À une semaine des célébrations du 50e anniversaire de l’indépendance, le pays entrera, dès le début de la semaine prochaine, de plain-pied dans les festivités et les manifestations, dont le point culminant sera la cérémonie du drapeau, prévue au Champ de Mars le 12 mars.

Déjà depuis quelques mois, une série d’activités des plus variées, économiques et culturelles, ont été placées sou l’égide du jubilé, même si elles n’ont pas une portée très populaire. Durant ces dernières semaines, le “build up” populaire a gagné en ampleur avec, entre autres, l’apport des médias, qui ont consacré à cet événement historique des programmes, des tables rondes, des témoignages – à travers des interviews accordées à la presse quasi quotidiennement et consacrées à la lutte ayant mené à l’indépendance, et pour se pencher sur le progrès accompli par le pays depuis 1968.

Des hommages sont rendus à tous ceux qui ont participé à cette lutte, même si l’accent n’a pas été mis uniquement sur le père de la nation, sir Seewoosagur Ramgoolam, comme cela a souvent été le cas. C’était l’occasion de mettre en valeur tous les autres tribuns, dont le Dr Maurice Curé, fondateur du Parti travailliste en 1936. Comme devait le faire ressortir récemment le leader des rouges, « nous sommes assis sur les épaules de géants ». À ce propos, l’académie des sciences de Maurice a, cette semaine, rendu un vibrant hommage à six nombreuses personnalités ayant contribué à jeter les bases de l’île Maurice d’aujourd’hui, à savoir Octave Wiehe, Robert Antoine, Maurice Paturau, sir Edouard Lim Fat, Jagadish Manrakhan et Claude Michel. Nous savons toutefois qu’il existe une constellation de patriotes de ce calibre, que ce soit aux niveaux de la fonction publique et de l’entreprenariat, économique, socioculturel ou religieux. Dans sa lettre pastorale publiée le mois dernier, le cardinal Maurice Piat rappelait le rôle de l’église sous l’impulsion du cardinal Jean Margéot pour la réconciliation de la nation mauricienne après l’accession de l’indépendance, en 1968, qui avait profondément divisé le pays. On se souvient encore de la messe dite à la cathédrale St-Louis pour inviter toute la population, y compris ceux ayant milité contre l’indépendance, à participer à la construction de l’île Maurice indépendante. Sa contribution dans le domaine de l’éducation et du social a été considérable. Grâce au travail et au sacrifice consentis par tous les patriotes, dont beaucoup ont disparu, Maurice est très loin de ce qu’elle était en 1968. Il faudrait être malhonnête pour ne pas reconnaître que l’île Maurice d’aujourd’hui n’a rien de comparable avec celle de 1968 sur tous les plans, que ce soit structurel, économique, social, environnemental ou au niveau des services publics, tout en reconnaissant que la construction du pays n’est jamais terminée. Quoi qu’on en dise, l’harmonie sociale et les relations interculturelles entre les différentes communautés sont aussi nettement meilleures que ce qui prévalait en 1968 lorsque la situation était telle qu’au moment de l’accession du pays à l’indépendance, le pays était sous état d’urgence en raison de bagarres raciales. Certes, rien n’est acquis et la vigilance reste de mise contre le virus du communalisme, surtout en période électorale. Personne ne peut contester que le pays est aujourd’hui un État de droit. De plus, malgré les difficultés économiques, à Maurice, avec l’évolution de la situation économique sur le plan global, le “welfare state” est non seulement toujours en place, mais il s’est consolidé au fil de ces 50 ans avec l’introduction de l’éducation gratuite et du transport gratuit pour les étudiants et les personnes âgées. Il ne faut pas non plus minimiser la portée de l’introduction du minimum salarial dans le pays. Le seul domaine qui n’ait pas connu de changement majeur, c’est la politique, et en particulier le système électoral. Certes, on peut se réjouir d’une certaine stabilité politique. Mais il ne faut pas confondre stabilité et stagnation. Beaucoup de personnes pensent en effet que notre système démocratique s’est érodé et demandent une attention particulière.

Malgré nos défis et nos difficultés, il y a encore beaucoup de bonnes raisons pour que la population célèbre dignement et dans la liesse ce 50e anniversaire. Il y a en effet un temps pour la fête et un temps pour s’occuper de la polémique autour des dépenses de la présidente de la République. Alors que la fête commence !