Il s’agit indéniablement d’une expérience que se doit de vivre toute personne qui aime la musique. La sitariste et compositrice Anoushka Shankar permettra aux Mauriciens de vivre sa tournée Land of Gold dans toute son intensité, le 26 septembre au Trianon Convention Centre. Répondant aux questions de Scope, elle revient sur son parcours, parle de sa vision de la vie et de la musique, explique sa relation avec le sitar, instrument auquel elle a été initiée par son père, le légendaire Ravi Shankar. 

“D’une manière ou d’une autre, chacun est à la recherche de son land of gold. Un voyage vers un endroit offrant sécurité, connectivité, tranquillité, qui s’appelle maison. Il représente aussi le voyage en soi qu’entreprend chacun pour retrouver la paix intérieure, la vérité et l’acceptation – ce désir universel qui unie l’humanité”, disait Anoushka Shankar en 2016 en présentant Land of Gold. Construit pour évoquer la crise des réfugiés, les disparités et l’injustice, tout en ouvrant les portes de l’espoir, cet album avait plongé la compositrice et musicienne dans un autre état d’esprit. L’enregistrement de Land of Gold s’est fait dans un environnement particulier : hors des studios, dans un petit recoin tranquille de la Toscane. Il a permis à Anoushka Shankar d’apporter un nouveau souffle à sa musique. Tout en restant attachée à ses origines de sitariste classique, elle s’est ouverte à d’autres influences et sonorités afin que l’album incarne l’esprit de pluralité. Land of Gold n’a pas de couleur ni de frontière. Le sitar d’Anoushka Shankar trouve ici d’autres complices pour apaiser les douleurs, célébrer la vie et apporter du réconfort dans les cœurs.

Un concert pour Maurice.
La musique et l’esprit de Land of Gold seront au centre même du concert que donnera Anoushka Shankar le 26 septembre au Trianon Convention Centre d’Ébène. À ses côtés, le percussionniste Manu Delago (hang et batterie électrique), le flûtiste Sanjeev Shankar (shehnai) et le contrebassiste et claviériste Tom Farmer. Une équipe qui envoûte les foules depuis quelques années sur différents continents et pays qui sont au programme de cette tournée. Expliquant la démarche à Scope, Anoushka Shankar précise cependant : “À chaque fois, nous adaptons la musique que nous présentons. Le concert ne sera pas une réplique de l’album, qui est le point de départ d’une expérience. C’est un spectacle dont je suis fière.”

Dans un ton calme exprimant cette sérénité qui la caractérise, Anoushka Shankar se dit impatiente d’être à Maurice. Elle n’a pas d’attente particulière, mais plutôt un espoir : “Je tends à ne pas avoir d’attentes dans la vie. Il s’agit davantage d’avoir des espoirs et des idées de ce que peut être ma contribution. Je suis excitée à l’idée de cette visite. Maurice est un pays que je n’ai jamais visité. J’ai vu plusieurs belles choses à son sujet et je sais que beaucoup de personnes ont eu de belles expériences chez vous. Mon principal espoir et que ce soit un bon concert qui rendra les gens heureux.”

Anoushka Shankar offrira ainsi un concert entre rythmes et émotions. Un moment de partage avec le public, qui demeure au centre de ses préoccupations. Interrogée quant à l’image qu’elle souhaite projeter, l’artiste précise : “Je ne pense pas ainsi. De manière générale, je ne suis pas centrée sur la perception que le public peut avoir de moi. Toutefois, je suis très reconnaissante d’avoir une audience de personnes qui aiment ma musique et qui se déplacent pour me voir jouer. S’il y a toujours des personnes qui apprécient ce que je fais et qui veulent m’accompagner dans ce voyage, je ne peux qu’être reconnaissante.”

Naissance d’une légende.
Ce voyage, elle l’a commencé dès sa naissance, en 1981. Tout comme sa demi-sœur, la chanteuse Norah Jones, elle a été envoûtée par la musique, tandis que l’œuvre de son père Ravi Shankar a impacté sur le paysage mondial. Née en Angleterre, elle a vécu sa première scène à 13 ans en Inde. Anoushka, son premier album, est sorti en 1988, avec des ragas adaptés de son père. Rise, Breathing Under the Water, Traveller, Traces of you, Live in Carnegie, Home sont les quelques projets qui apparaissent dans sa discographie avant Land of Gold.

À Scope, Anoushka Shankar explique que chacun de ses projets a constitué une étape. “J’ai réalisé mon premier album alors que j’avais 16 ans. Je suis une trentenaire et je sens que je suis passée par tout le processus d’évolution jusqu’à Land of Gold. Sur ce trajet, j’ai aussi appris qui je suis en tant que personne, et cela a impacté sur ma musique. Mon épanouissement se reflète perpétuellement dans ma musique. Mon objectif est que mes albums reflètent aussi mes nouvelles explorations. Je ne veux pas faire le même album à chaque fois.”

