Le naufrage du MV Wakashio, à Pointe-D’Esny, a causé des graves dommages au récif corallien

Avec l’huile répandue dans le lagon du Sud-Est, provoquant une marée noire, des craintes d’une pénurie de poissons dans cette partie de l’île surgissent. Les professionnels de la mer sont toutefois d’avis qu’il ne faut pas s’inquiéter pour autant car les « banians » ont leur réseau d’approvisionnement. By-catch, poissons pêchés sur les bancs et prises des autres régions sont autant d’options pour assurer le marché et satisfaire la clientèle du Sud-Est. De toute façon, dit-on, il n’y a aucune garantie que le poisson vendu à Mahébourg, venait bien de la région…

Selon des sources à la coopérative des pêcheurs, l’interdiction de pêcher dans le lagon de Mahébourg et des environs, affectera définitivement les pêcheurs, mais pas nécessairement la clientèle. « La seule chose qu’il manquera, ce sera la pêche du jour. Des poissons du lagon comme le cordonnier, le rouget ou le mulet, seront donc plus rares. En revanche, on pourra avoir des poissons des bancs, ainsi que le by-catch. »

Déjà, le ministère des Coopératives, par l’entremise de la Maison des pêcheurs de Mahébourg, écoule sur le marché, une partie des by-catch. « Il s’agit des poissons pris par les bateaux de pêche qui sont dans nos eaux pour pêcher le thon. Selon les règlements, ils doivent remettre aux autorités, tout poisson autre que le thon. C’est ce qu’on appelle le by-catch. Il est vendu aux banians et à travers la fédération des coopératives de pêche. » Dans cette catégorie de poissons, on retrouve les dorade, bécune, lune dorée et empereur, entre autres.
L’autre option est de s’approvisionner auprès des compagnies de pêche locales, qui vont sur les bancs. Il y a aussi la possibilité d’acheter avec les pêcheurs des autres régions non-affectées par la pollution. « Les banians ont leurs réseaux. Je peux vous assurer que 80% des poissons qui étaient vendus à Mahébourg jusqu’ici ne venaient pas du lagon de Mahébourg. » Avec l’arrivée de l’été, on entre également dans la période de pêche de thon sur les côtes. La région de Rivière-Noire, par exemple, est réputée pour cela et il n’y a pas eu de pollution de ce côté. « En revanche, ce que je déconseille vivement, c’est d’acheter du poisson avec des marchands qui viennent devant chez vous et que vous ne connaissez pas, car il n’y a pas de traçabilité possible. Si vous avez un problème, imaginons par exemple que le poisson a été pêché dans une zone polluée, ce sera difficile de retrouver le poissonnier. »

À ce sujet, notre interlocuteur concède que le public sera peut-être un peu réticent, dans un premier temps, à acheter du poisson à Mahébourg. Il faudra faire une campagne de sensibilisation, dit-il, pour faire comprendre au public que les poissons qui sont sur les étals viennent d’ailleurs. « En tout cas, je peux donner la garantie qu’il n’y aura pas de pénurie de poissons. D’ailleurs, on l’a vu pendant le lockdown, il n’y a pas eu de pénurie, alors que la pêche dans le lagon était interdite.»

Par contre, à partir de samedi, ce sera la fermeture de la pêche à l’ourite, à Maurice comme à Rodrigues. La réouverture se fera le 15 octobre. Pendant cette période, le marché est approvisionné de l’Inde et de Madagascar. À Rodrigues, on le sait, toutes les ourites pêchées avant la fermeture et qui seront congelées, doivent être déclarées à la commission concernée, afin de mieux prévenir la pêche frauduleuse pendant cette période.
Notre interlocuteur plaide également pour qu’on profite de cette période pour former les pêcheurs artisanaux à la pêche hors lagon et qu’on leur donne des facilités pour avoir des bateaux appropriés pour cela. « Le lagon ne sera pas réhabilité de sitôt. Il faudra du temps pour que la mer de Mahébourg soit régénérée. Il faut commencer à élaborer des plans pour aider la communauté des pêcheurs à se réorganiser. »