L’agence de voyages ATOM travel fête ces jours-ci son cinquantième anniversaire. Nous avons saisi l’occasion pour aller à la rencontre de son fondateur, Charles Ng, âge de 73 ans et qui malgré deux opérations au coeur et huit by basses, travaille encore. Portrait d’un « macaw pas conné kot sorti » devenu un acteur incontournable des agences de voyages mauriciennes.
J’ai connu la faim et le froid
Quand Chales Ng naît à Helvetia, le 25 décembre 1938, son père vient tout juste de mourir. Contrairement a la tradition chinoise de l’époque qui lui conseillait de laisser ses enfants à Maurice et de rentrer en Chine, sa mère décide de ne pas se remarier et d’élever seule ses deux garçons. Un oncle « ramasse » les deux orphelins et la veuve et leur offre une chambre. Pour faire grandir ses enfants, Mme Ng fait un petit élevage de cochons. « J’ai connu la grande misère des années de guerre. J’ai connu la faim et le froid (nous avions des gonis rembourrés de papier journal comme couverture la nuit) et les humiliations de l’enfant qui n’a pas de père et qui est juste toléré. » Charles va à une école chinoise de St-Pierre, puis descend vers Port-Louis où une tante l’héberge et fréquente la Chineese Middle School, ensuite quelque temps le collège Bhujoaharry. Mais faute de moyens financiers pour payer l’écolage, il quitte le collège pour aller travailler comme commis dans une boutique, puis chez un grossiste. Le travail était dur « en tant que commis, il m’arrivait aussi de faire l’enflé de charrette pour aller livrer les marchandises ». Avec un ami, qui a de la famille a l’île soeur, Charles va « rode la vie à la Réunion ». S’il ne trouve pas du travail à la Réunion, les préparatifs pour le voyage, qui sont difficiles, vont lui donner l’idée de sa vie. « A l’époque, le trajet en avion, aller-retour, Maurice/Réunion coûtait Rs 62.50 et il fallait faire beaucoup de démarches – passeport, visa, billet, etc – pour pouvoir partir. Beaucoup de gens ne savaient pas comment faire les démarches, j’ai donc décidé de me lancer dans l’organisation de voyages. » En 1961, il loue un garage à la rue Jummah Mosque, entre un salon de coiffure et une pharmacie chinoise, et ouvre son agence de voyages et la baptise ATOM (Agence Touristique Organisation Mondiale). Une enseigne un peu vantard pour une agence qui venait d’ouvrir ses portes, non ? « Sans doute. Mais j’avais de l’ambition et je voulais réussir, faire honneur à ma mère. A cette époque, il y avait un mouvement des membres de la communauté chinoise vers la Chine. Il fallait aller tirer leur acte de naissance à l’état civil, les faire photographier pour leur passeport, acheter le billet. Je prenais Rs 25 roupies pour les démarches, plus Rs 12 roupies pour le taxi s’il fallait aller les quitter à l’aéroport.