Premier de tous les ministres, Navin Ramgoolam aurait dû avoir aussi été le premier des offensées par le propos de « gouvernement pédophile » tenu par le leader du MSM, Pravind Jugnauth, qui a valu à ce dernier d’être « arrêté » et interrogé par le CCID, cette semaine, avec la suite qu’on connaît. Au demeurant, la ministre de l’Egalité des genres, du développement de l’Enfant et du bien-être de la famille, Mme Mireille Martin, aurait pu suivre son Premier ministre dans l’ordre de préséance de ces grands offensés. Pourquoi pas aussi le ministre de l’Education, Vasant Bunwaree, puisque, dans cette sale affaire de pédophilie alléguée par Pravind Jugnauth, c’est un éducateur du Mauritius Institute for Training Development (MITD), un organisme qui tombe directement sous sa tutelle, qui est visé ? Or, c’est la ministre de la Sécurité sociale, Mme Sheila Bappoo, qui a porté la charge criminelle (encore mal définie d’ailleurs) contre le leader des oranges. Sous prétexte que le Parti travailliste, partenaire majoritaire du gouvernement, dont elle est membre, s’est senti diffamé par les mots considérés « séditieux ».
Pourquoi est-ce que c’est Mme Bappoo, 6 ème dans la hiérarchie gouvernementale qui est envoyée au front plutôt qu’un autre membre du Cabinet ? Beaucoup se demandent si ce ne serait n’est pas elle-même qui se serait proposée volontaire comme procureur contre le leader MSM ? La réponse pourrait être que c’est, avant tout, une affaire de tempérament.
La ministre de la Sécurité sociale, une vieille de la veille de la scène politique locale est, en effet, connue pour être une va-t-en-guerre impénitente dont le zèle qu’elle met à confronter ses adversaires n’a pas de limites. Mme Sheila Bappoo compte près de 40 années d’engagement publique et tout dans son parcours tend à démontrer qu’elle est véritablement de la classe des « Faucons ». Peu importe qu’elle ait été au MMM, ensuite au MSM, puis au sein de l’éphémère Rassemblement pour la République, avant d’être convertie, à partir du début du présent siècle en « soldat Lalit travailliste », elle aura été impliquée dans tous les coups, y compris dans les coups fourrés.
Comme cela est toujours le cas, on n’est jamais mieux trahi que par les siens. Ou par ceux qui ont, à un moment ou une autre, été des nôtres. Surtout quand il y a une forte dose de rancoeur dans l’air. Mais, pour qui a vécu les événements fondateurs du MMM en 1969, il fallait une sacrée faculté de pouvoir lire dans la boule de cristal pour prédire qu’un jour c’est une Sheila Bappoo qu’on retrouverait en train de réclamer des sanctions judiciaires contre quelque « propos séditieux » envers l’autorité. « La Sédition » rappelons-le, est définie comme « appel à l’émeute, au soulèvement, à la révolte ».