Soopramanien Kistnen

Rebondissement accablant au tribunal de Moka dans l’enquête judiciaire sur le meurtre de Soopramanien Kistnen, aussi connu sous le nom de Kaya, et agent du MSM à Quartier-Militaire/Moka (No 8). Les témoins convoqués à la réouverture de l’enquête judiciaire, hier, ont permis d’apporter plus d’éclairage sur ce qui s’est passé entre le 16 et le 18 octobre de l’année dernière avec la dépouille calcinée de la victime retrouvée dans un champ de cannes à Telfair, Moka.

Dr Shaila Prasad Jankee, Police Medical Officer, répondant aux questions de Me Azam Neerooa, Senior Assistant DPP, a soutenu que la victime « a été étranglée » au vu des morceaux de tissus brûlés retrouvés au niveau du cou de la victime. De son côté, Asha Auckloo, Senior Forensic Scientist, a indiqué qu’il n’y avait aucun signe de lutte là où Kistnen avait été trainé vers le champ de canne. Elle évoque également la possibilité que la dépouille avait été transportée vers ce lieu secondaire par au moins deux personnes.

L’enquête judiciaire sur la mort de Soopramanien Kistnen a été rouverte en raison de nouveaux éléments. Ainsi, le Bureau du DPP a trouvé important de porter à la connaissance de la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath, de nouveaux éléments, dont les rapports du Forensic Science Laboratory qui n’avaient été remis ni au DPP ni à la Cour.

La Police Medical Officer Shaila Prasad Jankee, qui avait examiné la scène de crime dans la soirée du 18 octobre 2020, a expliqué en détail la position du corps de Kistnen et ce qu’elle a pu découvrir.

Elle a confirmé que la dépouille de la victime était en état de décomposition, avec des brûlures au second et troisième degrés sur le corps. Elle ajoute avoir aussi trouvé que la victime était pieds nus et avait les poings serrés qui contenaient des morceaux de papier partiellement brûlés. Elle a aussi fait état de la présence d’un tissu de couleur marron retrouvé au niveau du cou de la victime.

Répondant aux questions de Me Azam Neerooa, le témoin a expliqué qu’elle n’avait toutefois pas été désignée pour pratiquer l’autopsie de Soopramanien Kistnen. Faisant part de son analyse des faits sur la Scene of Crime, elle ajoute que l’état du corps démontrait un « spasme cadavérique », soit une rigidité des muscles, conséquence d’une « mort violente et soudaine ».

La Police Medical Officer a aussi dit avoir remarqué que les pieds nus de la victime avaient été épargnés par le feu, écartant la possibilité qu’il portait un « tracksuit » ou des chaussettes. Elle a aussi indiqué que tout portait à croire que la victime aurait eu les deux pieds ligotés, en raison des traces de tissus sur les deux chevilles.

Confrontée à la cause du décès dans le rapport d’autopsie, soit l’œdème pulmonaire, la Dr Prasad Jankee a évoqué l’étranglement comme probable cause de l’œdème pulmonaire. Elle a aussi conclu que la victime ne respirait plus lorsque le feu a été mis. Ainsi, pour la légiste, « il est fort probable que la victime a été étranglée avant que le feu n’ait éclaté ».

Rapports médico-légaux

Asha Auckloo, Senior Forensic Scientist, a fait part de deux rapports rédigés après avoir examiné le corps de Soopramanien Kistnen et les champs de cannes à Telfair, Moka. Elle a révélé en Cour que son rapport sur l’examen du lieu (Locus Report) était prêt depuis le 19 janvier 2021.

Elle avait pris contact avec la MCIT dès le jour de la disponibilité du rapport en vue de le soumettre. Mais ce ne fut que lundi, soit le 26 juillet, que la MCIT a décidé d’aller récupérer ce document crucial.  Elle a aussi examiné les pièces à conviction fournies par la police afin de pouvoir détecter des traces d’ADN.

Ce rapport ADN était disponible depuis le 3 mai 2021. Elle avait informé la MCIT le jour même. Toutefois, cette équipe de police était venue récupérer le rapport un mois plus tard, soit le 1er juillet 2021.

Le rapport indique un autre profil ADN, autre que celui de Soopramanien Kistnen, sur un gant trouvé autour du corps. La scientifique a pu confirmer qu’il s’agit de l’ADN d’un homme qui demeure « inconnu » car ne correspondant à aucun profil ADN sur la base de données du laboratoire médico-légal. Donnant plus d’éclaircissements, Asha Auckloo fait comprendre que la base de données comprend des profils ADN « obtenus de précédents suspects dans d’autres affaires, de pièces à conviction, de scène de crime dans d’autres affaires ».

Me Neerooa s’est intéressé au moyen de « maximiser les chances de comparer les profils ADN ». Asha Auckloo est d’avis « qu’il faut que le FSL obtienne des échantillons d’ADN des suspects pour faire un exercice de comparaison ». Me Neerooa a rappelé que le constable Norbert Manoovaloo avait avancé lors de son audition qu’il y avait plusieurs suspects dans le viseur de la MCIT.

