50 ANS APRÈS - CHAGOS : Sept lauréats du Nobel en appellent à Barack Obama

L’archevêque Desmond Tutu, prix Nobel de la paix 1984, et six autres Nobel soumettent cinq demandes au président sortant des États-Unis « to publicly state that the US does not oppose the Chagossians returning to their islands »
  • Olivier Bancoult : « If Barack Obama does, the world will remember him as someone who restored the fundamental rights of Chagossians to live on our birthplace »

Avec la décision en catimini de Londres de reconduire pour 20 ans encore le bail aux Américains de la base militaire et nucléaire de Diego Garcia avec interdiction de “resettlement”, les Chagossiens bénéficient d’un soutien diplomatique sans égal. En effet, sept lauréats du prix Nobel de la paix, menés par l’infatigable lutteur des Droits de l’Homme, l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, Prix Nobel en 1984, ont signé en ce début d’année une lettre commune adressée à un autre prix Nobel de la paix, soit celui de 2009, le président sortant des États-Unis, Barack Obama, réclamant une ultime intervention en tant que chef des armées américaines en faveur des déracinés des Chagos depuis plus de 50 ans déjà. Cette initiative politico-diplomatique comprenant cinq demandes spécifiques, à 15 jours de la fin du mandat présidentiel de Barack Obama, pourrait constituer un véritable embarras personnel pour ce dernier tout en accentuant la pression sur Washington. Dans cette correspondance du 5 janvier, ces prix Nobel de la paix placent Barack Obama devant ses responsabilités en soulignant sans aucun détour que « only you now have the power to help the Chagossians return to their ancestral homeland ». Du côté du Groupe Réfugiés Chagos, dont le leader Olivier Bancoult, l’on s’attend à un pas décisif venant du 44e locataire de la Maison Blanche.
L’objectif de cet appel des sept prix Nobel de la paix – à savoir l’archevêque Desmond Tutu, , Jody Williams (1997), Tawakkol Karman (2011), Mairead Corrigan Maguire (1976), et les Drs Yu Joe Huang, Stephen P. Myers et Edward L. Vine (2007) – est de mettre un terme à 50 ans d’exil abusif des Chagossiens de leur archipel natal. D’entrée de jeu, les signataires donnent le ton et situent l’enjeu, affirmant que « the last days of your presidency, we write to you as fellow Nobel Laureates to urge you to correct the historic injustice suffered by the Chagossian people, who have been living in impoverished exile for almost fifty years ».
Ces sept Nobel soulignent l’amertume et la désillusion des membres de la communauté des Chagos avec l’interdiction de Londres en novembre quant à un éventuel retour dans au moins une partie de leur archipel et placent le président des États-Unis devant ses responsabilités en tant que chef d’État d’une des plus grandes puissances au monde et récipiendaire du prix Nobel de la paix. « Only you now have the power to help the Chagossians return to their ancestral homeland and, in the process, cement your legacy as a defender of human rights must emphasise that Chagossians are not asking you to close or alter the U.S. base. They are only asking to be allowed to return to their islands to live in peaceful coexistence with the base », devaient-ils préciser.
L’attention du président Obama est aussi attirée sur la chronologie des événements avec la signature de l’accord anglo-américain de 1966 avec la cession de la base de Diego Garcia contre une promesse d’aide de £14 millions des Américains « for basing rights and the removal of all Chagossians from Diego-Garcia ». L’exercice de déportation devait s’échelonner sur la période allant de 1968 à 1973. « The Chagossians’ancestors first came to the Chagos Archipelago as enslaved Africans and indentured Indians. From around the time of the American Revolution until their displacement, generations of Chagossians lived on the islands cultivating a proud culture… Since their expulsion, the Chagossians have been living in profound poverty and struggling to return to their homeland. Sadly, previous U.S. and U.K. administrations have blocked any resettlement and largely ignored the people’s suffering », ajoutent les prix Nobel pour sensibiliser Barack Obama à la cause chagossienne.
