Curpanen Goindah en Egypte. Il vit toujours à Mont-Roches.

Le 8 mai 1945, l’Allemagne capitulait face aux troupes alliées. Ce qui marqua la fin de la Seconde Guerre Mondiale et de l’occupation de l’Europe par les nazis. Pour combattre l’armée allemande et ses alliés, les empires française et britannique avaient utilisé leurs colonies comme viviers à soldats. Ainsi, 38 000 Mauriciens furent enrôlés. Certains pendant la guerre et d’autres juste après. 75 ans après, il est rare de trouver encore des vétérans en mesure de raconter leurs expériences. Nous avons rencontré Claudine Laridon et Curpanen Goindah, partis à des époques différentes en Egypte.

Plusieurs décennies après la fin du conflit et leur participation dans l’effort de guerre les souvenirs sont toujours intacts pour Claudine Laridon et Curpanen Goindah. Toujours en bonne santé et la mémoire vive, Claudine Laridon évoque une époque certes difficile, mais aussi une expérience qui reste à jamais gravée. C’est un jour d’avril 1945 que Claudine Laridon, née Antonio, est partie pour l’Egypte en compagnie d’une centaine d’autres Mauriciennes à bord du navire Franconia.  « J’ai vu une annonce dans le journal, j’ai postulé et j’ai été sélectionnée après avoir fait un examen médical», nous dit Claudine Laridon, âgée aujourd’hui de 93 ans. Elle avait alors 18 ans, avait fait ses études secondaires au Saint Michael College, à Rose-Hill et rêvait de devenir enseignante. Mais, le destin en avait décidé autrement. Ou peut-être voulait-elle suivre les traces de son père, Donald Antonio, parti en Egypte en février 1941 au sein du Royal Army Service Corps où il exerçait comme chauffeur-mécanicien pour l’armée? «J’avais 14 ans quand mon père est parti et je ne l’avais pas vu pendant 4 ans.»

Fils d’un laboureur, né à Mont-Roches où il a grandi Curpanen Goindah, a commencé à travailler à l’âge de 10 ans. En janvier 1953, alors âgé à 19 ans, et après avoir travaillé à l’usine à sac, il décida de s’enrôler dans l’armée. Direction l’Egypte. «A Maurice, en temps de guerre, c’était vraiment une époque « la mizer » . On était payé 40 sous la journée et on devait se nourrir de maïs, de maniocs et de patates» se souvient Curpanen Goindah, qui dit  aussi que cette période n’a rien de comparable avec les trois mois de confinement que les Mauriciens ont vécu récemment.

Vivre en temps de guerre, quand les bateaux de marchandises ne pouvaient pas venir à Maurice, c’était vraiment la galère. Claudine Laridon se souvient d’avoir parcouru plusieurs kilomètres à pieds, de Beau-Bassin jusqu’à Saint Martin pour acheter 1 kilo de maniocs.

Après une période de formation de trois mois (maniement des armes, parades militaires, etc) très dure, selon Curpanen Goindah, le groupe de Mauriciens arriva en Egypte en février. L’hiver était rude, le jeune homme intégra la Compagnie 2064 et fut transféré près du Canal de Suez. Curpanen Goindah fut alors chargé de surveiller les entrepôts d’armes et d’autres bâtiments encore sous le contrôle de l’armée britannique.

Après avoir servi l’armée britannique pendant deux ans, Curpanen Goindah retourna à Maurice où il exerça comme ébéniste. Agé maintenant de 87 ans, il est d’avis que la jeune génération doit connaître les sacrifices faits par les aînés afin qu’elle puisse vivre dans un monde en paix.

La formation de Claudine Lardion se déroula à Maurice. Elle se souvient que les jeunes recrues venaient des quatre coins de l’île, de Vacoas, de Rose-Belle, de Mahébourg et beaucoup d’autres de Port Louis. Elles furent dans un premier temps logées à Curepipe avant de regagner les quartiers de la police à Rose-Hill. Après avoir appris à faire des drills et autres parades, il le temps était venu pour ces jeunes de la Mauritius Women’s Volunteer Force de prendre le navire pour l’Egypte.

