AFFAIRE DSK: le procureur demande au juge l'abandon des poursuites

Dans une extraordinaire volte-face, le procureur de New York a demandé lundi à un juge d'abandonner les poursuites contre Dominique Strauss-Kahn, une décision immédiatement dénoncée comme un déni de justice par l'avocat de la femme de chambre guinéenne.

"Le procureur Cyrus Vance a refusé le droit d'une femme à obtenir justice dans une affaire de viol. Il n'a pas seulement tourné le dos à une victime innocente mais aussi aux preuves matérielles dans cette affaire. Si le procureur de Manhattan, qui est élu pour protéger nos mères, nos filles, nos soeurs, nos femmes et tous ceux que nous aimons, ne les défend pas quand elle sont violées ou sexuellement agressées, qui le fera?" a déclaré Kenneth Thompson après une brève rencontre de sa cliente avec le procureur.

Les avocats de Dominique Strauss-Kahn, confirmant l'abandon des poursuites, se sont dits "reconnaissants. Nous avons dit depuis le début que notre client était innocent", ont-ils ajouté dans un communiqué.

Auparavant, Nafissatou Diallo, 32 ans, la femme de chambre qui accuse l'ancien patron du FMI de l'avoir contraint à une fellation le 14 mai au Sofitel de Manhattan, avait été reçue une dizaine de minutes dans les bureaux du procureur.

Gilet gris et pantalon noir, piercing à la narine droite, elle n'a rien dit après la rencontre, alors que don avocat dénonçait un déni de justice devant une masse de journalistes.

Une audience est prévue mardi au tribunal, et si, comme tous les experts le pensent, le juge accepte la demande du procureur, Dominique Strauss-Kahn, 62 ans, sous le coup de sept chefs d'accusation, dont tentative de viol, agression sexuelle et séquestration, sera libre de rentrer immédiatement en France.

Le formidable bras de fer judiciaire, qui oppose depuis trois mois l'ancien patron du FMI et une femme de chambre guinéenne du Bronx, pourrait ainsi trouver son épilogue sans que l'on sache jamais ce qui s'est passé dans la suite 2806 du Sofitel.

M. Strauss-Kahn, auquel cette affaire a coûté son poste de directeur général du Fonds monétaire international, avait plaidé non coupable le 6 juin. Ses avocats ont parlé d'une relation consentie, et décrit une femme uniquement intéressée par l'argent.

Le procureur, à l'origine de la spectaculaire arrestation de DSK le 14 mai, avait fin juin émis des doutes sur la crédibilité de son accusatrice, et sa capacité à convaincre un jury. Il avait expliqué qu'elle avait menti à plusieurs reprises aux enquêteurs sur son passé et sur ce qui s'était passé tout de suite après les faits présumés. Elle avait également longtemps refusé d'admettre une conversation téléphonique -enregistrée- où elle aurait évoqué le 15 mai avec un ami emprisonné la fortune de M. Strauss-Kahn.

Dans une étonnante interview télévisée fin juillet, la jeune femme, illettrée, avait elle-même reconnu des erreurs. Mais elle avait assuré qu'elle disait la vérité, en racontant les larmes aux yeux et avec force détails l'agression dont elle aurait été victime le 14 mai.

Une condamnation au pénal ne peut être obtenue à New York que par un jury unanime, convaincu "au delà du doute raisonnable".

La fin de la procédure pénale ne met cependant pas un point final à l'affaire aux Etats-Unis. Les avocats de Nafissatou Diallo ont en effet lancé au début du mois une procédure civile devant un tribunal du Bronx pour obtenir des dommages et intérêts après l'agression "violente et sadique" contre leur cliente.

Lundi l'avocat de Mme Diallo a tenté une enième démarche, demandant à un juge de dessaisir le procureur Vance. Mais aucun expert n'y a accordé la moindre importance.