Moment d’angoisse pour les passagers du vol AF5099-MK034, lundi dernier, à destination de Paris Charles de Gaulle lorsqu’un passager a constaté une fuite de carburant sur l’aile à travers son hublot avant d’en informer l’équipage. Du côté d’Air Mauritius, on assure que les pilotes étaient déjà conscients d’un problème technique sans en préciser la nature. Il n’en demeure pas moins vrai que d’aucuns se demandent ce qui aurait pu se passer si l’avion avait pris son envol avec cette fuite d’essence. Aurait-il  pu avoir des problèmes en vol ou faire face à un manque de carburant jusqu’à sa destination ?
L’avion, dont le départ était prévu à 22h35, avait déjà été retardé pour des problèmes techniques alors qu’il était encore à l’aérogare. Une annonce fut faite aux passa-gers à cet effet.  Une demi-heure plus tard sans autres explications l’aéronef se dirigea vers la piste pour le décollage. C’est là alors que l’avion était encore immobile qu’un passager constata de son hublot qu’un liquide s’en dégageait. De l’aile avec un débit relativement important puisque selon le passager«qu’une flaque s’est formée sur le tarmac». Toujours selon le témoin, il fit informer dans la discrétion le commandant de bord.
Celui–ci informa les passagers que le problème technique « était plus sérieux» qu’à l’origine et se dirigea vers le parking.   Les techniciens ont alors été appelés sur place pour les réparations.
Selon des témoignages obtenus par Week-End, les passagers sont restés plus de deux heures dans l’avion, le temps, selon le commandant de bord, de résoudre “le problème technique.” À 1h du matin, le problème n’ayant pu être résolu, les passagers ont alors été débarqués et déployés dans des hôtels à travers l’île. Ce n’est que le lendemain qu’ils ont pu reprendre un autre vol et sont arrivés à destination le mercredi soir.
Ce qui a valu à Air Mauritius de nombreuses plaintes des passagers outrés du manque de communication au niveau de l’équipage de bord du vol AF5099-MK034, et également de l’équipage au sol. Si Air Mauritius confirme qu’un “problème technique” est effectivement survenu sur ce vol, la compagnie soutient que le commandant de bord a pris les dispositions nécessaires pour éviter une catastrophe.
La compagnie aérienne nationale, insistant que “la sécurité des passagers demeure notre priorité et nous avons tout fait pour éviter tout incident”, dit également regretter les désagréments causés aux passa-gers, assurant que chaque doléance sera traitée au cas par cas.
Expérience traumatisante
“Comment se fait-il que des appareils qui ne répondent pas aux conditions de sécurité pour embarquer des passagers procèdent à l’embarquement?”, se demandent les passagers qui devaient se rendre, lundi soir, à Paris au départ de Maurice. Cela, après avoir vécu une expérience “traumatisante et qui aurait pu avoir de graves conséquences”, disent-ils, du fait qu’il y avait une fuite de carburant au niveau de l’aile gauche de l’A340.
C’est à cet insistant que les passagers ont été invités à quitter l’avion, avec leurs bagages à main et effets personnels, et à se rendre dans le hall des départs. Jean Marc Stassart, un des passagers, raconte  qu”à 1h, après plusieurs interpellations des passagers, les responsables au sol ont prié les voyageurs de se rendre au restaurant pour recevoir une collation. À 2h, nous avons été priés de repasser la frontière et à rejoindre le hall d’enregistrement, sans explication. Et là, nous avons patienté une demi-heure, toujours sans explication, avant d’être priés de faire la file pour obtenir des informations.” Selon lui, ce n’est que vers 3h que les passagers auraient appris que leur vol était finalement reporté pour le lendemain et qu’ils allaient être dirigés vers des hôtels.
Après un réel cafouillage, disent les passagers, ils ont été déployés dans différents hôtels et le lendemain, ils ont embarqué dans les cars qui les ont transportés à l’aéroport pour leur embarquement, sur le vol MK 037, pour leur départ qui a finalement eu lieu à 12h45 à destination de Paris où ils sont arrivés dans la soirée de mercredi.
Pour les passagers du vol AF5099-MK034, qui n’a pu décoller, “il y a eu faute grave du commandant de bord qui n’a pas prévenu les passagers du problème technique survenu sur cet appareil.” Et selon eux, “au lieu de procéder immédiatement au débarquement des passagers et au remorquage de l’appareil à distance de sécurité vis à vis des autres appareils et de l’aéroport, le Commandant de bord a sollicité l’intervention des techniciens au sol qui sont intervenus durant plus d’une heure pour colmater la fuite, augmentant le risque d’incendie ou d’explosion.”
MK soutient que le pilote était conscient du problème, d’où son retour immédiat au parking, assurant qu’il a assumé ses responsabilités sans mettre la vie de quiconque en danger. «Le pilote a effectivement noté un problème alors qu’il était engagé pour sortir de l’aérobridge, et il est revenu au parking pour avoir recours aux techniciens de sol en vue de résoudre ce problème. Nous avons communiqué avec les passagers, mais en général dans ce type de situation, l’équipage transmet des informations au fur et à mesure que la situation progresse. Il faut d’abord s’assurer que l’information fournie est précise”, dit la cellule de communication de MK. Elle  explique également que de par la nature du problème, il a fallu des interventions précises, qui n’ont pu se faire en quelques heures, d’où le débarquement des passa-gers – à qui MK ne voulait causer aucun tort – aux alentours de 1h, la situation relevant d’un AOG (Aircraft on Ground) qui en jargon aéronautique  indique que «that a problem is serious enough to prevent an aircraft from flying». “Cependant, vu l’heure tardive, il a fallu divers arrangements pour les passagers. Surtout en fonction de l’indisponibilité des chambres d’hôtel. Nous avons fait ce que l’on pouvait et nous avons réussi à trouver des solutions pour tous nos passagers”, explique-t-on chez Air Mauritius qui dit regretter les désagréments liés à cet aléa.
Indemnisations réclamées
La compagnie d’aviation nationale concède être en présence de nombreuses plaintes et comprend que cette situation a été difficilement vécue par les passagers. Si certains passagers évoquent leur droit à : un dédommagement à hauteur du risque (danger de mort) auquel ils ont été exposés, de par, selon eux, la violation délibérée des règles et procédures en matières de sécurité par le commandant de bord; et également un droit de dédommagement en réparations pour mauvais traitements auxquels ils ont été, selon eux, soumis, Air Mauritius réplique que les doléances seront traitées au cas par cas. “Chaque client sera traité en fonction de son cas et dépendant également des territoires où il se trouve, d’après les conventions et d’après les règlements en vigueur dans  pays amis aussi d’après le bon sens”, explique-ton chez Air Mauritius.
S’il apparaît que bon nombre de passagers soient plus intéressés à se faire dédommager des résultats de ce grave incident,  il semblerait qu’ils soient peu conscients qu’ils ont été épargnés d’une éventuelle catastrophe et qu’ils doivent une fière chandelle au passager qui a constaté le problème et aux pilotes qui ont finalement pris les bonnes décisions.