Encore un cheval trouvé positif au Champ de Mars, mais cette fois c’était avant de courir. Tant mieux. C’est suite à des examens sanguins inopinés faits sur plusieurs chevaux à la demande de la Gambling Regulatory Authority que League Of Legends (Daby) a été trouvé positif à un produit non autorisé par le laboratoire QuantiLAB. Mais le cheval qui figurait dans les entrées ne fait pas partie des partants de cette semaine, par mesure de précaution décidée par le Mauritius Turf Club, avec l’assentiment de l’entraîneur. De nouvelles analyses sont en cours, mais en cas de négativité, l’affaire devrait en rester là. Règlement hippique qui fait couler beaucoup d’encre car, peut-on ignorer un fait avéré et faire comme si de rien n’était ?

La confirmation officielle des autorités n’est tombée qu’à 10h44 ce matin, alors que c’est un secret de Polichinelle depuis hier soir. Comme pour les autres cas, les réseaux sociaux se sont chargés allégrement de faire circuler la nouvelle, ce qui démontre les grosses lacunes de communication du MTC en la matière. Le dernier exemple en date concerne la confirmation par l’échantillon B de la positivité de Maxamore. Cette nouvelle est disponible depuis le début de la semaine et tout le monde en parle, excepté le MTC, qui n’a jusqu’ici émis aucun communiqué officiel.

En tout cas, le protocole établi de concert entre la GRA et le MTC pour gérer les informations sensibles comme le doping ressemble plus à un panier percé qu’à un processus étanche que le sérieux des événements impose. Après les épisodes Maxamore et Aspara, ce nouveau cas de présence de produits dopants dans l’organisme d’un cheval vient renforcer le vent froid d’hiver qui s’est abattu sur l’hippisme mauricien en ce début de saison. Il ne se passe pas une semaine où une nouvelle négative ne frappe nos courses cette année. Désormais, c’est l’inquiétude qui a envahi l’ensemble des entraînements qui se disent tous ne pas être à l’abri, car les tentations sont grandes dans le milieu par rapport aux récompenses proposées. En tout cas, il n’y a pas de quoi être rassurés.

Nous le sommes encore moins lorsqu’on nous avons entendu le board member de la GRA Dev Beekharry à la radio la semaine dernière. Dans le sillage d’une question de Yahia Nazroo, l’un des rares personnages dans le milieu hippique qui ne pratiquent pas la langue de bois, à l’effet de savoir où s’arrêtaient les prérogatives de la GRA, le nouveau grand maître des courses mauriciennes, qui avait même fait la leçon aux experts du Horse Racing Board britannique Gunn et Scotney, a lâché sans ambage que la GRA n’exerçait jusqu’ici que 10% de ce que la loi l’autorise de faire. On se demande alors ce qu’il ferait des 90% restants avec son bilan catastrophique actuel.

Jusqu’ici, celui qui a tenu à rappeler qu’il était mandaté par SAJ — pour se donner une légitimité — dans le but de mettre de l’ordre dans les courses hippiques mauriciennes a un bilan bien mitigé en la matière. L’organisme qu’il pilote de derrière les rideaux a subi deux revers légaux majeurs pour abus d’autorité. D’abord, la GRA a dû négocier légalement avec le Loto, qu’il avait pourtant réduit à sa plus simple expression, au point où aujourd’hui il l’implore à reprendre la Loterie verte. Pli baisse kalson ki sa pena. Pire, la Cour suprême, par le biais de son chef juge, vient de renverser une décision unilatérale de la GRA de vouloir réduire le nombre de points de paris d’opérateurs qui avaient pignon sur rue depuis longtemps. Le but étant de favoriser l’expansion de SMS Pariaz. Cet abus de pouvoir avait même entraîné la justice de qualifier la GRA de « mouthpiece » du gouvernement, ce qu’il est toujours d’ailleurs, puisque son président est un fonctionnaire et que la majorité de son board est constitué de nominés politiques.

Et Dev Beekharry affirme dans la foulée qu’il veut redonner aux courses hippiques mauriciennes leurs lettres de noblesse. Comment le croire quand il nie avoir reçu le rapport intérimaire Parry dont trois sommités du sport hippique britannique affirment lui avoir remis une copie ? Comment faire confiance à son organisme quand celui-ci octroie sous pression une licence à un bookmaker au lourd passé, dont celui d’avoir fricoté avec des jockeys en exercice sur un catamaran, alors que cette licence lui avait été refusée dans un premier temps ? Comment le croire lorsque son organisme a permis à SMS Pariaz d’exercer alors qu’il n’avait aucun accord avec le MTC ?

