Le capitaine du Wakashio, Sunil Kumar Nandeshwar, 58 ans, a été interrogé par une équipe du Central CID hier dans un centre de quarantaine. Il a ainsi déclaré avoir eu un problème avec ses équipements de communication. Mais les limiers de la police peinent à croire à cette version.

D’emblée, le capitaine Wakashio a donné des détails sur son itinéraire en confirmant avoir quitté la Chine, en passant par le Singapour, pour rallier le Brésil. Et il a dit que le navire est passé non loin des côtes mauriciennes, et pas tout près du continent africain, pour des raisons de sécurité liée à la piraterie et à cause des conditions météorologiques. Il a insisté qu’il était sur un « innocent passage » alors que les images satellitaires montrent que le Wakashio avait pris une ligne directe sur Maurice en descendant de Singapour. Sunil Kumar Nandeshwar sera à nouveau interrogé bientôt, plusieurs séances étant prévues pour recueillir sa version des faits. Le CCID travaille aussi sur un plan de simulation de l’échouement du navire.

Par ailleurs, les éléments du National Coast Guard (NCG) des Salines ayant travaillé dans la nuit du 25 juillet ont été entendus par le CCID. En plus, l’ASP Kokil et son équipe ont saisi deux Diary Books du NCG lors d’une descente, hier, aux Salines. Ceux-ci contiennent des informations sur les actions entreprises par les officiers après avoir reçu un appel du NCG de Deux-Frères, les informant qu’un navire inconnu s’approchait dangereusement de Pointe-du-Diable alors qu’aucun contact ne pouvait être établi avec le capitaine. Les ordres des Salines étaient de « try again until further notice » et de dire au capitaine de modifier sa trajectoire.

Selon nos renseignements, les officiers ont appliqué les procédures en vigueur car les décisions prises au sein de cette unité « sont très bureautiques ». Ainsi, il a fallu qu’un “high ranking officer” passe le message au Police Headquarter demandant qu’il puisse s’entretenir avec le commandant du NCG, qui est un ressortissant indien. D’après les renseignements recueillis, un simple officier du NCG ne peut parler directement avec le responsable de cette unité. Une fois le message transmis, le commandant doit faire une évaluation et décider s’il doit informer le commissaire de police de la présence d’un bateau suspect (phantom boat) dans nos eaux territoriales, ou peut donner des directives qu’il juge nécessaires comme rechercher la collaboration de la Maritime Air Squadron pour survoler le navire. Suivant le protocole, le CP passe alors le message au ministre de l’Intérieur et au département Shipping pour des directives. Or, ce processus est très « time consuming », dit-on.

« À titre d’exemple, au sein de l’Anti Drug and Smuggling Unit, un constable peut parler directement avec son DCP sur son portable s’il détient des informations sur une grosse cargaison de drogue. Le haut gradé peut lui donner l’ordre de “raid” le lieu immédiatement », nous indique-t-on du côté des Casernes centrales. Au QG du CCID, aucune source n’a voulu confirmer à quel niveau s’est arrêtée l’information d’un bateau « unresponsive » dans nos eaux territoriales dans la soirée du 25 juillet.

Entre-temps, les deux officiers du NCG de Deux-Frères n’arrêtaient pas d’appeler le Wakashio en attendant d’autres instructions des Salines. Or quand le capitaine du vraquier Sunil Kumar Nandeshwar a répondu à 20h10, il était déjà trop tard, même si à un moment il a affirmé qu’il est sur un « innocent passage » et qu’il n’y avait aucun problème à bord.

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– Les officiers du CCID en possession des Diary Books du NCG après une descente à Les Salines hier