Depuis 1975, quand eut lieu la première conférence internationale sur la femme à Pékin, on célèbre officiellement la journée de la femme le 8 mars. Comme si célébrer la femme un seul jour de l’année pouvait faire oublier les autres 365 jours où elle est réduite au rôle d’inférieure de l’homme dans lequel on l’a confinée depuis des siècles. Depuis 1975, le 8 mars, les leaders politiques, majoritairement des hommes, affirment défendre les Droits de la femme, alors que le reste de l’année… Prenons un seul exemple : la place occupée par les femmes dans les appareils des partis politiques. Si quelques-unes siègent aux bureaux politiques — pour faire joli, selon les moqueurs de service — aucune d’entre elles n’occupe un des principaux postes de responsabilités d’un parti politique : leader, président, secrétaire général, trésorier. Dans ces partis politiques qui se disent féministes, les femmes sont en général présidente, secrétaire générale et membres de l’aile féminine. Certains disent que cette situation est due au fait que, quand de hautes responsabilités ont été données à certaines femmes, elles ont « fâné ».  Evidemment, ces messieurs citent l’exemple le plus fameux dans cette catégorie : l’ex-présidente de la République.

Au fil des années, le 8 mars est devenu une journée officielle au cours de laquelle les leaders hommes des partis politiques parlent de la femme. Cette « tradition » a été respectée, cette année, avec des congrès, débats et autres conférences de presse où la question de l’égalité de la femme a été abordée. Pour être plus exact, il faudrait dire que cette question a été récupérée par les leaders pour les besoins de leurs stratégies — électoralistes — du moment. Tous ont raconté leurs efforts pour faire appliquer l’égalité et promouvoir les droits des femmes. En bons opportunistes politiques qu’ils sont, tous ont puisé dans l’actualité pour récupérer le drame social que représente la fermeture de l’usine textile de Palmar en condamnant le patron de cette entreprise. Mais aucun de ces leaders solidaires, même ceux qui sont au gouvernement, n’a proposé une solution pour ces centaines d’ouvrières qui viennent de perdre leur emploi.

Dans son intervention du 8 mars, Pravind Jugnauth a déclaré qu’il avait beaucoup d’estime et de respect pour les femmes et qu’il veut donner à chacune d’elles sa chance. Il oublie que la majeure partie des femmes de son parti à qui il a donné leur « chance » — de l’ex-membre de l’Equal Opportunity Commission à l’ex-présidente de la Cardiac Unit, en passant par l’ex-directrice générale de l’IBA, sans compter une ministre qui a été obligée de démissionner pour les raisons que l’on sait — n’ont pas été des modèles de la réussite au féminin. On pourrait aussi citer les comportement et discours anti-femme de certains membres de l’alliance qui n’ont pas encore été sanctionnés. Autre grande décision en faveur des femmes que s’attribue le leader du MSM : le fait d’avoir nommé la première femme vice-Première ministre. Pravind Jugnauth aurait-il oublié dans quelles circonstances cette nomination a été faite ? Il fallait remplacer Showkutally Soodhun, obligé de démissionner pour des déclarations communalistes, par un ou une élu(e) musulman(e). C’est l’appartenance ethnique de Fazila Daureeawoo qui lui a valu le poste de vice-Première ministre, pas le fait qu’elle est une femme !

Navin Ramgoolam s’est lui aussi exprimé dans le cadre d’une manifestation organisée pour célébrer la femme. Avec sa capacité de tout ramener à lui et au PTr, le leader des rouges a déclaré : « Avant ban madam ti bann lobzé, mais PTr finn lager pou zotte droits ! » En disant cela, Navin Ramgoolam pensait-il à une ex-marchande de cotomili devenue, en quelques années, propriétaire de boutiques de mode et de restaurants à l’aéroport SSR ?

Comme d’habitude, les leaders politiques ont beaucoup parlé de la femme le 8 mars. Comme d’habitude aucun d’entre eux n’a pris la parole — et encore moins position — sur un des grands sujets de la lutte féminine : le droit pour la femme de disposer librement de son corps au lieu de suivre des lois datant du siècle d’avant. De la même manière, aucun de ces leaders n’a pris l’engagement d’accorder plus de tickets aux femmes pour les prochaines élections. Conclusion, le 8 mars de cette année a été une copie conforme de celle de l’année précédente : ce sont les hommes politiques qui ont été les vedettes de la Journée de la femme.