C’est reparti pour un an. Les maisons sont nettoyées de leurs confettis, les bouteilles vides jetées dans des sacs plastiques avant d’être incinérées (puisque le recyclage ne fait pas encore partie de notre culture), les derniers pétards « tirés » dans les rues et les restes des repas festifs depuis longtemps digérés. Adieu 2018, bonjour 2019. Une année de plus qui, c’est certain, élections ou pas, traînera avec elle son habituel lot de casseroles. Quant aux bonnes résolutions, elles sont probablement déjà pour une bonne partie d’entre nous de l’ordre du souvenir, tant celles-ci nous paraissent rapidement plus futiles qu’elles ne semblaient l’être au moment symbolique du changement d’année. Et pourtant, ce sont bien ces défis que nous nous imposons au quotidien qui nous font progresser. Alors pourquoi ne pas en profiter pour mettre en pratique l’un d’eux, le plus important dans la conjoncture, en l’occurrence celui consistant à lutter, chacun selon ses possibilités, contre le réchauffement climatique.

C’est un fait : l’urgence climatique demande un effort colossal, tant au niveau collectif qu’individuel. Bien sûr, certains, englués depuis longtemps dans le déni, ne s’empêcheront pas de lancer que cette année ne sera pas pire que la précédente. Mais en sommes-nous si sûrs ? Depuis quelques années en effet, notre planète bat de nouveaux records de températures. Mais pas seulement, car le nombre de catastrophes naturelles est aussi en expansion constante, tout autant que leur intensité. Petit rappel de 2018 :

Dans les premiers jours de janvier, en pleine nuit, des pluies diluviennes s’abattent sur Kinshasa, en RDC, faisant 44 morts. Deux jours plus tard, le cyclone Ava balaye notre voisine, Madagascar, forçant 54 000 personnes à fuir et faisant 73 tués. D’autres pluies diluviennes feront dans les semaines à venir des ravages dans d’autres endroits du globe. D’avril à mai, l’Afrique de l’Est a ainsi les pieds dans l’eau. Comme au Kenya, où cela vire au cauchemar. Près de 120 personnes perdent la vie et 260 000 autres doivent quitter leur foyer.

En mai, en deux semaines seulement, 140 personnes meurent foudroyées dans des tempêtes électriques au Bangladesh. Fin mai, en Inde cette fois, 125 personnes perdent la vie dans une tempête de sable d’une rare intensité. Au même moment, dans ce même pays, le thermomètre grimpe à plus de… 45°C. La canicule emporte 180 personnes. En juillet, le typhon Son-Tinh frappe la capitale vietnamienne et sa banlieue. Pas moins de 32 personnes décèdent dans les inondations et plus de 80 000 hectares de cultures sont littéralement noyés. Plus tard ce mois-là, la Californie doit faire face à deux incendies monstres. Plus de 1 300 km2 de forêts (soit environ 10 fois la superficie de Paris) sont réduits en cendres. Dix personnes périssent et des dizaines de villages sont rasées. À quelques milliers de kilomètres de là, le Québec étouffe sous les fortes chaleurs. Bilan : 70 morts, dont la moitié à Montréal.

Fin juillet, la Grèce fait face aux incendies les plus meurtriers de son histoire. Plus de 100 personnes périssent, dont 26 personnes piégées par des flammes sur le même terrain. Le spectacle est insoutenable : on retrouve leurs corps calcinés, blottis ensemble, se serrant dans les bras par petits groupes. En septembre, c’est cette fois le Japon qui essuie un typhon, faisant 14 morts et plus de 600 blessés. Deux semaines après, un autre météore frappe Hong Kong. C’est le Chaos. Les rues sont englouties, les gratte-ciel tremblent.

Le 21 octobre, une pluie de grêle s’abat sur Rome, paralysant la ville. En une demi-heure, la capitale se transforme en banquise. Et ce n’est pas tout pour l’Italie puisque début novembre, des millions d’arbres sont emportés par une tempête. Vingt personnes y perdront la vie. Pendant ce temps, la Californie brûle comme jamais. Au total, 620 km2 de forêts partent en fumée. En outre, près de 90 personnes décèdent, faisant de ces incendies les plus meurtriers de l’histoire des États-Unis. Au même moment, un Donald Trump compatissant descend sur le terrain, discute avec les pompiers et continue de dire ne pas croire au réchauffement climatique. Fin novembre, comme pour le démentir, l’ouragan Florence s’invite en Caroline du Nord. Plus de 50 personnes périssent en même temps, ainsi que plusieurs millions d’animaux d’élevages. Montant de l’ardoise : USD 45 milliards. Envoyez la facture à Donald !

Autant de catastrophes, donc, qui se sont abattues sur la planète en 52 petites semaines, liste dont l’on a volontairement occulté les séismes, éruptions et autres calamités que l’on ne peut évidemment rattacher au réchauffement climatique, tout aussi dramatiques qu’elles soient. En tout, les catastrophes climatiques auront coûté l’année dernière près de USD 100 milliards. Le pire, c’est que du fait de notre intemporelle passivité en matière de protection environnementale, ce funeste bilan de 2018 a de fortes probabilités de se répéter. Pour démarrer une nouvelle année, l’on aurait pourtant aimé meilleure nouvelle !

Michel Jourdan