De passage à Maurice pour le Festival Seggae Zwe, programmé pour le 7 juillet, Reynald Collet, plus connu comme Ton Reynald, revient sur ses premiers souvenirs musicaux, ses expériences passées, mais aussi quelques moments phares de son petit frère, Kaya. Il évoque son rôle de mentor dans les débuts artistiques de Kaya, la fulgurante ascension du roi du seggae, sa mort en détention policière. Sans oublier son hommage vingt ans plus tard, à travers l’album 21 février-Jour de Kaya, qui attend patiemment d’être présenté au public…

Nous rencontrons Ton Reynald au Morne, plus précisément à Dilo Pouri. Fraîchement débarqué de La Réunion, ce vétéran du seggae aux dreads grisonnants a décidé de s’octroyer une retraite bien méritée chez un frère rasta.
Scope l’avait rencontré en 1995 pour son édition du 17 au 23 février. Au cœur de sa maturité musicale avec le groupe Racine Seggae, il était alors au summum de sa carrière, lors de son passage à Maurice pour la promotion de son deuxième album, Zarm Invisib.

“Mo’nn deor dan Racinetatane”.

Avant d’épouser une carrière solo avec Racine Seggae en 1991, Reynald Collet a évolué au sein de Racinetatane, à la fin des années 80. Mais il a débuté au sein de l’orchestre Crazy Boys. “J’ai grandi à Roche Bois dans une fratrie de quatre frères et trois sœurs. Kaya a résidé une époque chez moi alors qu’il était adolescent, dans les années 1970. C’est chez moi qu’il a construit les fondations du seggae.” Mentor bienveillant, Reynald apprend à son jeune frère les bases de la musique. “Je me souviens de sa détermination à trouver une guitare de fortune, rapiécée et décollée”, lorsque son grand frère lui dit qu’il lui faut cet instrument pour être en mesure de jouer. Un jour, Kaya lui a dit : “Grand frer, to pou trouve, mo pa pou travay mason me mo pou zwe lamizik.”

Plus tard, l’élève dépassera le maître. Kaya deviendra le précurseur du seggae. “Je lui ai appris à jouer de la musique et Kaya m’a appris à son tour à jouer du seggae.” Quand son petit frère fonde Racinetatane en 1985, Reynald rejoint la formation comme simple choriste. Contrairement à ce qu’il affirmait à Scope en 1995 (“songeant à son avenir professionnel, il avait quitté Kaya”), il souligne que certains bons penseurs, “dont je ne veux citer le nom, ont trouvé bon de changer les musiciens avec qui Kaya évoluait depuis ces débuts pour professionnaliser ce nouveau genre avec une équipe plus professionnelle. Mo’nn deor dan Racinetatane. Beaucoup de magouilles et de gros malins, comme le dit Kaya dans ses chansons.”

Des hauts et des bas.

Un coup de massue pour Ton Reynald, mais “une malchance qui s’est transformée en chance”. Il “a prouvé que la carrière solo pouvait tout aussi bien lui réussir”. Il s’envole pour La Réunion et fait la rencontre du producteur de Discorama, Jean François Nalleau, qui accepte de le produire sous le nom de Racine Seggae. S’ensuivra une première cassette, Komie Tan Ankor, en 1992. Le titre Seggae Mama fait un carton, avec une vente de 19,000 cassettes, et la presse réunionnaise l’encense, écrivait Scope à l’époque. En 1993, il sort Zarm Invisib, et fait des concerts en France. Kaya reconnaît alors que son grand frère a réussi dans la chanson et l’invite à se produire à Maurice.

Ton Reynald a connu des hauts et des bas. Des divergences poussent ses musiciens à le quitter à la veille du Festival Jazz Océan Indien à La Réunion. Obligé de prendre d’autres musiciens, son passage est un vrai flop. “La presse m’a descendu plus bas que terre et je suis venu m’exiler à Maurice.” En 1995, épaulé par Kaya, il reprendra peu à peu confiance en lui. Le roi du seggae prête sa voix et ses musiciens à un troisième album, où ils font résonner ensemble Ki kalite mo frer. S’ensuivra Melanze en 1998 et Best of Racine Seggae en 2004.

Jour de Kaya.

La date du 21 février 1999 marque tragiquement sa vie. En l’évoquant, Reynald Collet ne peut retenir ses larmes. “J’étais également invité au concert du mardi 16 février pour la dépénalisation de la marijuana à Rose-Hill, mais je n’ai pas pu faire le déplacement. Deux jours après, les gros titres faisaient état de l’arrestation de mon petit frère. Et quelques jours plus tard, on m’a annoncé son décès.” Il s’en est voulu de ne pas avoir avancé à temps les fonds nécessaires pour payer la caution de Kaya. “Mo lavi inn baskil net. Il y a eu les émeutes, mais aussi beaucoup de magouilles autour de son décès. On m’a attribué des paroles que je n’ai jamais prononcées. On nous a menacés, ma famille et moi.”

Le nouvel album de Ton Reynald, intitulé 21 février 1999 – Jour de Kaya, qui devrait sortir prochainement, est un vibrant hommage à la mémoire de son petit frère. Plusieurs chansons racontent les fameuses émeutes de 1999, sans langue de bois. Dans cet opus de 14 titres, il aborde également les fléaux de la drogue, l’hypocrisie nationale et les politiciens corrompus.

Pour avoir longtemps vécu à l’extérieur, Ton Reynald a du mal à se faire une idée de la situation du seggae à Maurice. Il attend de constater de visu son ampleur lors du concert du 7 juillet. Ce sera la première fois qu’il évoluera sur une plate-forme seggae de cette envergure à Maurice. “Je prendrai du plaisir à découvrir la nouvelle génération seggae sur scène. Mon frère disait que le seggae, c’est liberasion mantalite kaptivite. J’ai envie de savoir quel sens prend le nouveau visage du seggae.”