Ronnie Nagloo aspire à être Professor avant ses 40 ans

Les mathématiques, c’est sa passion. Dès le collège, il a su qu’il enseignerait un jour cette matière. Mais il ne savait pas encore qu’il irait jusqu’à enseigner à l’université, encore moins à New York ! C’est que Ronnie Nagloo – ancien joueur de basket sur le plan national, élu meilleur basketteur MVP de la ligue de Maurice en 2006 – s’est toujours donné les moyens de vivre sa passion en poussant toujours plus loin ses limites. Aujourd’hui, l’ancien élève du collège La Confiance fait honneur au quadricolore mauricien à travers son poste d’Associate Professor au Bronx Community College, à la City University of New York (CUNY). Par ailleurs, son exposé, publié dans les Annals of Mathematics, paraîtra dans “Notices of Americain Mathematical Society” en février dans le cadre du Black History Month commémorant en Amérique les personnes et événements importants dans l’histoire de la diaspora africaine. Portrait.

Ancien élève de l’école de la Visitation à Vacoas et ensuite du collège La Confiance, le jeune Ronnie ne se démarque pas des autres, mais ne connaît pas non plus de difficultés au niveau scolaire. Comme les autres jeunes de son âge, il aime le sport. Ce qui coule de source, dirait quiconque sait qu’il est le fils de Jean-Claude Nagloo, ancien champion de boxe qui a été à la tête de la sélection nationale de boxe jusqu’en 2013. Mais Ronnie, lui, se passionne plus pour le basket. Et comme son père produisait des champions, on peut imaginer qu’il a aussi agi sur son fils d’une certaine manière. Du moins, en l’initiant à la rigueur. Ce que ne nie pas celui devenu aujourd’hui Associate Professor. « Je n’ai pas connu mon père comme boxeur mais comme entraîneur. Je l’ai connu très dur en tant que tel mais pas dur comme père même s’il était très strict. On pouvait tout faire, le sport, etc. mais une chose était claire : l’école était primordiale », se souvient-il.

Après le collège, c’est sans hésiter que Ronnie choisit des études de maths à l’université de Maurice (UoM). Il décrochera un BSc (Hons) with “First Class” et décrochera même une médaille d’or. L’Associate Professor compare les mathématiques pures à « un puzzle avec tout plein de pièces qu’il faut savoir assembler et avant cela, il faut une solution, la lumière pour voir comment est construit le puzzle jusqu’à le monter complètement ».

D’où lui vient cet amour pour les maths ? « Quand j’étais au collège, je prenais des leçons avec un prof, M. Indiren. C’est lui qui m’a transmis le désir d’enseigner cette matière. Dès lors, j’ai toujours eu l’idée de faire carrière dans un métier qui y serait lié. » Une fois à l’université, l’idée se précise : il sera prof de maths dans un collège. En première année universitaire, il joue encore au basket. « La vie sportive et les études collaient bien. » Dès la fin de la première année, toutefois, la passion se renforce et ses intentions concernant sa carrière évoluent. Il pense déjà à un doctorat et des recherches en mathématiques le moment voulu. Sa vision devient plus distincte : il sera professeur à l’université.

Mais après son BSc à l’UoM, Ronnie étant davantage attiré par les mathématiques pures ne trouve pas trop possibilités sur le plan local. « Un doctorat était possible à Maurice mais pas dans la branche qui me passionnait. À Maurice, c’était davantage axé vers les mathématiques appliquées, ce qui ne relève pas vraiment de ma passion. » Comme il n’a tout de suite pas la possibilité de s’envoler pour la poursuite de ses études, il travaille un an et demi chez Aon Hewitt comme actuaire analyste, un poste préparant à devenir actuaire. Jusqu’au moment où, avec le soutien financier de ses parents, il parvient à mettre le cap sur Londres pour un Masters in Pure Mathematics à l’Imperial College. « L’idée était de travailler suffisamment bien pour décrocher une bourse pour un doctorat.