Le Senior Assistant DPP a fait une motion pour que la Cour recommande à la police de prélever des échantillons ADN des suspects dans cette enquête policière.

Concernant un téléphone portable qui avait été trouvé dans les débris d’incendie près du corps de la victime, la scientifique d’expliquer que ce téléphone « partiellement brûlé mais en un seul morceau » n’a jamais été envoyé au laboratoire médico-légal pour des examens ADN. Idem pour de nombreuses pièces à conviction, soit un sac à dos de couleur noir, des bouts de vêtements autour de l’abdomen de la victime ou encore les bouts de papiers brulés.

Asha Auckloo a aussi révélé une concentration de tissus au niveau des deux chevilles, qui selon elle, s’apparente au fait que les deux chevilles « étaient ligotées ».

Azam Neerooa (AN) : Que pouvez-vous nous dire sur la position du corps ? Trouvez-vous que la victime luttait contre le feu ?

Asha Auckloo (AO) : Non. Aucune trace de lutte décelée autour les lieux du crime.

AN : Quelle conclusion tirez-vous ?

AO : Mon opinion est que la victime était soit inconsciente soit déjà morte avant que le feu n’éclate.

AN : S’il était inconscient et qu’un incendie éclatait la victime aurait repris conscience n’est-ce pas ?

AO : Je ne peux confirmer.

AN : Donc plus probable inconscient ou décédé ?

AO : L’explication la plus probable est que la victime était morte avant l’incendie.

AN : Que pouvez-vous en déduire du lieu où le corps a été trouvé ?

AO : Du fait qu’il n’y avait pas de traces de lutte et de Disturbances, je dirais que c’est un lieu secondaire.

AN : Donc la victime n’a pas été traînée vers ces champs de cannes ?

AO : Non.

AN : Il est possible que la victime ait été transportée dans un véhicule vers ce lieu ?

AO : Cette possibilité n’est pas à écarter.

AN : Pour alors placer le corps dans ce lieu secondaire, il y avait sans doute plus d’une personne n’est-ce pas ?

AO : Je dirais qu’au moins deux personnes sont impliquées dans cet acte.

Par ailleurs, Mes Roshi Bhadain et Rama Valayden, qui représentent Koumadha Sawmynaden et la famille Kistnen respectivement, ont recherché des éclaircissements de la Police Medical Officer. Me Bhadain était intéressé à comprendre la raison pour laquelle, elle n’a pas été appelée à pratiquer l’autopsie de Soopramanien Kistnen.

La Police Medical Officer a déclaré que c’est le Chief Police Medical Officer qui a désigné un autre médecin légiste pour pratiquer l’autopsie, soit le Dr Ananda Sunnassee. Elle n’a pu répondre à la question de Me Bhadain qui voulait savoir si le Dr Sunnassee était on call comme ce fut le cas pour elle, ce soir-là.

Me Rama Valayden voulait savoir qui sont les officiers de police qu’elle a rencontrés sur les lieux où le corps de Kistnen a été retrouvé, dans la soirée du 18 octobre dernier. Elle a expliqué avoir rencontré l’ASP Bachoo et l’ACP Manaram et que l’assistant surintendant de police lui aurait demandé si c’était un cas de suicide.

Hors-Texte

La MCIT se fait remonter

les bretelles sur l’ADN

La magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath, siégeant au tribunal de Moka, a accédé à la requête de Me Azam Neerooa pour que la MCIT  procède au prélèvement d’échantillons ADN sur les suspects ciblés dans l’enquête de police.

L’assistant surintendant de police (ASP), Vikash Seebaruth, a été appelé à la barre des témoins à cet effet. La Cour l’a mis devant les faits que le rapport ADN du FSL a conclu en la présence de l’ADN d’une autre personne que celui de Soopramanien Kistnen sur une pièce à conviction. La magistrate a alors émis un ordre pour que la MCIT procède au prélèvement d’échantillon des suspects dans cette affaire.

Le haut gradé a donné l’assurance que le nécessaire sera fait « dans les jours à venir ». Aussi, il avait contacté certains des suspects précédemment, mais aucun prélèvement ADN n’avait été effectué.

La magistrate devait alors rappeler que ce rapport était en possession de la MCIT depuis le 1er juillet et qu’il n’y a eu aucun progrès. L’ASP Seebaruth devait répondre que la MCIT « cible des suspects spécifiques » et s’attend à obtenir des éléments concrets qui pourraient relier ses suspects au crime pour avancer.

La magistrate a fait ressortir que ces échantillons d’ADN pourraient déjà apporter des éléments de réponses. Elle a aussi demandé que le nécessaire soit fait pour que le téléphone portable, le sac à dos et les morceaux de papier trouvés autour du cadavre – qui n’avaient pas été envoyés au FSL pour des examens – le soient.

Les travaux de l’enquête judiciaire ont été ajournés au 18 août prochain.