Les plages et autres sites touristiques étant interdites en raison de la pollution, les chauffeurs de taxi n’arrivent plus à travailler.

Mahébourg tourne au ralenti depuis le confinement. Si le naufrage du Wakashio avait créé de l’animation dans le village dans un premier temps, les opérateurs commencent maintenant à ressentir l’effet de la catastrophe écologique sur leurs activités. C’est le cas des chauffeurs de taxi, qui peinent à trouver des clients, car les attractions avoisinantes, incluant la plage publique de Blue-Bay, sont interdites. De plus, il est très peu probable que les touristes reviendront au village, même à la réouverture des frontières. Ils lancent de fait un appel aux autorités pour être considérés parmi les personnes impactées par l’échouement du Wakashio.

Contrairement à leurs collègues opérant à partir des hôtels, les chauffeurs de “taxi vilaz” ne bénéficient pas du Self-Employed Assistance Scheme, car leurs opérations ne sont pas liées directement au tourisme. Sauf que, depuis le naufrage du Wakashio et le déversement d’hydrocarbures dans le lagon, leurs activités sont presque au point mort. Dinmahamed Youssah, le porte-parole, explique : « La plage de Blue-Bay est fermée, l’Ile-aux-Aigrettes est fermée. Rien que ces deux destinations représentaient une bonne partie de notre clientèle. D’un côté, il y avait les touristes qui visitaient le parc marin et, de l’autre, les Mauriciens qui allaient à la plage, ou encore les skippers qui devaient se rendre sur leur lieu de travail. Mais depuis plus d’un mois, la plage de Blue-Bay ressemble à un cimetière.

« C’est une Restricted Zone. »
Les taximans de Mahébourg regrettent ainsi de ne pas avoir été considérés parmi les personnes impactées par le naufrage du Wakashio. « Nous sommes contents pour les pêcheurs, plaisanciers et autres vendeurs de plage. Ils méritent cette allocation. Mais qu’en est-il des chauffeurs de taxi ? D’ailleurs, nous ne comprenons pas pourquoi nos collègues, qui opèrent comme taxi d’hôtels, n’ont qu’une allocation de Rs 5 100, alors que d’autres ont une allocation de Rs 10 200.

Le gouvernement avait promis un salaire décent pour tous, alors pourquoi donner moins aujourd’hui ? On ne peut avoir deux types de citoyens. »
Les chauffeurs de “taxi vilaz” de Mahébourg souhaitent ainsi être considérés pour l’allocation de Rs 10 200 liée au Wakashio. Environ une quinzaine opère dans le centre du village. « Nous contribuons à l’économie du pays comme tout le monde. Pour une fois, cet argent peut revenir vers nous. Il s’agit de l’argent du peuple. » Ces derniers font ressortir que Mahébourg est un village touristique de par son cachet historique. « Même si on n’est pas directement lié au tourisme, nous travaillons avec les touristes. Il y a, à Mahébourg, une dizaine de “guest houses” qui accueillent des touristes. C’est vers nous que ces personnes se tournent pour voyager. Il y a aussi des attractions touristiques, comme la Biscuiterie Rault, qui confectionne des biscuits à base de manioc, ou encore le musée naval. On fait aussi des courses pour l’aéroport. »

Dinmahamed Youssah avance que cela peut-être vérifié auprès des opérateurs. Il cite en exemple le magasin Adamas, où il y a des “records” certifiant qu’ils y emmènent des touristes. « Avec la COVID, nous étions déjà dans le rouge. Le Wakashio a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Beaucoup de chauffeurs sont affectés moralement. Il y a des dettes à rembourser, l’assurance à payer, les enfants à envoyer à l’école… Nous demandons à être pris “on board”. » Les chauffeurs de taxi souhaitent ainsi une rencontre avec leurs députés afin de leur exposer leur situation. Ils ont déjà écrit aux autorités concernées pour être considérés parmi les personnes impactées, mais n’ont eu aucun retour à ce jour.

Par ailleurs, Dinmahamed Youssah dit profiter de l’occasion pour attirer l’attention du ministre du Transport, Alan Ganoo, sur une liste qui circule concernant d’éventuels permis pour opérer à l’aéroport. « Cette liste comprend des personnes qui ne méritent pas d’avoir ce permis. Si les autorités vont de l’avant avec ces noms, je suis prêt à tenir une grève de la faim devant les locaux de la NLTA. » De même, il dénonce la présence d’une compagnie qui utiliserait une plateforme digitale et ferait de la concurrence aux chauffeurs de taxi. « On a annulé Uber, mais il y en a d’autres qui réclament des commissions aux chauffeurs de taxi. Il faut mettre un terme à ces pratiques. »