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Opération « Kott Nounn inn Fote? »: Le tourisme hors jeu avec un carton rouge écarlate !

— Port-Louis tente de convaincre Paris pour une sortie de crise d’ici le 15, avec le GM évaluant les dégâts en vue d’élaborer un nouveau volet d’Assistance Scheme pour l’Hospitality Sector

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— À craindre des annonces en cascade classant Maurice dans la catégorie de Covid-High Risk Areas, avec l’Allemagne emboîtant déjà le pas à la France

— Les opérateurs hôteliers misent sur la clientèle locale pour sauver un Black December, même si le mois de novembre a été à la hauteur des objectifs escomptés

— Incertitiude grandissante du côté d’Air Mauritius, amputée de tout trafic passager sur La Réunion, Paris et Durban/Johannesburg

En ce début de décembre, l’Hôtel du Gouvernement, fort de sa campagne Kot Nou’nn Fote ? dans la gestion de la pandémie de Covid-19, se retrouve néanmoins groggy. Maurice et surtout l’hospitality sector savent au plus profond d’eux-mêmes qu’il sera difficile de se relever à court terme avec cette conjugaison de facteurs défavorables remettant en cause toute relance. À ce stade, pour la pointe de la saison de cette fin d’année, le tourisme mauricien est mis hors-jeu sur les principaux marchés, que ce soit ceux de la France, de La Réunion, de l’Afrique du Sud, de l’Allemagne avec des craintes d’une réaction en chaîne, dont du Royuame-Uni, autre marché porteur. Pour l’instant, les opérateurs de l’hôtellerie vont tenter de tirer profit de cette fall back position qu’est la clientèle locale en cette période de festivités comme ce fut le cas pour la sortie du second lockdown. Mais ce ne sera pas tous les établissements hôteliers qui pourront profiter de cette fenêtre d’accalmie, car la question sans réponse à ce jour est d’abord quand Maurice pourra sortir de cette liste rouge écarlate de la France. Et ensuite, quelle stratégie de promotion touristique pour aller à la reconquête de sa part de marché ?

Toujours est-il est que la récente annonce de l’Africa CDC (Centres for Disease Control and Prevention), en collaboration avec l’Union africaine à l’effet que Maurice est le premier et seul pays d’Afrique à ce jour à subir la cinquième vague de cas de Covid-19, a pesé de tout son poids dans les malheurs du pays. Certes, le cas d’infection au variant Omicron de ce passager réunionnais en transit à Maurice est venu accélérer la décision de la France de classer l’île dans la liste rouge écarlate au même titre que des pays d’Afrique australe. Mais l’analyse de la France va plus loin que ce simple cas d’Omicron.

En l’absence d’exercices réguliers de genome sequencing, le flou persiste quant à la prévalence de l’Omicrom à Maurice, comme il a été le cas pour le Delta jusqu’à aux premiers cas de septembre dernier jusqu’à la pointe de novembre avec des décès akoz-Covid s’approchant du millier. Ce ne sera qu’en début de semaine que les autorités sanitaires devront être en présence des résultats des tests effectués au Central Laboratory du ministère de la Santé sur les deux échantillons de cas positifs sur le dernier vol venant d’Afrique du Sud du week-end dernier.

Peu importent les conclusions de ces tests, Maurice aura déjà essuyé les répercussions néfastes, avec les opérateurs hôteliers dénonçant en privé le manque d’anticipation des autorités en matière de gestion de cette crise sanitaire majeure ou encore de temps de réaction en vue de rétablir les faits aussitôt l’annonce officielle de Paris.

« Depuis la réouverture des frontières et la relance de l’industrie touristique, il n’y a pas un client d’hôtel venu de l’étranger qui aura été contaminé au Covid-19 pendant son séjour. En encore moins de fatalité à regretter. Les cas positifs sont ceux de passagers débarquant, dont des cas importés. Nous mettons en application un protocole sanitaire à toute épreuve non seulement pour protéger les touristes, mais également les membres de notre personnel et les Mauriciens en général. Ce n’est pas à nous de mettre en avant cette argumentation aux autorités françaises pour obtenir un renversement de la situation. Pour ce qui du variant Omicron, qui se propage à la vitesse grand V, notamment en Europe, Maurice ne peut être mise en cause et de surcroît, être sanctionnée sévèrement, au point de mettre en péril un important secteur d’activités économiques », indique-t-on dans les milieux de l’hôtellerie, où règne un sentiment d’agacement face à la timide réaction de l’Hôtel du Gouvernement à l’ampleur des répercussions d’envergure à différents niveaux.