L’ombre du Pandit.
Durant les premières années de sa carrière, elle a souvent joué aux côtés de son père, en studio et sur scène. Systématiquement citée comme étant la fille de Ravi Shankar, Anoushka Shankar est parvenue à se forger sa propre identité et a mérité pleinement sa réputation. Lorsqu’on lui dit qu’elle est l’héritière du Pandit, elle répond : “Je tends à ne pas penser en termes d’héritière parce que nous n’appartenons pas à une royauté. Il était un musicien incroyable et unique, qui avait eu plusieurs élèves qui ont appris la musique à leur façon. J’étais un des disciples de mon père et sa musique et son style sont au centre de tout ce que je fais. Ce n’est pas que je suis comme un clone de lui; d’ailleurs, je ne fais pas la même musique que lui. Je n’aurais pas pu (rires). Je pense qu’il est aussi important pour moi d’avoir ma propre identité en tant que musicienne. Mon père demeure toujours une grande inspiration pour moi. C’est quelqu’un que je reviens écouter quand je suis en quête d’inspiration.”

Anoushka Shankar semble apporter un sens plus engagé à sa musique. Attentive aux malheurs du monde, elle précise : “De manière générale, je dirais que j’ai toujours reçu mon inspiration de la vie. Il peut aussi s’agir de ma vie elle-même. Que ce soit sur le plan personnel ou professionnel. Je suis aussi sensible aux événements qui touchent le monde de manière positive ou de manière dévastatrice. Tout ce qui parvient à me toucher au plus profond a de quoi m’inspirer.”

Sting, Madonna et les autres.
Tout comme Ravi Shankar a collaboré avec plusieurs grands noms de la musique, sa fille a mis son sitar à la disposition de Sting, Madonna, Nina Simone, Buika, Jean-Pierre Rampal, Joshua Bell, Herbie Hancock, Lenny Kravitz, Elton John, Peter Gabriel, James Taylor ou Thievery Corporation, entre autres. Des échanges faits dans les deux sens. “Mes différentes collaborations ont été des opportunités pour moi d’apprendre. J’ai compris que lorsque les gens sont différents de moi, que ce soit au niveau culturel ou dans la musique, c’est une opportunité pour moi d’apprendre et de grandir. Je m’engage donc dans ces collaborations avec un esprit ouvert.”

La renommée croissante qui accompagne Anoushka Shankar est aussi liée à sa maîtrise particulière du sitar. Instrument qu’elle considère comme étant une extension de sa personne et de ses pensées, alors que la symbiose s’accentue constamment. “C’est intéressant de ressentir comment cette relation a changé au fil des années. Je me sens de plus en plus proche de mon instrument. Il y a de moins en moins d’espace entre nous. Je sens que cela devient encore plus facile quand je joue de m’exprimer à travers lui comme je l’aurais fait avec ma voix.” Elle ajoute : “Je pense qu’avec n’importe quel instrument, il y a tout un processus qui passe par la pratique pour développer cette relation intime qui permet de s’exprimer pleinement à travers lui. Je vois la même chose chez d’autres musiciens. C’est ce qui interpelle ceux qui les écoutent. Cela demande du travail, des expériences de vie.”

Land of Gold
Sur ce quatrième album, Anoushka Shankar est accompagnée par Manu Delago (virtuose du hang et coauteur de plusieurs des dix morceaux de l’album) et Sanjeev Shankar, un maître du shehnai, sorte de hautbois indien aux sonorités envoûtantes, qui a étudié avec Ravi Shankar, le père d’Anoushka. Land of Gold compte également plusieurs artistes invités, comme la rappeuse et défenseuse de la cause des réfugiés M.I.A., la chanteuse-compositrice Alev Lenz, le contrebassiste de jazz Larry Grenadier, le danseur Akram Khan, la violoncelliste Caroline Dale, et l’actrice et activiste politique Vanessa Redgrave, qui lit un poème de Pavana Reddy viscéralement expressif sur Remain the Sea. Quant au chœur de filles Girls for Equality, il effectue ses débuts sur la chanson qui conclut l’album, Reunion.

Le concert
Organisé par KPIs Prod & BAO Comm, le concert est prévu à partir de 20h à Trianon, le 26 septembre.
Les billets sont en vente comme suit : Platinum (parking privé + cocktail) : Rs 5,000, Gold : Rs 2,500, Silver : Rs 1,800, Bronze : Rs 900 et Discovery : Rs 450. Disponibles sur MonTicket.