Cette saison, ce sont les bookmakers qui sont autorisés par la GRA à exercer alors qu’il n’y a aucun accord jusqu’ici avec l’organisateur des courses, celui qui détient pourtant les droits légaux sur les courses. Comment rendre aux courses leurs lettres de noblesse lorsqu’un organisme d’État ne respecte lui-même pas les règles, si ce n’est la loi ? Comment faire confiance à un organisme dont les compétences ont été décriées par le rapport Parry, mais qui s’octroie le droit d’émettre des directives, sous ses instructions, qui n’existent sur aucun hippodrome mondial, comme celui d’empêcher qu’il y ait moins de six chevaux dans une course ?

Comment croire un organisme qui a imposé au MTC le retour d’un propriétaire banni sous la présidence de Soobragrah et qui a choisi son interlocuteur dans une organisation qui a voté démocratiquement un président ? Enfin, comment croire aux connaissances hippiques de ce board member de la GRA qui veut faire la leçon à tout le monde quand il compare les courses d’Epsom à celles de Maurice ? Il devrait savoir que nos courses ne sont nullement comparables, que là-bas, il y a régulièrement des courses à moins de six partants et surtout que l’État britannique reverse aux organisateurs des courses une part importante des revenus qu’il récolte à partir des taxes, afin de maintenir un niveau d’hippisme haut de gamme.

Tout ce que fait et dit la GRA n’est pas que négatif lorsqu’il agit en concertation et en bonne intelligence, mais ce n’est malheureusement pas toujours le cas, car on l’a bien compris à la radio la semaine derrière, lorsque le grand maître est contredit par le MTC ou d’autres, il brandit brutalement, comme les dictateurs, son autorité suprême que la loi et le Mentor lui donneraient. Après toutes les claques incontestées reçues en cour, malgré sa loi mortifère, Dev Bheekarry aurait dû se la jouer plus modeste et apporter une contribution plus éclairée pour l’avancement des courses. Il devrait savoir qu’en politique les retours de marée sont parfois imprévisibles…

Pas rassurant non plus, le chef de la Police des Jeux, l’est-il toujours ? Certes, il n’a pas convaincu lors de son passage à la radio ; Loin s’en faut. Les informations troublantes qui circulaient à son encontre lorsqu’il était à l’ICAC avaient rendu sa nomination à la tête de cette unité surprenante. Mais celles qui circulent sur l’unité qu’il dirige ces jours-ci sont très inquiétantes. On prête en effet à un gradé de la police d’avoir permis à un détenu de s’être rendu en banque pour un retrait d’argent qui serait en relation avec l’affaire de dopage d’Aspara. Cet argent servirait de pièce à conviction. Si tel est le cas, la procédure qui consiste à demander le gel d’un compte en cour n’aurait pas été suivie et constituerait donc une faute. Mais rien d’officiel n’a filtré jusqu’ici. L’arrivée d’un autre haut gradé dans cette unité est diversement commentée et serait même déjà contestée au point où un due diligence serait à l’étude dans un organisme d’État. En tout cas quelle soit la véracité ou non des faits annoncés, tout cela fait désordre et est loin de rassurer.

Enfin, il ne faut pas occulter ce qui se passe sur la piste et parfois ce n’est pas rassurant non plus. L’évolution probante de la cote du vainqueur Ice Run, qui a vu de fortes sommes d’argent être misées sur ses chances, et inversement, celle du favori Gimme Greene, légèrement délaissé au betting, ne peuvent laisser indifférent. Malgré l’avance prise par le futur gagnant au début de la descente, les commissaires de courses n’ont pu établir de maldonne après avoir interrogé un jockey. Comme pour les deux autres fois que nous avons dénoncées depuis le début de la saison, la relation entre l’évolution des cotes, la monte trop attentiste de certains jockey et le résultat de la course vont tous dans le sens du betting. Tant que ces informations ne seront pas disponibles au MTC, il sera difficile de prouver quoi que ce soit. Mais en tout cas, nous ne sommes pas dupes…