AFFAIRE DSK: classée aux USA après trois mois de "cauchemar" judiciaire

Le juge américain Michael Obus a levé mardi les poursuites contre Dominique Strauss-Kahn pour crimes sexuels, mettant fin à trois mois d'une rocambolesque saga judiciaire qui a coûté à "DSK" la direction du FMI et fait dérailler ses ambitions présidentielles en France.

"J'ai hâte de rentrer dans mon pays" après cette "épreuve terrible" et "injuste", a déclaré à la presse l'ancien patron du Fonds monétaire international en regagnant son domicile du sud de Manhattan quelques minutes après avoir bénéficié d'un non-lieu.

On ignorait cependant si l'ancien patron du FMI allait ou non pouvoir immédiatement récupérer son passeport et quitter les Etats-Unis.

Dans une déclaration écrite, il a remercié ses partisans après le "cauchemar" qu'il dit avoir traversé au cours des derniers mois. Il s'est dit impatient de "rentrer à la maison" et de "reprendre une vie plus normale".

"Je ne vois aucune raison de refuser" la demande de non-lieu, a déclaré le juge lors d'une audience d'une quinzaine de minutes. Sans surprise, le juge a suivi la réquisition du procureur qui a relevé des mensonges dans les déclarations de Nafissatou Diallo, la femme de chambre du Sofitel de New York qui accuse M. Strauss-Kahn de crimes sexuels.

Il a aussi rejeté une demande de nomination d'un procureur spécial déposée par les avocats de Mme Diallo. Mais ces derniers pourraient faire appel sur ce point précis et le juge a précisé que le non-lieu ne prendrait effet qu'une fois que cet appel aura été tranché.

Durant l'audience, la procureur Joan Illuzzi-Orbon a assuré que l'accusation ne prenait pas "à la légère" sa demande d'abandon des poursuites. La plaignante a vécu "une relation sexuelle épouvantable" avec M. Strauss-Kahn, mais l'affaire repose entièrement sur son témoignage et ne peut être prouvée de manière indépendante, a-t-elle ajouté.

Benjamin Brafman, l'avocat de M. Strauss-Kahn, a estimé devant le juge que l'abandon des charges était une "décision louable et courageuse, prise en considération de la réalité des faits, mais qui traduit également la grande intégrité" de l'accusation.

A sa sortie du tribunal, l'avocat de Nafissatou Diallo, Kenneth Thompson, a estimé que le procureur avait "abandonné une femme innocente" et lui avait "refusé le droit à la justice dans une affaire de viol".

Dominique Strauss-Kahn, l'air grave, était arrivé au tribunal une demi-heure avant le début de l'audience, vêtu d'un costume sombre et d'une chemise claire, en compagnie de son épouse Anne Sinclair, en jupe et gilet noirs.

Plusieurs dizaines de féministes manifestaient devant le tribunal. "DSK, honte à toi!" ou "Nafissatou, on te croit", pouvait-on lire sur des pancartes brandies par les manifestantes devant l'imposant bâtiment, sis dans le sud de Manhattan.

Le procureur Cyrus Vance, qui avait obtenu l'incarcération de M. Strauss-Kahn en mai, a annoncé lundi avoir demandé au juge l'abandon des poursuites contre M. Strauss-Kahn. S'il est établi que l'ancien patron du FMI a bien eu une relation sexuelle avec son accusatrice, rien ne permet de prouver avec certitude que cette relation était forcée, a expliqué M. Vance.

L'ancien ministre français était poursuivi pour sept chefs d'accusation, dont tentative de viol, agression sexuelle et séquestration.

Cyrus Vance a expliqué dans un long argumentaire de 25 pages que Mme Diallo, qui accuse DSK de l'avoir contrainte à une fellation dans une suite du Sofitel le 14 mai, avait menti de manière répétée aux enquêteurs.

La Guinéenne âgée de 32 ans a donné, selon le procureur, "trois versions contradictoires" de ce qui s'est passé après sa rencontre avec DSK. Confrontée à ses contradictions, elle a affirmé n'avoir jamais tenu les propos qu'on lui prêtait.

Les avocats de Mme Diallo ont lancé au début du mois une procédure civile devant un tribunal du Bronx, quartier populaire de New York, pour obtenir des dommages et intérêts après l'agression "violente et sadique" contre leur cliente.

A Paris, l'un des avocats américains de Nafissatou Diallo, Me Douglas Wigdor, a affirmé que de nombreuses femmes avaient contacté son cabinet pour témoigner contre Dominique Strauss-Kahn.

En France, le classement le dossier a été accueillie avec soulagement par les socialistes, candidats à la primaire y compris. Pour autant, l'avenir politique de Dominique Strauss-Kahn sur la scène française reste incertain et nul ne se risque à envisager qu'il soit candidat à la présidentielle de 2012.

Ségolène Royal, candidate à la primaire socialiste, a estimé mardi qu'une "page importante se tourne" pour Dominique Strauss-Kahn et que "les socialistes continuent d'être au travail".