Le décret français au sujet de la liste rouge écarlate stipule que des déplacements « à des fins professionnelles, touristiques, familiales, d’études ou même de recherche » sont strictement interdits. D’autre part, seules les personnes qui sont de nationalité française, ressortissants européens, les personnels diplomatiques et navigants pouvent rejoindre la France. Ce retour devra se faire dans le respect d’un protocole sanitaire renforcé avec isolement sous surveillance.

Avec les dispositions découlant de l’inclusion de Maurice dans la liste rouge écarlate, les tours opérateurs en France n’ont pas tardé à réagir, à l’image du Syndicat des entreprises du tour-operating (SETO), recommandant de suspendre jusqu’au 15 décembre les voyages vers l’île Maurice. Cet organisme fait comprendre à ses membres qu’avec la suspension de ces voyages, « ils peuvent proposer des avoirs aux clients affectés, mais ceux-ci sont en droit de les refuser, auquel cas le code du Tourisme s’applique. »

Indépendamment de ce mot d’ordre du SETO, les annulations de réservation d’hôtel ont commencé à tomber dès le 1er décembre. En fin de semaine, tout en confirmant ce revirement de situation où à peine en début de semaine dernière le mood était à la jubilation avec des perspectives prometteuses pour la fin de l’année, l’on évitait d’avancer un pourcentage d’annulations, préférant attendre d’autres développements, alors que le seul message des autorités est que « la France est attentive aux explications de Maurice. »

Plan B enclenché

Il n’empêche que le Plan B a déjà été activé dans les départements de marketing des groupes hôteliers avec une stratégie pour attitrer la clientèle mauricienne dans les hôtels pour les fêtes de fin d’année. « Ce n’est pas une solution d’affaires idéale, car la durée de séjour sera nettement inférieure à celle du client étranger. Puis, les tarifs pour le service en saison de pointe ne pourront être nullement pratiqués dans la conjoncture. Donc, un manque à gagner conséquent, même si cette option de clientèle mauricienne n’est pas à la portée de tous les opérateurs hôteliers », fait-on comprendre.

En parallèle, en l’absence du Deputy Prime Minister et ministre du Tourisme, Steven Obeegadoo, en mission officielle à l’étranger depuis lundi dernier, le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, de concert avec son collègue Joe Lesjongard, assurant la suppléance au Tourisme, procède actuellement à des consultations au sein du gouvernement et avec les stakeholders du privé dans l’éventualité d’un Assistance Scheme dans ce secteur économique.

Très peu de détails ont filtré à ce jour au sujet des intentions du gouvernement, même si le prolongement du Wage Assistance Scheme est envisagé pour au moins sauver des emplois dans l’hospitality sector à l’arrêt depuis mars de l’année dernière. Pourtant, avant le rouge écarlate de Paris de la semaine écoulée, l’industrie était confiante de pouvoir atteindre la barre des 650 000 touristes au 30 juin prochain.

Grande devra être encore la désillusion du ministre des Finances, qui avait construit sa thèse de reprise de la croissance économique pour cette année sur le tourisme. Il va de soi que du côté de Statistics Mauritius ou encore de la Banque de Maurice, les spécialistes évaluent déjà l’impact de ce rendez-vous raté du tourisme sur la croissance, mais surtout les effets sur la stabilité du système bancaire.

Le secteur du tourisme est l’un des plus endettés de l’économie. À la fin d’octobre, les données publiées officiellement par la Banque de Maurice indiquaient que les Accommodation and Food Service Activities avaient bénéficié d’un montant de Rs 55,7 milliards, dont 33,7 milliards en devises étrangères, sous forme d’emprunts et de facilités bancaires, contre Rs 20 milliards pour le secteur manufacturier, à titre de comparaison.

