Husna RAMJANALLY

Tandis que la Promenade Roland Armand, à Rose-Hill, se fait impitoyablement défigurer, soir après soir (demandez aux riverains de la région de raconter le calvaire qu’ils endurent durant la nuit…), que les maisons des uns et des autres sont copieusement inondées dès qu’il y a une grosse averse, comme cela a été le cas ce mercredi 4 avril, durant presque toute la nuit et sur plusieurs parties de l’île, et que les chauffards sans scrupule affolent le compteur des morts sur nos routes (47 au 2 avril !), le projet Metro Express poursuit son bonhomme de chemin… On ne cessera de le répéter, malgré tout, de nombreux Mauriciens peinent toujours à saisir, et accepter, l’importance capitale attribuée à ce projet par le gouvernement !

Au grand dam des uns et des autres Mauriciens qui assistent, impuissants, malgré toutes leurs récriminations, justes et justifiées, à la destruction (massive) de la faune et la flore de leur habitat, l’État a mis à profit toute son artillerie lourde pour sa concrétisation. Pour l’heure, c’est tout le quartier de la rue Van der Meersh, jouxtant la Promenade Roland Armand, à Rose-Hill, qui est sous les feux des projecteurs. Un endroit où il faisait très bon vivre, jusqu’à il y a quelques semaines, quand les machines ont débuté leur atroce mutilation de la nature luxuriante, pour faire place au béton et aux rails !

Quelle justice envers ces familles ? Comment justifier cet acte empli de barbarie et totalement dénué de sentiment envers ces habitants ? Qui, eux, ont délibérément choisi, il y a des années, d’investir leur argent durement gagné, pour acheter un lopin de terre là, y construire leurs maisons et grandir leurs gosses ? Au nom de quel progrès vient-on justifier un tel massacre ? Outre la Promenade Roland Armand, ses arbres majestueux et sa verdure généreuse (déjà que les espaces verts sont une denrée rare dans cette ville…), d’autres quartiers, résidentiels, essentiellement, seront bientôt pris d’assaut par les JCB et autres « armes de destruction » de l’environnement de l’île !

Et quid des plages qui, année après année, se réduisent comme peau de chagrin ! On ne peut que louer des actions de l’Ong Aret Kokin Nou Laplaz qui s’acharne à faire prendre conscience à toute la nation de l’importance de ne pas laisser notre richesse naturelle être bradée au profit des milliardaires du jour, étrangers pour la plupart, et donc, locataires de notre petit paradis…

Autre sujet tout aussi de brûlante actualité : 47 Mauriciens ont péri, entre janvier et début avril de 2018, victimes d’accidents de la route. Les compteurs s’affolent et déjà, l’on voit le spectre d’un taux plus élevé que l’an dernier se profiler à l’horizon. Les écervelés du volant, les imprudences et négligences des uns et des autres trop occupés par leur téléphone portable, par exemple, le manque d’expérience à manier les véhicules, et les mauvaises pratiques des « mwa ki mari lor koltar » font toujours et encore plus de victimes, hélas ! Chaque semaine qui passe nous écœure davantage quand les médias font part de ces drames indicibles, vécus par des familles, qui voient l’un des leurs les quitter aussi brutalement. Emportés, souvent dans une fraction de seconde, par l’irresponsabilité d’un autre automobiliste, la distraction ou le manque de sommeil d’un autre, l’ignorance du code de la route, la mauvaise maîtrise des bolides super-sophistiqués, entre autres.

L’interrogation qui demeure : combien de temps encore accepterons-nous cette situation ? La conduite irresponsable, les mauvaises pratiques et le manque de manière ont certes bon dos. Qu’est-ce qui est fait, concrètement, pour remédier à cela ? Le fait que la majorité des motocyclistes, les plus vulnérables (19 sur les 47 victimes de ce début d’année !), arpentent les routes sans permis et sans formation adéquate, trouve une réponse partielle dans la mise en opération des écoles destinées à cet effet. Mais est-ce tout ce que l’on peut faire ? Où en est la campagne de conscientisation, lancée en fanfare par le PM non élu, il y a quelques semaines ? Destinée à impliquer le plus grand nombre de Mauriciens face à ce fléau, cette campagne aurait pesé de tout son poids si elle avait été mieux gérée. Si elle avait bénéficié de tout l’appareil d’État comme c’est le cas pour le projet Metro Express, par exemple… Mais force est de constater qu’il ne s’agissait là encore que d’un feu de paille !
Et face à tout cela, le gouvernement reste quasi sourd à la détresse des citoyens. On prendra beaucoup de temps pour accepter que le projet de Metro soit plus important que, par exemple, des travaux d’aménagement de drains dans les zones les plus à risques dans le pays. Il y va, à notre sens, du quotidien et de la sécurité de milliers de familles, et cela semble plus important qu’un projet routier aux coûts astronomiques qui ne seront rentables que dans le temps…