300e anniversaire de l'arrivée des Français à Maurice

Ceux qui s'intéressent à l'histoire de notre pays pensaient jusqu'ici que Guillaume Dufresne d'Arcel avait pris possession de l'île au nom du Roi de France le 20 septembre 1715 en débarquant dans la baie qui allait devenir Port-Louis. Eh bien non ! Ce n'est pas exact !
Le dessin du timbre paru en pli premier jour (First Day Cover) cette semaine simultanément en France (à Paris et à St. Malo) et à Port-Louis nous montre que Le Chasseur, navire marchand sur lequel naviguait Dufresne d'Arcel, est en fait arrivé à Maurice dans la baie que domine la Montagne-du-Rempart, et donc celle de Tamarin, semble-t-il, soit à une bonne vingtaine de kilomètres au sud de Port-Louis.  
Ce fait nous est même confirmé sur le site Le Carré d'Encre, celui de la boutique en ligne de LA POSTE française à Paris (voir http://www.lecarredencre.fr/), qui nous montre le timbre émis le 25 septembre avec le navire marchand filant vers la future Isle de France et un texte à côté indiquant qu'"en arrière-plan apparaît le Mont-du-Rempart, qui domine la baie où ont abordé les Français". Le même site nous parle du dessinateur du timbre, Franck Bonnet, et nous dit qu'il reste avant tout motivé par l'idée de "raconter des histoires" !!!
La banalité
Quant au site de la Mauritius Post, il reste muet sur l'événement, et pour cause : sa partie relative aux plis premier jour n'a pas été modifiée depuis 2013 ! On ne sait donc pas à quel degré les responsables de la philatélie de Maurice se sont impliqués dans la préparation de cette émission et s'ils ont eu l'occasion ou le désir de suivre, sinon de contrôler, ce qui a été conçu et rédigé sur les faits historiques autour de cette célébration, hautement significative pour notre pays.
Lorsqu'on gère un héritage philatélique aussi glorieux que celui de Maurice, on doit s'assurer que rien de ce qu'on entreprend ne vient le décrédibiliser et lui porter préjudice. Juste après l'indépendance, avant la mise sur pied d'un Stamp Advisory Committee, certaines énormes gaffes de la poste mauricienne — notamment l'opération purement commerciale Lufthansa, l'émission Lénine, premier homme d'État à figurer sur un timbre de l'île Maurice indépendante, et le supposé FDC Expo '70 – ont été commises et resteront dans les annales. Depuis quelques années, ce sont les niveaux de qualité des objets émis qui laissent à désirer. La conception, le dessin et le type d'impression des timbres de certaines émissions depuis 2009 deviennent discutables. La banalité est même au rendez-vous avec l'avant-dernier en date, celui évoquant le Disaster Risk Reduction. Quant à la qualité des oblitérations des timbres dans les bureaux de poste de l'île depuis environ quatre ans, elle relève d'un laxisme et d'une désinvolture qui sont tout simplement inacceptables.
Le dernier lapsus en date, celui du débarquement des Français, est en fait double. D'une part, personne n'a expliqué à M. Bonnet que c'est la Montagne-du-Pouce qui doit figurer sur le timbre et non pas celle du Rempart, et d'autre part, la Mauritius Post— et avec elle l'île Maurice entière — manque une occasion exceptionnelle d'exprimer à la France la reconnaissance du pays envers tout ce qu'elle lui a apporté. En effet, le timbre fait état du "300th. Anniversary of the French Landing in Mauritius", alors qu'il aurait été extrêmement judicieux que le timbre émis à Maurice fasse mention d'un "300e anniversaire du débarquement des Français à Maurice", soit dans une version française comme en France. 
L'élégance du geste
Sir Anerood Jugnauth a eu suffisamment de perspicacité et de délicatesse, le samedi 19 septembre dernier, pour prononcer au Caudan son discours de commémoration du 300e anniversaire dans la langue de Molière. En ce faisant, Sir Anerood a eu ce qu'on appelle en français "l'élégance du geste", un comportement généralement réservé à ceux qui possèdent une certaine étoffe et de l'envergure. Rien n'empêchait donc à la Mauritius Post de se départir pour une fois de l'anglais, pour une circonstance où le français était éminemment concerné, et de témoigner son appréciation à la France pour sa contribution déterminante au défrichage, au développement et au progrès de l'île à travers les siècles. Après tout, l'émission étant commune, il aurait été facile de l'agencer en conséquence. Mais comprend-on ce que signifie « l'élégance du geste » à la rue Dumas ?
Il faut savoir digérer le passé, nous dit une représentante de l'ambassade de France à Maurice. Oui, assurément ! Mais ce que l'on nous propose ici ne consiste en rien de moins que de l'éliminer, et d'avaler simultanément des couleuvres qui nous calent l'estomac. Le transit est brusque…


Commentaires

Cher Jean-Claude,
je me permets ici d'abonder en ton sens en ajoutant qu'en plus, le navire Le Chasseur, sur le timbre en question, vogue sur des eaux turquoises où il ne manquerait certainement pas de s'échouer rapidement... Ce type de navire, avec ses 200 à 300 hommes d'équipage et ses marchandises en cale, ne naviguerait pas dans un lagon, cela est une évidence...
Lagon, qui, comme chacun sait, n'existe d'ailleurs pas à Tamarin!!! ...
Quitte à se raconter des histoires, autant le faire avec un souci de vraisemblance quand même...

Un jour, je pense sérieusement faire une exposition absolument passionnante sur les erreurs de la poste mauricienne, cela serait riche d'enseignement et de modestie car nous en faisons tous, mais l'essentiel étant d'apprendre à le reconnaître. Nul doute que nous ferions cette exposition ensemble, nous ne manquerions certainement pas d'y glisser le sens de l'humour! Si en plus de cette acceptation nous pouvions avoir et développer le sens de l'autodérision, nous progresserions à pas de géant...
Un jour que je manipulais le timbre de 2010 sur la célèbre bataille du Grand-Port, tableau peint par Gilbert et qui se trouve en dépôt au Musée de La Marine à Paris, que j'ai restauré en 1990, je m'aperçus soudain, avec stupéfaction et non sans esclaffement, que le timbre en question n'avait pas été fait d'après l'original, que je connais bien,... mais d'après la copie du dit tableau, qui se trouve quant à elle au Musée de Mahébourg... Copie que j'ai peinte moi-même, en 1998, alors que j'étais coopérant français en coopération... Tu imagineras sans peine ma surprise en examinant le timbre à la loupe! J'en dégageais une certaine fierté ridicule et enjouée, tout en en riant encore aujourd'hui... Ma copie à 100 000 exemplaires... Tu imagines!!
Quant à la simple façon d'écrire une roupie sur nos timbres, on relèvera dans le catalogue Stanley & Gibbons 1R., 1R, R1, 1Rs, Rs1, 1Re... J'abrège, il y a près de dix façons de l'écrire... Cela fait un rien désordre ou confus, mais après tout, au fond, (haut fond) peut-être très mauricien... Mais comme l'on dit, Errare Humanum Est! Cela nous sauve...