À la Bank of Mauritius Tower, où l’on se félicitait jusqu’à tout récemment d’avoir pu immuniser le système bancaire et financier de tout choc généré part le virus de Covid-19 avec des interventions massives de la Mauritius Investment Corporation Limited (MICL), l’on appréhende cette prochaine étapes marquée par de plus grosses incertitudes, car « avec la liste rouge écarlate, c’est tout le rayonnement international de l’industrie qui en a pris un sacré coup. »

Au niveau des banques commerciales, le Desk consacré à l’hospitality sector redouble de vigilance par rapport aux différentes échéances en raison des risques de dérapage du non-performing loan ratio. Néanmoins, l’on se dit confiant que comme pour le premier lockdown, des mesures appropriées seront formulées à cet effet dans les prochains jours.

À court terme, la sortie de Maurice de la liste rouge écarlate de la France est considérée comme un facteur déterminant pour mettre un terme eux effets néfastes de ce Black December pour le tourisme. L’Hôtel du Gouvernement évoque une ligne de communication avec les autorités françaises avec pour échéance le 15 décembre. Tout maintien de Maurice dans cette liste au-delà de cette date devrait peser lourd pour cette industrie, qui a déjà concédé la défaite pour la fin de cette année.

MK : régime sec

Mais la cascade d’annonces, dont celle de l’Allemagne classant Maurice à partir de ce matin dans la liste de Covid-19 High Risk Areas, suscite des appréhensions. Les États membres de l’Union européenne n’auront aucune raison de ne pas s’aligner sur la décision de l’axe Paris-Berlin. Puis, il y aura la Grande-Bretagne en embuscade, même si jusqu’à vendredi dernier c’était le calme plat sur ce front.

De son côté, l’Inde, qui rappelle n’avoir pas imposé d’interdictions sur Maurice et d’autres pays d’Afrique australe considérés comme des régions « at risk » pour lutter contre le variant Omicron, met en place un régime strict de contrôle des passagers concernés arrivant en Inde, dont cinq appels téléphoniques par jour pour suivre l’évolution de leur état de santé. « Brihanmumbai Coropration has introduced a very unique and strict home quarantine monitoring mechanism for passengers arriving in Mumbai from ‘at risk’countries. It will be as effective as institutional quarantine. Our objective is to prevent the possible spread of the Omicron variant in Mumbai », note la presse indienne à cet effet. À hier, les autorités indiennes ont annoncé avoir transmis 14 échantillonnages de suspected Omicron, dont dix de ressortissants étrangers, à des fins d’analyse de séquençage.

La mise à l’index de Maurice sur le front de la lutte contre la propagation du Covid-19 n’affecte pas que le tourisme. La compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, qui vient de sortir de l’Intensive Care Unit de la voluntary administration, craint un autre calvaire en cette fin d’année. En ce mois de décembre, le trafic schedule de la compagnie aérienne, qui aurait dû confirmer un décollage en fanfare, s’est mis au régime sec. Depuis le week-end dernier, les vols d’Air Mauritius sur le secteur Maurice/Afrique du Sud se résument à des opérations cargo et de rapatriement de Mauriciens bloqués. La desserte sur Paris est également downgraded au niveau du fret, même si vendredi, Air Mauritius a publié un communiqué au sujet de ses vols jusqu’au 31.

Au niveau de l’océan Indien, La Réunion, territoire français, n’offre plus de gros potentiel de rotation aérienne, alors que la situation reste encore bloquée par rapport à la desserte de l’aéroport régional de Plaine-Corail à Rodrigues. Ainsi, le planning du personnel navigant pourrait être modifié de manière substantielle vu le nombre d’avions restant au sol sur le tarmac du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport.

Steven Obeegadoo, qui ne devra rentrer d’Europe que vers la fin de la semaine, se voit investir d’une mission impossible, voire amener la France à revoir sa décision à l’encontre de Maurice dans les meilleurs délais. Même si à ce jour le message émanant de l’Hôtel du Gouvernement est que « la France est attentive aux demandes de Maurice », la question qui se pose est de savoir si Maurice détient encore des arguments pertinents et persuasifs pour épargner le tourisme de cette descente aux enfers.

Dans le privé, au fur et à mesure que les jours passent et que les annulations de réservation d’hôtel s’amoncellent, l’on redouble l’appel pour ce que les opérateurs, en tous genres, présentent comme un « signal fort de la part du gouvernement », porteur d’espoir pour le pays…

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