Vincent Duvergé n’a pas pris des années avant de passer des réseaux sociaux aux grandes salles de spectacles et de se faire un nom. Samedi dernier, le jeune humoriste de 25 ans rencontrait, pour la troisième fois, un public de tout âge au Trianon Convention Centre pour un maximum de sketches sur divers sujets.

Une salle comble et des explosions de rires. Lors de ce one-man-show organisé par Titanium Events, l’humoriste a dû gérer des trous de mémoire, un vrai travail mental, et des faux pas, dont il a eu le mérite de reconnaître qu’il avait “fauté” contrairement à l’autre, qui ne sait même pas rire jaune. A la fin du spectacle, comme un geste d’adoubement, il est descendu saluer Pierre Noël, qui a défrayé la chronique récemment pour une blague postée sur le Net.

Ce jeune Quatre-Bornais, directeur de PopTV, à l’énergie débordante, qui a toujours rêvé de faire du stand-up et qui dès sa tendre jeunesse brûlait d’envie d’être sous les projecteurs, a accepté de nous en dire plus sur ce qui a fait son succès. Dans cet entretien où est moins expansif que sur la scène, il nous livre aussi ses réflexions sur le rapport des Mauriciens avec l’humour et le rire.

l Comment expliquez-vous votre succès après deux spectacles qui ont fait salle comble ?

– J’ai encore beaucoup de mal à l’expliquer. Faire de l’humour a toujours était mon rêve et si les gens aiment ça, je suis le plus heureux !

l A quel âge avez-vous réalisé que vous pouviez devenir humoriste, et que vous auriez du succès ?

-Je l’ai réalisé à mon adolescence, entre 16 ou 17 ans. Je voulais faire du stand-up ! Je voulais vraiment en faire mon métier. J’ai donc fait quelques sketches au collège ça avait l’air de plaire. Pour moi, c’était une révélation, je me suis dis : Oui, je veux faire ça ! »

l Quels sont les célèbres humoristes d’ici ou d’ailleurs qui vous ont inspirés ?

– Ils sont nombreux ! Gad Elmaleh, Trevor Noah, Kevin Razy, que j’ai eu l’occasion de rencontrer et qui m’a donné pas mal de conseils !

l Parlons de l’humour. Quelle en est votre définition ?

Savoir rire de tout, incluant soi-même, sans être méchant ni vulgaire.

l Comme on dit qu’il existe l’humour français ou l’humour anglais, croyez-vous qu’il y ait un humour spécifiquement mauricien ?

– Je pense que oui ! Mais il faut continuer à le façonner. Il y a encore trop de tabous !

l Peut-on rire de tout et de n’importe qui dans la vie ?

– Pierre Desproges disait : « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». Je crois qu’il avait parfaitement raison. Je suis toujours contre les attaques gratuites et l’humour vulgaire.

l Et à Maurice ?

– A Maurice, nous sommes trop sensibles ou trop susceptibles. J’aimerais bien que l’on puisse rire de nos différences au lieu de se critiquer les uns les autres.

l Selon vous, les Mauriciens manquent-ils d’humour, confondent-ils rire et ricanement, deux choses tout à fait différentes?

– Je pense qu’on confond surtout parodie et attaque ! Deux choses fondamentalement différentes. Parodier une situation ou une personne ne veut pas dire qu’on attaque cette personne.

l Puisqu’on parle de “parodie”, abordons l’affaire Pierre Noël. Vous avez sans doute vu la vidéo, est-ce que ça vous a fait rire ou avez-vous été choqué ? Est-ce de l’humour pour vous ?

– La vidéo de Pierre Noël m’a fait rire, oui ! Il est vrai qu’il y ait pu y avoir des mots mal choisis, mais si on écoute l’imitation en elle-même et qu’on accepte de rire de nous-mêmes, ça reste une blague marrante.

l Jusqu’où peuvent aller les blagues, les plaisanteries à Maurice, selon vous ?

