À l’heure où la société Oxenham fête avec fierté ses 85 ans, et où chaque membre de la famille y va de sa petite histoire, illustrant avec moult anecdotes et force détails le mérite qui lui revient, il est surprenant de constater que la contribution d’Edward Oxenham n’a pas été mentionnée. Celle-ci étant indissociable du succès de l’entreprise, il est important de souligner son oeuvre.
Edward intègre la société familiale après ses études d’ingénieur au début des années 60 afin de prêter main-forte à ses frères Nutcombe, Clifford et Vivian, qui ont repris l’entreprise au décès de leur père.
Le procédé de vinification se fait alors de manière empirique car les phénomènes de fermentation alcoolique sont à l’époque méconnus avec les aléas que cela peut entraîner au niveau de la production ou encore de la stabilisation et la conservation du vin.
Il est d’ailleurs important de mentionner que l’Œnologie, science qui laisse peu de place à l’improvisation, ne date que de 1955.
L’entreprise étant alors située à Port-Louis, les fortes chaleurs estivales combinées à la conduite des fermentations dans des cuves en ciment n’arrangent pas les choses : les arrêts de fermentation sont fréquents et le vin se transforme parfois en vinaigre. Cette situation instable pèse lourdement sur les finances de la société familiale qui connaît alors une grande difficulté financière.
Face à cette situation inquiétante, Edward s’envole pour Dijon en France, d’où il reviendra en 1964, avec le Diplôme Supérieur d’Œnologie qui, accessoirement, fera de lui le premier Mauricien à obtenir ce diplôme.
Sa parfaite maîtrise des procédés de fermentation, de microbiologie et de chimie révolutionnera l’entreprise familiale qui entre alors dans une ère nouvelle ; celle de l’Œnologie moderne, avec pour résultat immédiat l’essor de l’entreprise.
Edward apporte de nombreuses innovations pour ne citer que l’utilisation des cuves en acier inoxydable dont il dessine lui-même les plans, la mise en place du contrôle des températures, la vinification de moût de raisin concentré importé d’Italie et d’Afrique du Sud et, bien évidemment, la création des vins qui font encore recette aujourd’hui.
Pour mener à bien cette transition, il a le soutien indéfectible de ses trois frères qui se répartissent les rôles du lavage de bouteilles à la commercialisation du vin, n’épargnant aucun effort, jusqu’à l’arrivée des générations suivantes qui viendront prêter main-forte à l’effort collectif.
Inlassable travailleur, homme d’une grande humilité et d’une droiture inébranlable, il aura, pendant plus de 40 ans, jusqu’à son décès en 2011, oeuvré pour développer, améliorer et pérenniser l’oeuvre commencée par son père.
À d’autres, il laissera son oeuvre.
À son fils, il transmettra ses connaissances, son savoir et, au-delà de tout cela : un exemple à suivre.
Il s’appelait Edward Oxenham.