Intervenant samedi à la Sal Syndika Travayer de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) dans le cadre d’une séance du Parlement Populaire, le « disability activist » Mervyn Anthony a témoigné du « manque de respect du gouvernement envers la communauté des handicapés », et ce , entre autres, pour avoir fait siéger l’Assemblée nationale le 3 décembre dernier, date de la célébration de la Journée internationale des handicapés.
« Le gouvernement songerait-il à faire siéger l’Assemblée nationale le jour de la célébration d’une fête nationale comme la Noël, le Divali, l’Eid ou la Fête du Printemps ? Pourtant, ce gouvernement n’a pas hésité à tenir une séance au Parlement le jeudi 3 décembre, date de la célébration de la Journée international des handicapés. C’est faire preuve d’un manque de respect total envers la communauté des personnes handicapées », a fustigé le “disability activist” Mervyn Anthony. C’était lors d’une causerie samedi dernier à la Sal Syndika Travayer sur le thème “Une vision et une lutte démocratiques en faveur de l’inclusion et des droits des personnes en situation de handicap pour contrecarrer les discriminations dans Maurice”.
En effet, le jeudi 3 décembre dernier, l’Assemblée nationale s’est réunie pour débattre et adopter le Good Governance and Intergrity Reporting Bill, date de la Journée internationale des Handicapés. « Les membres du gouvernement ne pouvaient démontrer de façon plus claire le profond mépris qu’ils ont pour les personnes souffrant d’un handicap », a martelé Mervyn Anthony, qui souffre lui-même d’un triple handicap (il est sourd, a des difficultés d’élocution et souffre d’un handicap physique).
« La vitesse à laquelle on a débattu et adopté ce qu’on appelle désormais la “Loi Bhadain”est la preuve en elle-même de ce mépris et de ce manque de respect de nos ministres et députés pour les handicapés de Maurice. Et ce alors qu’on nous mène en bateau depuis presque 30 ans avec la promesse d’adopter un “Disability Bill”, que la communauté des handicapés attend toujours ! » a-t-il lancé en colère.
Pour Mervyn Anthony, la Training and Employment of Disabled Persons Board (TEDPB) Act de 1996 n’est qu’un trompe-l’oeil (« eye-wash »). « Les amendements apportés à cette loi en 2011 ne sont que cosmétiques. L’amende de Rs 4 000 qu’elle préconise pour tout employeur qui ne respecte pas le quota de 3% de personnes handicapées parmi leur personnel est ridicule. Ils préfèrent payer que de “s’encombrer” d’un handicapé. Et cela ne sert qu’à perpétuer et promouvoir la discrimination et, ainsi, priver les handicapés capables, compétents et qualifiés, de leur droit de rêver à accéder à une riche carrière dans un poste à responsabilités », a-t-il expliqué.
L’activiste propose que cette sanction passe à Rs 45 000 au moins. « Avec cette épée de Damoclès sur leur tête, les employeurs réfléchiront à deux fois avant même de penser violer la TEDPB Act », ajoute-t-il. Outre cette mesure, Mervyn Anthony préconise que trois Disability Scholarship Award soient attribués à deux Mauriciens et un Rodriguais lors de la proclamation des lauréats en 2016. « Ce sera un grand pas vers l’égalité des chances », a-t-il expliqué.
Autre recommandation du “Disability Activist” : une “Careers Allowance” d’au moins Rs 10 000 pour les handicapés diplômés afin de les aider à mieux s’acquitter de leurs obligations. « Tout handicapé peut fonctionner convenablement moyennant qu’il puisse payer quelqu’un pour l’aider un peu », plaide-t-il.
Par ailleurs, l’orateur argue que l’Equal Opportunity Act et l’Equal Opportunities Commission (EOC) sont « anticonstitutionnelles » car « violant le principe de la séparation des pouvoirs ». Il a annoncé avoir déposé une plainte à cet égard à la police. « La protection contre la discrimination est un droit constitutionnel. Et telle quelle, l’EOC est anticonstitutionnelle dans la mesure où la nomination de ses membres est faite par des politiciens (Premier ministre et leader de l’opposition) – l’Exécutif – et non sous la Constitution par le judiciaire, la Judicial Service Commission par exemple », a-t-il argué.
Auparavant, Mervyn Anthony a élaboré sur les obstacles freinant l’émancipation des handicapés. Il a cité notamment le manque d’accès à l’éducation, les environnements inaccessibles, la discrimination dans l’emploi et la ségrégation dans les services. « Mais le plus grave, c’est le manque de foi des handicapés eux-mêmes en leurs propres capacités à faire changer les choses », a-t-il lancé. « D’où l’importance de tout faire pour que les handicapés puissent se réaliser. »
Mervyn Anthony a été aidé par son épouse Estelle, qui notait et transcrivait les débats et les questions.