– Pour tout vous dire, on a encore des tabous à briser à Maurice. Moi, j’aimerais renverser les murs mentaux qui séparent les communautés. Je crois que cet aspect de notre société est une « zone interdite ».

l L’humour, est-ce une ouverture aux autres ou doit-il être communalisé. Doit-on rire seulement avec les siens ? Le malheur de Pierre Noël est qu’il n’a pas suivi le conseil de Desproges, sans doute.

– Le rire n’a rien à voir avec le communalisme. Il ne faut pas se moquer des gens, les rabaisser. Il faut au contraire se servir de l’humour pour rire de soi-même, puis rire de son voisin s’il est risible et s’il est tolérant. C’est comme ça que le rire peut nous rassembler. Le rire nous libère, il unit les gens, les Mauriciens doivent comprendre cela..

l Le rire sur les réseaux sociaux est sous haute surveillance, comme vous le savez, surtout quand il a pour cible des ministres, avant tout le Premier d’entre eux. Ces genres d’humour— car il y en a plusieurs, et de vulgaires — sont-ils nécessaires dans une démocratie ou faut-il les interdire. Pour vous, une émission telle que « Les Guignols de l’Info » est-elle possible à Maurice ?

– Je pense qu’il faut tout faire pour qu’il y ait des émissions comme « Les Guignols » à Maurice ! On ne doit jamais abandonner ! Ces émissions sont nécessaires à la liberté d’expression, à la démocratie, et surtout à l’éducation politique de la population. C’est peut-être bête, mais des émissions comme « Le Petit Journal », « Quotidien » de Yann Barthes, « Les Guignols », ou encore l’excellent observateur de la société française, Nicolas Canteloup, qui imite à merveille les politiciens français, ce sont des émissions qui m’ont appris énormément sur ce qui se passe dans le paysage politique français Imaginons si de telles émissions existaient chez nous On donnerait un superbe outil à la population.

l Vous arrive-t-il d’être sérieux ?

– Oui ! Mais quand je me sens trop sérieux, je fais toujours une connerie pour me rappeler de ne pas trop me prendre au sérieux.

l Croyez-vous que le grand travers des Mauriciens soit l’esprit de sérieux ?

– Je pense que nous, les Mauriciens, on donne parfois trop d’importance à des futilités. Nous devons prendre le temps de rire des choses et ne pas trop nous prendre au sérieux.

l Dites-nous où avez-vous « fauté » dans votre spectacle ?

– Aie ! Quelques oublis de textes Quelques pas que j’ai ratés dans la danse d’entrée ! Oops !

l Passons. Le Parlement étant devenu comme une salle de spectacles ces derniers temps, quels sont les politiciens qui vous font le plus rire et qui vous inspirent en tant qu’humoriste, à part l’honorable Speaker qui ne fait pas rire… l’opposition ?

– Eh bien, je vais vous étonner, le Speaker est un de mes préférés, by far ! Je me demande parfois s’il arrive à parler quand il rentre chez lui après la session parlementaire. Mais je dois dire que le politicien que j’adorais, c’était Ravi Rutnah ! Lui, je suis bien triste qu’il ne soit plus parlementaire dommage.

l Abordons les choses sérieuses. Notre Premier ministre fait souvent le buzz du rire sur la Toile. Dans la réalité, et pour ceux à qui il ne fait pas rire du tout, êtes-vous de ceux qui disent qu’on devrait « buzz li dehor », pour dire les choses poliment  ? Ou prenez-vous là aussi le parti d’en rire ?

– Je pense qu’il y a toujours moyen de rire de tout incluant les frasques politiques. Disons que je suis de ceux qui aiment rire et faire rire de ces choses afin que les gens réalisent ce qui se passe. C’est aux internautes ou aux followers d’en tirer leurs propres conclusions.

l Vos projets ?

– En ce moment, je me concentre sur le lancement de PopTV, la nouvelle plate-forme digitale qui produira du contenu divertissant sur Facebook, YouTube, Instagram et même TikTok. On lance très bientôt nos premières émissions.