Joseph Reginald Topize, plus connu sous le nom de Kaya, nous a quitté brutalement le 21 février 1999. Dix-neuf ans après, cette date reste dans les mémoires de la nation mauricienne. Pendant cinq jours, l’île a eu le souffle coupé de par les événements qui ont suivi à ce drame humain. Le pays entier était à vif.

Flash Back : 

Mardi 16 février. Le Mouvement Républicain (MR), jeune parti de l’opposition en ce temps organise un concert autour de la dépénalisation du « gandia » à Maurice. Des milliers de personnes y assistent. Parmi,  Kaya. Sur scène, alors qu’il est en pleine performance artistique, Kaya et les membres de son groupe Racitatane allument un pétard en signe d’émancipation.

Jeudi 18 février, soit deux jours après ce concert, aux alentours de 08h30, la police débarque au domicile de Kaya à Roche-Bois pour l’arrêter. Les membres de son groupe sont aussi inquiétés par la police. En l’absence de preuve, tous ont été relâché à l’exception de Kaya, qui avoue à la police avoir bien fumé du gandia sur scène. Kaya est mis en détention policière aux Casernes Centrales.

Samedi 20 février. Kaya est traduit devant la cour de Rose-Hill. Ses proches et amis ont réunis la somme de Rs 10 000 pour régler sa caution.  Mais pour des raisons encore obscures jusqu’ici, la libération du Seggaeman est remise au lundi 22 février.

Kaya n’a jamais recouvré la liberté. Dimanche 21 février, à l’aube, il est retrouvé mort au QG de la police. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre: le chanteur a été retrouvé le crâne ouvert et baignant dans son sang au fond de sa cellule. Une enquête est ouverte et le corps autopsié.

Le soir même, le corps de Kaya est exposé au local du MR alors qu’un mouvement de révolte violent se prépare dans les rues de l’île. Les forces de l’ordre sont sur le qui-vive. Des propagandes et des matraquages sont lancés contre les bâtiments gouvernementaux. Des postes de police sont incendiés et des boutiques pillées. Certaines rues de la capitale notamment, sont obstruées par des véhicules et pneus incendiés. Les axes routiers au niveau de Roche-Bois sont bloqués par de grosses pierres. Les émeutiers mettent tout en œuvre pour freiner l’avancement des forces de l’ordre.

Pendant ce temps, des mouvements de manifestations se répandent dans plusieurs quartiers de l’île. Les affrontements sont violents et font un mort: un autre chanteur, Berger Agathe. Touché par 62 chevrotines provenant d’une cartouche tirée à bout portant par la police anti-émeute, l’artiste est tué dans les rues de Roche-Bois. Les émeutes les unes plus violentes que les autres n’en finissent plus. Roche-Bois, devenu le quartier général des manifestants, est coupé de l’île. Plus personne ne peut y entrer ou en sortir. L’île Maurice s’enflamme et la situation dégénère d’heure en heure.  Contrairement au Président de la République d’alors, Cassam Uteem qui lui, passe un message d’apaisement dès le début des violences et promet une enquête judiciaire, Navin Ramgoolam alors Premier ministre, prend trois jours avant de lancer un appel au calme, promettant une contre-autopsie du chanteur.

Mercredi 24 février, la famille de Kaya obtient du gouvernement que les funérailles du chanteur se fassent sur le terrain de foot de Roche-Bois. Le calme revenu, quelques milliers de Mauriciens se rendent alors au stade où le corps de Kaya est exposé dans un cercueil de verre avant d’être inhumé au cimetière de Roche-Bois.