L’avenir s’annonce radieux pour la jeune et talentueuse Noemi Alphonse! Cette handisportive de 23 ans, qui vise la médaille d’or au 1500 m fauteuil roulant dans la catégorie T54, est une battante qui en a dans le ventre et qui ne recule devant rien. Véritable guerrière des temps modernes, elle est déterminée à prouver sa valeur, et a prouvé au peuple mauricien qu’ils ont raison de la soutenir. Week-End a eu l’occasion d’échanger avec cette championne qui file à vive allure vers les sommets…

Le 27 janvier 2015 restera comme une date marquante pour l’étoile montante de la discipline. « C’est la date ou j’ai fait la connaissance de mon mentor Jean-Marie Bhugeerathee », avoue-t-elle. « Après mes études secondaires, je voulais pratiquer un sport. Mon papa, Alain, ne voulait pas que je reste à la maison. Je devais bouger. C’est ainsi que par le biais d’un ami, nous sommes allés voir Jean-Marie, et il m’a dit qu’il allait me mettre dans un fauteuil. Pour être honnête, je ne connaissais rien au handisport. Je ne savais même pas que cette catégorie existait à Maurice.  Dans le passé, j’ai fait de la natation, du badminton et du volley-ball avec les valides. C’est la première fois que je pratiquais un sport avec ceux ayant un handicap », confesse notre interlocutrice. En effet, cette habitante de Sainte-Croix, qui a fréquenté le Père Laval R.C.A School et le College Lorette de Port-Louis, est née avec une malformation de la jambe gauche et de la main droite.

Sous la férule de son entraîneur, elle gravit les échelons à vitesse grand V. « J’ai commencé à m’entraîner au stade de Rose-Hill. Dans un premier temps, je m’y rendais tous les jours. Et après 3 semaines, j’avais appris à rouler, à garder ma ligne. J’étais très contente. C’était une belle réussite. » Le potentiel est là, donc, inutile de perdre du temps. Elle participe à sa première compétition internationale la même année, soit le Grand Prix d’Italie, et y décroche sa première médaille d’or sur 1500 mètres, et l’argent aux 100m et  400m. Sa carrière est lancée. 

Cette boule d’énergie au sourire radieux et à la bonne humeur contagieuse se rend en août de la même année, en tant que spectatrice aux Jeux des îles de l’Océan Indien, à La Réunion, pour se mettre dans l’ambiance. « Je n’étais pas de la partie en tant que participante. C’est mon père qui a financé mon déplacement. J’ai beaucoup appris et en revenant à Maurice, je me suis dit que j’avais moi aussi ma place à ces Jeux et que je devais tout faire pour atteindre ce but. Je suis jusqu’ici très fière de mon parcours et j’ai surtout hâte de faire honneur aux Mauriciens, en montant sur la plus haute marche du podium, qui plus est, dans mon pays, avec le record des Jeux à la clé. Ce serait l’aboutissement d’un rêve. »

Déterminée à atteindre les objectifs fixés

L’armoire à trophée de Noemi est d’ailleurs déjà bien garnie. Actuellement, elle comptabilise 8 records de Maurice sur 100 mètres, 200 mètres, 400 mètres, 800 mètres, 1500 mètres, 5000 mètres, 10 km et 42 km. Cette véritable force de la nature détient aussi le record d’Afrique (établi en 2018 en Suisse) sur 1500m. En 2017, elle a d’ailleurs reçu un fauteuil de course d’Alexandra Helbling, l’un des grands espoirs de l’équipe suisse de para-olympiques. L’année dernière, elle a reçu de Marissa Nel and Associates Medical Prosthetists sa première prothèse pour courir. Elle est aussi leur ambassadrice. Noemi Alphonse était également la seule handisportive, ayant obtenu sa qualification pour les Jeux du Commonwealth, à Gold Coast, en Australie. C’est dire, que du chemin parcouru par cette dame de fer. « L’appétit vient en mangeant. Je suis une compétitrice et je veux aller encore plus loin. Je veux être médaillée lors des Championnats du monde paralympique et aussi aux Jeux du Commonwealth. Ce sont mes objectifs à long terme. »

Comme toute sportive qui se respecte, Noemi Alphonse a une idole; une figure emblématique sur laquelle elle puise son inspiration. « J’apprécie beaucoup l’Américaine Tatyana McFadden qui a tout gagné en paralympiques. C’est une championne. » Avant de poursuivre, « Mais j’ai aussi appris à avoir plus confiance en moi. Je peux dire que maintenant, sans langue de bois, que j’ai appris à m’aimer tel que je suis. Je suis ma propre supportrice. » Cette férue de séries télévisées est sur le point de terminer ces études tertiaires, le 20 mai courant, en Web & Multimedia Development à l’Université de Maurice, Réduit, elle profite de son temps libre, pour fabriquer des bracelets brésiliens pour la vente. Une vraie artiste ! 

Elle a tenu à remercier « le ministère de la Jeunesse et des Sports, Magic ParaSports Club, mon entraîneur Jean-Marie Bhugeerathee, Hewlette Nelson, mes amis d’entraînements, les sponsors PhoenixBev et Nissan (marque représentée à Maurice par ABC Motors), I Motion Gym, Audrey Grandcourt (préparateur physique), Anya Benoît (nutritionniste) et Astrid Tixier (psychologue) entre autres. Sans oublier mes parents (Nathalie et Alain), qui sont ma force. »

Noemi  Alphonse s’entraîne 6 jours voire 7 jours sur 7 (3 heures matin et après-midi) à Réduit (stade Maryse Justin) et à Ébène. Louis Pauwels (journaliste et écrivain français) a dit un jour « Il n’y a qu’une morale : vaincre tous les obstacles qui nous empêchent de nous surpasser ». Noemi a tout compris. 

 

   Mon message aux Mauriciens  

« Nous aurons besoin du soutien des Mauriciens pour cet évènement. Le soutien de tout un chacun. Il faudra compter sur les handisportifs qui sont prêt à tout donner pour faire honneur au quadricolore. »