Sachita Samboo, de l’Université de Maurice, propose de revisiter l’oeuvre de Loys Masson sous un angle nouveau : celui de l’écocritique. Cette chercheuse et enseignante en littératures comparées donne une conférence jeudi 3 décembre, à 18 heures, à l’Institut Français de Maurice, sur « la poétisation de la nature et de l’espace » chez cet auteur majeur de l’île Maurice pré-indépendante. Disparu en 1969 en France, Loys Masson a compté parmi l’élite intellectuelle issue de la Résistance. Né à Rose-Hill, il aurait eu cent ans ce 31 décembre prochain.
À lire ou relire le poème Notre Dame des exodes, en ces temps difficiles où des guerres continuent de dévaster des peuples et des territoires, l’idée que l’oeuvre de Loys Masson puisse trouver échos dans le monde d’aujourd’hui se manifeste. S’appuyant sur la symbolique religieuse, ce texte écrit en 1940, quelques mois après l’appel du 18 juin, offre un témoignage poignant et instructif, de ce que l’acte de résistance peut représenter dans un pays en guerre. Débarqué en France l’année précédente, ce journaliste, romancier et poète faisait déjà corps avec le destin de ce pays en tant que combattant de l’ombre, pendant les heures noires de la Seconde guerre mondiale. Dans les décennies de reconstruction qui ont suivi, le résistant a rapidement intégré l’élite intellectuelle et littéraire en participant aux comités de rédactions de plusieurs revues, et en produisant une oeuvre personnelle des plus foisonnantes.
Paradoxalement à partir des années 80, le plébiscite pour son oeuvre s’est progressivement atténué. Le moins qu’on puisse dire est que ses ouvrages n’ont guère été réédités ces vingt dernières années, bien qu’ils aient continué de susciter de temps à autre l’intérêt de spécialistes et d’universitaires. Longtemps boudés par Cambridge, certains d’entre eux ont finalement été introduits dans les programmes des collèges et de l’université en littérature française. Outre quelques thèses qui se sont ajoutées aux études antérieures telles que celle de Charles Moulin, publiée chez Seghers en 1962, un colloque lui a aussi été consacré à La Réunion en 1996.
Ce centenaire pourrait offrir l’occasion de revisiter ces textes dont la fraîcheur de style, la complexité et la profondeur, le caractère rebelle et l’originalité ont souvent été mentionnés, à condition que des éditeurs décident de jouer le jeu. Son roman L’étoile et la clé a été réédité en 1993 grâce à Brigitte Masson, qui est non seulement sa nièce mais aussi la fondatrice de la Maison des Mécènes. Il est aujourd’hui épuisé. Situé dans l’île Maurice des années 30 à l’époque des grands combats syndicaux dans le milieu sucrier, ce texte concerne Maurice de très près, tout comme d’ailleurs Le notaire des noirs, réédité plus récemment.