinan estime que « les Mauriciens sont toujours à la recherche de beaux légumes ». Or, fait-il remarquer, « pour manger bio, il faut accepter de manger des légumes qui sont petits et laids ». D’ailleurs, il dit regretter l’absence d’un laboratoire à Maurice afin que les planteurs puissent y vérifier les produits qu’ils utilisent dans leurs champs. « On ne peut même pas vérifier la qualité de la terre », dit-il.

L’ADMA compte actuellement 74 planteurs. Si des planteurs vétérans aimeraient rejoindre l’association, quand est-il des jeunes ? Vivek Bhujun répond que « beaucoup ne sont pas intéressés », et ce, notamment en raison d’un « manque de soutien aux planteurs ».

Sur ce point, il est rejoint par Kreepalloo Sunghoon, président de la Small Planters Association. Ce dernier estime d’ailleurs qu’un ministre de l’Agro-industrie  à plein temps devrait être nommé ». Avant de poursuivre sans ménagement : « nous avons l’impression que le gouvernement n’accorde pas d’importance à ce secteur. Il n’y a pas de stratégie. Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, doit changer de ministre. Il nous faut une personne capable à la tête de ce secteur », maintient-il.

Concernant la situation des planteurs justement, il soutient que ceux-ci sont face à un manque continuel de semences et d’intrants, et qu’il faut donc importer à des prix élevés. Cependant, il prévoit une bonne récolte pour la saison hivernale.

« La situation s’améliore », dit-il, à quelques exceptions près. C’est notamment le cas du piment, « qui sera rare sur le marché, car une maladie affecte actuellement les plantes ». En outre, certains légumes n’atteindront pas les quantités attendues.

Reste pour lui le défi du changement climatique, même s’il se dit optimiste. Il explique ainsi que des semences adaptées à différents climats ont été élaborées à l’étranger et qu’il existe des solutions pour que ces semences puissent s’adapter au climat local.

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