L’information parue hier chez notre confrère Le Mauricien concernant une plainte par la Gambling Regulatory Authority (GRA) à l’encontre du transporteur DHL pour n’avoir pas expédié des échantillons d’analyse de sang du cheval League Of Legends, suspecté de contenir un produit dopant illicite, c’est-à-dire totalement interdit par le code des courses, est pour le moins inquiétant et inédit. Cette compagnie aurait évoqué deux raisons différentes mais pour le moins surprenantes pour expliquer pourquoi les échantillons qui se trouvaient en sa possession n’ont pas été envoyés en France, comme convenu par contrat. Un changement dans les lois françaises et un changement de politique interne, qui est en totale contradiction avec le fait que DHL Maurice soit quand même venu prendre le colis samedi dernier, devant un parterre de témoins oculaires de QuantiLAB, de la GRA et du MTC, entre autres, sont avancés, mais ni l’une ni l’autre ne semblent crédibles.

Les échantillons sont donc restés à Maurice pendant cinq jours supplémentaires et personne ne peut garantir que leur intégrité chimique et biochimique n’ait été conservée ou s’ils se sont dégradés. Avec son professionnalisme habituel, QuantiLAB a remué ciel et terre pour finalement acheminer les produits vers le laboratoire français mercredi, comme demandé par son client la GRA. Ce contretemps choquant et malheureux est tellement inhabituel et suspect que la GRA a décidé de porter plainte contre cette compagnie, ce qui, par les temps qui courent, est un acte courageux et salvateur, et qui démontre sa détermination de mener la lutte contre le doping aux côtés du MTC. Cette collaboration multipartite est la meilleure garantie pour gagner cette lutte.

En tout cas, sans faire de faux procès à ce transporteur mondial, le pire est envisagé par les turfistes sur les réseaux sociaux. Certains se demandent même si la mafia des courses a, oui ou non, une main invisible dans tout cela. Difficile à confirmer ou infirmer, mais le mieux est d’attendre les explications de DHL Maurice et les conclusions de l’enquête policière. Et s’il y a une chance que cette enquête policière porte pour une fois ses fruits et que les motivations des errements de DHL Maurice sont expliquées, c’est que ce soit un organisme paraétatique qui porte plainte contre une entreprise privée. La police devra sans doute faire preuve de plus de célérité et de détermination.

Malheureusement, sur ce qu’on a vu sur les enquêtes en cour, on a de quoi douter de la capacité — et peut-être d’une vraie volonté de certains d’entre eux — des policiers de faire aboutir les enquêtes dans le milieu hippique, si ce n’est qu’ils ferrent de menus fretins pour faire bonne figure, alors que les vrais et gros commanditaires échappent à l’hameçon. Il faut être clair, la grande majorité des policiers fait son travail au mieux dans les conditions qui sont loin d’être idéales voire vétustes. Mais l’infiltration d’une mafia au sein des forces de l’ordre est en train de gripper tout le système. L’affaire Lutchigadoo telle que racontée par la presse et remise en lumière lors de la PNQ de mercredi dernier est édifiante à cet effet.

Quand on sait qu’une affaire semblable est intervenue récemment aux Casernes centrales, où un accusé dans une affaire de dopage a pu quitter sa cellule et retirer son argent en banque pour le remettre à un haut gradé de la police à l’encontre de toutes les procédures établies, il y a de quoi être plus inquiet encore. L’inquiétude est d’autant plus grande que dans le cas de l’enquête sur le dopage d’Aspara, la communication de la police a été étrangement transparente, alors que dans celle de Maxamore, c’est le secret absolu qui prévaut. Cette différence de traitement est symptomatique d’une tentative de manipulation de l’opinion publique, alors qu’il suffit de voir la télévision ailleurs pour constater que toutes les enquêtes majeures et d’intérêts publics sont régulièrement expliquées à la population, ou à tout le moins aux journalistes qui ont le devoir de le retransmettre.

Cette culture du secret policier à Maurice est souvent suscitée par la nature des personnalités qui pourraient être éventuellement touchées par les affaires. Ils vont bien s’affranchir de savoir s’ils sont du bon ou du mauvais côté de la barrière, politiquement parlant. Et cela n’est pas toujours évident tant les carapates ont tellement changé de chiens, où même eux ne savent plus à qui ils ont prêté allégeance. Cette culture de rétention de l’information est évidemment bien ancrée dans les mœurs du MTC et de la GRA, même s’il faut reconnaître que les deux institutions font des efforts en ce sens. En vérité, ils sont les premiers récipiendaires de l’information et il est de leur devoir de la retransmettre au public au plus vite pour que celui-ci soit correctement informé. Au cas contraire, il donne le champ libre aux réseaux sociaux de divulguer leur information avant eux, avec souvent des déformations qui vont jusqu’aux fake news. Ce qui est à leur propre détriment. Qu’ils se le disent, aucune information ne restera indéfiniment cachée…

Le dernière en date est l’annulation de la 5e course, qui est connue depuis mercredi mais qui n’a été entérinée que jeudi matin, ce qui a contraint le MTC à dédoubler la deuxième course. Pourquoi donc ce silence sur cette évidence ? Tout simplement pour permettre de trouver une solution alternative. Certains propriétaires, ceux lésés par cette décision, ont remué ciel et terre pour sauver cette cinquième épreuve, mais voilà, ce sont les directives inutiles de la GRA qui ont rendu cette course caduque. D’abord, la directive qui interdit moins de six chevaux dans une course, celle qui nous vaut d’être dans le Guinness Book of Records de la plus idiote des directives. Et puis, les toutes dernières, celles imposées et taillées sur mesure à partir de juin 2018 et qui n’ont pas fini de semer la mauvaise herbe sur les courses du haut de tableau. Si la GRA s’est octroyé à mauvais escient un travail qui n’est pas le sien, quoi qu’en dise monsieur 10%, le MTC est aussi coupable de n’avoir toujours pas contesté ces directives qui montrent déjà leurs effets dévastateurs.

Il est grand temps que la grande explication ait lieu entre le MTC et la GRA, et que la ligne de démarcation des pouvoirs des uns et des autres soit une fois pour toutes tracée par une cour de justice. Ce flou permet au monstre à trois têtes de la GRA de jouer tantôt aux mamours, tantôt au rotin bazar, tantôt à l’autorité de substitution. À chacun son métier et les chevaux seraient bien gardés… Devant ces guerres de pouvoir, ces trafics d’influence, ce sont des chevaux qui piaffent d’impatience de courir qui sont laissés dans leur box et des propriétaires en soif d’émotions qui sont laissées sur le carreau.

Les courses hippiques sont mieux que cela. S’il faut s’en convaincre, il suffit de regarder à la télévision le meeting d’Ascot cette semaine, qui rend radieuse la reine Elizabeth de voir les meilleurs chevaux du monde s’affronter. Chez nous aussi, il peut y avoir de belles courses et de grandes émotions. La deuxième manche du championnat des 3-ans a produit une course formidable, une arrivée fantastique, avec à la clé un record absolu de la distance. Zodiac Jack a couru de façon fantastique, car il a dû contenir toutes les attaques et il ne doit pas rougir de sa défaite contre un bien prometteur Why Wouldn’t Yew, qui ne fait que commencer à faire parler de lui… Ce sont des moments comme cela qui nous font oublier les nuages noirs qui menacent nos courses ces jours-ci. On en redemande.