La reconduction du bail de Diego Garcia pour 20 ans encore représente une occasion pour alléger le fardeau des Chagossiens exilés vu que depuis ces dernières années, les avis, notamment dans le camp des militaires, ont changé quant à la présence des Chagossiens dans les parages de Diego Garcia. Tout en soutenant que « recently, support for a return has been building worldwide » et que « civilians live next to US bases worldwide, and military experts agree resettlement would pose no security risk on Diego Garcia », cinq demandes spécifiques sont proposées au président sortant des États-Unis en guise d’héritage sur le plan du respect des Droits de l’Homme.
« Thus, we ask you : (1) To publicly state that the U.S. does not oppose the Chagossians returning to their islands ; (2) To recognize Chagossians’basic right to live in their homeland with equal rights to compete for civilian jobs on the base ; (3) To provide reasonable assistance for Chagossians’resettlement and assistance in seeking employment on the base ; (4) To guarantee and enshrine these rights in the U.S./U.K. base agreement ; and (5) To begin direct negotiations with Chagossian representatives on these issues. You have the power to rectify this historic injustice. You have the power to show the world that the U.S. upholds basic human rights. Please help ensure that justice is done for the Chagossians », devaient conclure les prix Nobel de la paix à un des leurs de ce club très select du monde.
Intervenant sur le site internet du Chagos Refugees Group, Olivier Bancoult se félicite de ce soutien politico-diplomatique et exprime le souhait d’un sursaut de Barack Obama par rapport aux Chagossiens. « We hope that as a Nobel Peace Prize winner, President Barack Obama will pay attention to his seven fellow Peace Prize winners and, before leaving the White House, correct the injustice committed against Chagossians », écrit le leader du Groupe Réfugiés Chagos, qui a perdu sa mère en décembre dernier. Et de se dire « certain » que « if Barack Obama does, the world will remember him as someone who restored the fundamental rights of Chagossians to live on our birthplace ».
Pour sa part, Sabrina Jean, porte-parole du Chagos Refugees Group UK Branch, accueille favorablement cette lettre adressée au président américain en faisant comprendre que « we, Chagossians, have been living in exile for decades, fighting to return to our homeland. Before you leave office, President Obama, please help right the wrong of this terrible injustice done to the Chagossian community ». Et d'ajouter en guise d’interpellation dans une première réaction officielle : « President Obama, everyone has the right to live in their motherland, but why not us ? »
L’année 2017 est présentée comme celle où le différend politico-diplomatique entre Port-Louis et Londres sur les Chagos pourrait déboucher sur des changements. En ce début d’année, un nouveau round de discussions entre officiels mauriciens et britanniques est annoncé à Londres. Ces échanges, après l’échec de la réunion de novembre dernier à Port-Louis, s’avèrent être de nature cruciale car les directives du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, sont des plus catégoriques : si les Britanniques maintiennent leur position, Maurice mettra un terme à ces consultations.
Dans son message à la nation pour le Nouvel An, le chef du gouvernement a d'ailleurs confirmé son intention de poursuivre dans la voie de l’Advisory Opinion de la Cour internationale de Justice contre Londres au sujet de l’excision unilatérale des Chagos du territoire de Maurice avant l’indépendance du 12 mars 1968. « Sak pous nou teritwar, se nou patrimwann komin ki enn parti de nou mem. Se pourkwa mo otan determine dan konba ki mo pe amene pou ki bann Angle retourn larsipel Chagos à la République de Maurice ek konplet nou lindepandans », a déclaré sir Anerood Jugnauth. « Mo pou al zisko bou dan sa konba-la ek kouma ou kone, mo ena fermeman lintansion pou demann enn vot aux Nations Unies pou ki li demann la Cour internationale de Justice statue lor ka Chagos », dit-il, en s’appuyant sur le soutien exprimé à Maurice par les chefs d’État et de gouvernement jusqu’ici.