Ce qui s’est passé. J’ai eu une bourse pour un doctorat à l’université de Leeds. » Il y passera trois ans et demi avec Anand Pillay, un Anglais d’origine sud-africaine et indienne, comme superviseur. « Ce dernier est un des plus grands experts en la matière. Il a ouvert beaucoup de portes pour moi », reconnaît notre interlocuteur. Son sujet de thèse sera : “Model Theory, Algebra and Differential Equations”.

Avec le recul, Ronnie Nagloo dit être reconnaissant envers ses parents qui ont investi énormément d’argent dans son année de maîtrise en Angleterre. « C’était un risque car investir autant dans un Master avec le risque de ne pas réussir à trouver un doctorat après aurait pu être un peu catastrophique mais cela a marché », se réjouit-il.

Après les trois ans et demi de doctorat, il reçoit un poste au Graduate Center à la CUNY, « un premier travail post-doctorat où l’on a du temps pour travailler avec d’autres personnes et pour bâtir ses propres recherches », dit-il. Et d’ajouter : « La CUNY comprend 25 campus dont le Graduate Center, consacré à la recherche. » Pendant ses deux ans au Graduate Center, Ronnie Nagloo est sous le charme de New York et fera le choix d’y rester. Il postule pour un des Community Colleges où les étudiants passent leurs deux premières années universitaires pour avoir plus de soutien que s’ils étaient dans un collège de quatre ans. « À la CUNY, il y a sept Community Colleges et 11 Senior Colleges, les campus où les étudiants restent quatre ans. » Aujourd’hui, il enseigne au Bronx Community College, qui est un “2-Year College”. Parallèlement à cet enseignement universitaire, il poursuit ses travaux de recherche et est membre de la Doctoral Faculty, qui implique qu’il peut enseigner aux étudiants préparant leur doctorat. Sa vie actuelle se résume à enseigner deux fois la semaine et faire de la recherche.

Après ce brillant parcours, Ronnie Nagloo, qui fêtera ses 37 ans en mars prochain, n’a pas fini de vouloir avancer encore plus. Après avoir été Assistant Professor et Associate Professor, il ambitionne d’être Professor avant ses 40 ans.

Chaque année, en février, pour le Black History Month, l’American Mathematical Society dédie son magazine à des personnes qui ont fait de la recherche de haut niveau. Cette année, l’exposé de Ronnie Nagloo sera publié dans les “Notices of American Mathematical Society”. « C’est un travail que j’ai fait avec deux collaborateurs et qui a été publié dans Annals of Mathematics, le plus grand journal de mathématiques. Sauf erreur, je pense être le premier Mauricien dont l’exposé y paraît. »

Justement, son île Maurice, y pense-t-il encore ? Bien sûr, répondra Ronnie Nagloo qui n’oublie pas ce que sa terre natale lui a apporté : « L’UoM a été une “stepping stone”. Même si je n’ai pas l’occasion d’y revenir souvent, j’ai toujours de la gratitude envers Maurice qui pourvoit une “world class education” même si je crois savoir qu’il y a quelques changements. Le HSC de Cambridge est de niveau international. » Si aujourd’hui, New York est sa deuxième maison, où il vit avec sa femme et sa fille de quatre ans, Maurice demeure dans son cœur. « Nous sommes vraiment talentueux, nous les Mauriciens. Nous sommes pleins de potentiels. Les opportunités sont énormes dans le monde. Il faut rêver. Si vous rêvez de travailler pour Google par exemple, il faut y croire. Le monde est petit », conseille-t-il aux jeunes.

Il se souvient du soutien émotionnel qu’a été sa mère pendant ses années de collège. « Ma mère a été la fondation, la personne qui a toujours été derrière moi et qui m’a soutenu. C’est elle qui a noté que la classe de maths ne se déroulait pas comme il le fallait à un moment donné au collège et qui m’a fait prendre des cours particuliers avec M. Indiren. Mes parents n’ont pu aller loin en termes d’études mais leur objectif était que leurs enfants les dépassent. » Face à un tel parcours, on ne peut qu’être émerveillé et admiratif…

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