Claudine et son époux Roland Laridon le jour de leur mariage

Le Franconia était un grand navire qui n’avait pas pu entrer dans le port et il fallut prendre les navettes pour y accéder. Sur le navire se trouvaient également des hommes enrôlés dans la Royal Pioneer Corps. Après un voyage de 12 à 13 jours le Franconia arriva en Egypte. Mais avant, le navire fit escale à Mombasa, dans le sud du Kenya, le 15 août 1945. « On était encore sur le navire quand on a entendu toutes les cloches des églises qui sonnaient. Des amies se demandaient  » Eh, c’est pour nous accueillir toutes ses cloches ? » C’est alors qu’on a entendu un Anglais dire « War is over, Japan has capitulated« . C’était la joie, on a fait une parade dans les rues de Mombasa pendant que les cloches carillonnaient avant de reprendre le bateau pour l’Egypte.»

En Egypte, le groupe de Mauriciennes fut accueilli par les officiers et deux jours plus tard Claudine Laridon se vit offrir un poste de Storewoman dans un entrepôt de pièces de rechange pour les voitures et autres machines. C’est pendant ce travail qu’elle fit la connaissance d’Arlette Aubeeluck qui devint son amie. Comme elle n’avait plus de nouvelle de son père, Claudine Laridon en parla aux officiers britanniques. Un jour, elle fut convoquée dans le bureau et on lui dit qu’elle aurait bientôt une bonne surprise. « Effectivement, quelques jours plus tard, mon père est arrivé et il m’a dit  « Je croyais que tu étais toujours à l’école, toi qui voulait toujours devenir prof, regardes où tu as atterri. Et là, je lui ai dit : “Mais c’est à cause de toi !  » .»

Autre étape très importante dans le vie de Claudine : sa rencontre avec Roland Laridon, qu’elle a épousé en Egypte. « Je suis partie « single », et je suis retournée à Maurice « married”»,  nous révèle Claudine Laridon avec un grand sourire. Son époux avait rejoint l’Egypte en 1942 et travaillait comme Chief Clerk. Le mariage eut lieu dans l’église Saint Jennifer le 29 juin 1946.

Claudine Laridon ( deuxième, debout à gauche) parmi les recrues de la Mauritius Women’s Volunteer Force

Après l’armistice de juin 1946, les services de la Mauritius Women’s Volunteer Force n’étaient plus nécessaires pour l’armée britannique. Après un congé bien mérité, Claudine Laridon et ses amies purent regagner Maurice à bord du navire Salween, qui arriva à Port Louis le 27 juillet 1946. « L’armée m’avait donnée l’occasion de parfaire mon anglais, j’ai pris des cours de dactylographie et de coiffure dans l’espoir que ça m’aiderait quand je retournerai à Maurice. Mais mon mari n’a pas voulu que je travaille. Je suis restée à la maison pour élever mes quatre enfants. De plus, je suis contente d’avoir pu visiter un peu l’Egypte, d’avoir vu les pyramides, les vestiges du phare d’Alexandrie et surtout d’avoir visité le lieu où, selon la tradition orthodoxe, Joseph, Marie et Jésus étaient cachés .»

Claudine Laridon, 93 ans et toujours une mémoire intacte

Comme chaque année, le 11 novembre sera l’occasion de commémorer la mémoire des anciens combattants. Dans son édition du 1er janvier 1941, le journal Le Mauricien écrivait que les volontaires mauriciens sont « partis avec résolution, avec confiance. Nous pouvons nous aussi avoir confiance ! Nos volontaires feront honneur au drapeau et à leur petit pays. »  75 ans après la fin Seconde Guerre mondiale, on peut dire qu’ils ont effectivement fait honneur à leur pays.