Quel avenir, quel poids pour les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) sur la scène internationale ? Si elle n’était pas posée comme telle, cette question n’en a pas moins sous-tendu les travaux du 102e Conseil des ministres ACP, réunis du 23 au 25 novembre derniers au siège de cette institution, dans une Bruxelles sous menace terroriste. Avec le vote d’un budget à la hausse et la volonté réaffirmée de dynamiser ses structures pour mieux faire entendre sa voix face notamment aux enjeux économiques et environnementaux d’un monde en pleine mutation, les ACP semblent avoir voulu donner un signal fort et uni en marge de la COP 21, qui débute ce week-end à Paris, et sur des dossiers cruciaux comme l’avenir du sucre, le réchauffement climatique et la sécurité dans le monde.
S’ils étaient nombreux à avoir été annoncés, peu de ministres des 79 États membres des ACP étaient finalement présents à Bruxelles pour cette 102e réunion qui a débuté lundi dernier, préférant se faire représenter par leurs ambassadeurs en poste. Une situation que d’aucuns attribuent à l’état d’alerte de niveau 4 sous lequel était placé Bruxelles depuis le samedi 21 novembre en raison de la menace terroriste planant sur le pays après les attentats meurtriers du 13 novembre à Paris.
 Le ministre mauricien de l’Agriculture, Mahen Seeruttun, était lui bien présent, accompagné notamment de M. Mungur de l’ambassade de Maurice à Bruxelles, le nouvel ambassadeur H. Dillum, attendant de présenter ses lettres de créance au roi Baudouin mardi prochain. Porte-parole des pays ACP sur le dossier sucre, Mahen Seeruttun a aussi eu à cette occasion des discussions avec la représentation de l’Union européenne à Bruxelles, concernant notamment la fin des tarifs préférentiels et l’avenir post-Protocole Sucre, celui-ci arrivant à expiration en 2020.
 Si la question sucre a été évoquée, il était clair que cette réunion avait pour enjeu plus large de se pencher sur la situation financière, parfois préoccupante des ACP, et de discuter d’un nouveau dynamisme à insuffler. Il ressort ainsi qu’un certain nombre d’États n’honoreraient pas leurs contributions au groupe, ce qui fragiliserait son fonctionnement, et ses ambitions. Un appel a ainsi été lancé à la solidarité de tous, malgré les contraintes économiques inhérentes à chaque pays, et au final, c’est un budget en hausse de 3,2%, soit un total de € 15 896 103, qui a été voté pour le Secrétariat pour l’année 2016 (budget qui prévoit une baisse des contributions des États membres de 8,5%, compensée par une augmentation des taxes internes de 10,4% et de la contribution de l’Union européenne de 0,8%).
 Souhait pour une relation de «co-management» avec l’UE
 Le rapport à l’Union européenne pose ici directement question, alors que le groupe ACP, des dires même de son secrétaire général, Patrick Gomes, souhaiterait aller davantage vers «une relation de co-management» avec son partenaire. Cette déclaration intervenait à la veille de la signature, jeudi dernier, au siège des ACP, entre l’UE représentée par le Commissaire européen pour la Coopération Internationale et le Développement, MNeven Mimica, et les ACP, représentés par Mme Mpeo Mahase-Moiloa, d’un protocole de financement de € 3,6 milliards. Placée sous le 11e European Development Fund (EDF), cette somme, qui représente une hausse de 25% par rapport au 10e EDF, vise à fournir aux ACP l’aide européenne dans les secteurs «du développement humain et social, de l’environnement et du changement climatique, du développement du secteur privé et de la paix et la sécurité dans les pays ACP».
 Interrogé par Week-End sur cette volonté d’aller vers une relation davantage basée sur le co-management formulée la veille par le secrétariat des ACP, le représentant de l’UE affirme qu’entre ces deux entités, «il n’y a pas seulement une bonne relation, il y a un partenariat de développement basé sur un large agenda de développement. Nous avons énormément coopéré et le résultat est notre approche consentie concernant le programming. Mais à l’étape de la mise en oeuvre oui, nous sommes prêts à renforcer également cette approche et cet intérêt communs». Cela, alors même que les ACP avaient eux déclaré, à travers le summing up de la présidente de ce 102e Conseil des ministres, Mme Mamphono Khaketia, ministre des Finances du Lesotho, que «we are seeking a real and more balanced partnership with the EU, moving beyond the traditional donor-recipient paradigm»…
 C’est manifestement dans cette volonté, affirmée mais de toute évidence pas encore réalisable en l’état des choses, que le groupe ACP a largement discuté des moyens de dynamiser davantage ses structures et son fonctionnement. Cette préoccupation est au centre du travail confié au Eminent Persons Group, et fera l’objet de nouvelles discussions au cours du 8e Sommet des Chef d’États et de Gouvernement des pays ACP qui se tiendra du 30 mai au 1er juin prochain en Papouasie-Nouvelle Guinée. Un sommet dont le thème principal, décidé mercredi dernier, sera «Repositioning the ACP group to respond to the challenges of sustainable development».
 La réunion tenue au cours de la semaine écoulée à Bruxelles aura aussi vu l’adoption de 13 décisions, quatre résolutions et deux déclarations, ayant trait entre autres aux questions relatives au commerce, aux dossiers  sucre et banane, au forum des SIDS (petits États insulaires), ou encore aux relations entre Cuba et les États-Unis. Sans oublier l’adoption d’une position commune de la représentation ACP sur la question du changement climatique à la COP 21 qui s’ouvre ce jour à Paris. Des dossiers cruciaux, qui placent véritablement le groupe ACP à la croisée des chemins…