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Industrie cannière : Producteurs et planteurs de cannes surpris et préoccupés par le GM

 Salil Roy, parlant de cacophonie, trouve que « le sucre est un produit national, nou pa pe al vann soset-la ! » La Planters Reform Association dénonce l’absence de consultations et le manque de transparence »

Le Mauritius Sugar Syndicate (MSS) serait-il dans la tourmente ? Le projet d’amendement à la Mauritius Cane Industry Authority Act, en marge du troisième budget du ministre Padayachy soulève de vives inquiétudes dans les milieux sucriers. L’intention to« allow  sugar producers to deliver sugar to Mauritius Sugar Syndicate or any other Authorized Body as may be approved by the Mauritius Cane Industry Authority » sous la section C26 des

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Explanatory Notes, implique que le MSS n’aura plus l’exclusivité sur le marketing et la commercialisation du sucre mauricien, une réforme de taille qui inquiète opérateurs et planteurs.

Si cet amendement est voté, les trois grands producteurs pourraient établir des filiales de Trading et de vente et ainsi bypass le MSS. « Mais cela n’a jamais été leur stratégie », opine un spécialiste du secteur sucrier, car les producteurs trouvent « de multiples avantages à parler d’une même voix au sein du MSS. » Pire, n’importe quel autre Authorized body pourra également faire partie des intermédiaires autorisés par le MCIA : « je ne vois pas la MCIA ne pas donner de licence aux producteurs et en donner à d’autres. Ce serait un désordre sans nom et puis cela ne ferait qu’ajouter un intermédiaire à la chaîne de distribution, ce qui irait contre les intérêts de tous, » argue un haut cadre de l’industrie sucrière.

« Il reste encore le problème de détermination du prix de la rémunération des planteurs. On prendrait la moyenne nationale ? De quel chiffre ? Tandis que le système actuel répond à bien des problèmes qui sont spécifiques à Maurice », poursuit-il.

Une expertise de 100 ans

 

Comme de nombreux changements apportés par le présent gouvernement, ce projet d’amendement lourd de conséquences pour le secteur cannier a été échafaudé sans consultations et avec un manque flagrant de transparence », selon divers témoignages recueillis au sein de la communauté des usiniers et des planteurs. « Ce projet présente de gros risques car le Syndicat des Sucres représente toutes les parties prenantes, petits et gros producteurs, et qui peut vendre son produit mieux que soi-même ?» lance un opérateur.

Pour lui, le risque c’est que si d’autres instances viennent faire le marketing et la vente du sucre cela « remettra en question tout le système qui opère avec une transparence totale sur le prix de vente du sucre. » Il explique que « si demain une autre instance commercialise le sucre, comment aura-t-elle accès au sucre ? Car le sucre n’appartient pas à l’usinier, mais au planteur. Il y a un ‘sharing ratio’ de la valeur du sucre qui va à l’usinier et si une usine va vendre son sucre en direct, elle devra préalablement devenir propriétaire du sucre et donc acheter la canne. Or, actuellement personne n’achète la canne. »

 Dans les milieux concernés, la surprise est totale depuis l’annonce de ce projet d’amendement et beaucoup expriment leur désaccord. Un producteur sucrier explique que « ce n’est pas juste une question de vendre le sucre, il faut une agilité et savoir négocier pour trouver les bons prix. Cela d’autant qu’il n’y a plus de prix garanti, c’est tout une expertise et un réseau qui a été construit depuis 100 ans. » Certains se demandent aussi si les gros acheteurs du sucre mauricien seront à l’aise avec de nouvelles structures de vente/marketing.

« Never change a winning team”

Salil Roy, Président de la Planters Reform Association, est très remonté dans la conjoncture.  « Je suis choqué et surpris par ce projet d’amendement concernant le Syndicat des Sucres. Je n’y vois aucun avantage pour les stakeholders, ni pour la communauté des planteurs », dit-il. Aucun doute pour lui, le MSS a fait ses preuves « et les recettes sucrières sont distribuées selon les principes de bonne gouvernance. » Il ajoute que « jamais un planteur n’a dit qu’il n’a pas eu assez d’argent etc. Si l’on ouvre la porte à une autre entité, cela va être au détriment des planteurs. »

 Le président de la PRA explique que le Syndicat des Sucres opère selon le principe d’une caisse commune et « même concernant certains producteurs qui fabriquent des sucres spéciaux, leur prime entre dans la caisse commune et est ensuite distribuée équitablement avec tous planteurs, même si ce planteur ne produit pas de ‘special sugars’. C’est un système très équitable et le MSS ‘has stood the test of time ! » maintient-il.

D’autre part, il estime que pour les acheteurs du sucre mauricien, il est plus facile de négocier avec une seule institution, « et cela représente aussi une économie d’échelle à cause de la masse du sucre qui est vendue, donc le ‘unit cost of marketing’ est plus bas. » Il cite l’exemple d’un des acheteurs, Crystalco, qui est, selon lui, « satisfait du deal avec le MSS. »

Le président de la Planters Reform Association va plus loin  affirmant que « le marketing du sucre n’est pas simple et le MSS dispose d’un track record. »  Ouvrir la porte à d’autres organismes pour vendre le sucre serait une « cacophonie » pour ce planteur. Il dit qu’il aimerait « comprendre la rationalité derrière cet amendement » cela d’autant que Maurice est un « trop petit marché pour avoir plusieurs organismes pour vendre le sucre local ».

 

« Troubled waters »

Salil Roy s’interroge aussi sur le timing du projet. « Est-ce le bon moment pour un tel changement, alors qu’on commence à peine à tirer la tête hors de l’eau car le prix du sucre recommence à monter ? Nous opérons dans un marché hautement concurrentiel et notre sucre a sa réputation. Nous luttons avec de gros producteurs et notre sucre a fait ses preuves grâce à sa qualité. Il faut faire attention de ne pas faire du tort à notre réputation. Mo pa trouv okenn planter ki ena know-how pou al market disik. Gouvernman bizin fer tansion, never change a winning team, zot pe step in troubled waters, li pa dan lintere planter. Le sucre est un produit national, nou pa pa al vann soset-la ! » fait-il comprendre.

Quant au Syndicat des Sucres, principal concerné par ce projet d’amendement, il suit la situation de près. Une rencontre avec les autorités est intervenue après l’annonce de cet amendement et que des consultations avec le ministre de l’Agro-industrie sont en cours, afin de tenter de trouver une solution à cet épineux problème…

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