AFFAIRE LEGENDS:Mais qui a tué Michaela Harte ?

Le cas de Michaela Harte reste un mystère à ce jour. Si ce ne sont pas les deux anciens employés de l’ancien hôtel Legends acquittés aux Assises, qui a bien pu commettre ce crime atroce ? La MCIT évincée, l’enquête a été rouverte avec l’aide du Central CID. L’image « paradisiaque » de Maurice garde encore des séquelles de la mort de l’Irlandaise très appréciée dans son pays.
Cette affaire a fait couler beaucoup d’encre à Maurice comme en Europe, surtout en Irlande. Avec plus d’une vingtaine de journalistes présents en Cour d’assises, ce procès a, sans nul doute, été le plus médiatisé et l’un des plus longs (sept semaines) de l’histoire mauricienne. Ce crime atroce, jusqu’ici impuni, a entaché la réputation du pays, causant une vague d’austérité contre certains Mauriciens vivant en Irlande.
John McAreavey a épousé Michaela Harte le 30 décembre 2010 en Irlande avant d’entreprendre un voyage à Dubaï puis à Maurice. Le 10 janvier 2011, la jeune mariée a été agressée et a perdu la vie alors qu’elle se trouvait dans la chambre 1025 de l’ex-hôtel Legends. Selon son époux, elle y serait allée chercher des biscuits.
Après la découverte du corps inanimé de Michaela Harte par son époux John McAreavey, les choses sont allées incroyablement vite. La Major Crimes Investigation Team (MCIT) arrête plusieurs personnes dont deux qui seront ensuite présentées au grand public comme étant les assassins de la jeune Irlandaise. Avinash Treebhoowoon et Sandip Moneea seront, après une enquête préliminaire à Mapou, déférés aux Assises. Le procès est présidé par le juge Prithviraj Fekna.
En Cour, malgré les efforts des représentants du bureau du directeur des poursuites publiques, le jury a décidé d’accorder le bénéfice du doute aux deux hommes. Ce qui étonne, c’est surtout le verdict unanime des neufs représentants de la souveraineté du peuple. Le 12 juillet, alors que les deux hommes qui sont restés en détention préventive pendant 18 mois embrassaient le doux parfum de la liberté avec leur famille, les gros titres irlandais affichaient : « No Justice for Michaela. »
Selon le Chief Police Medical Officer Dr Soodesh Kumar Gungadin, Michaela Harte a été étranglée à mains nues dans sa chambre. Les agresseurs auraient tenté de dissimuler les preuves en plongeant le corps dans la baignoire. Le médecin légiste a soutenu que la mort de l’Irlandaise se situe entre 15 h 30 et 16 h et que l’asphyxie peut survenir après deux minutes seulement.
La crédibilité des témoins de la poursuite a été rudement mise à l’épreuve durant ce procès et le jury a eu du mal à discerner le vrai du faux dans les témoignages. Entre les allégations de brutalités policières et le témoignage des médecins ainsi que des accusés, les versions se succèdent mais ne collent pas.
Concernant les allégations de brutalités policières à l’encontre d’Avinash Treebhoowoon, Me Sanjeev Teeluckdharry a fait appel à deux médecins comme témoins de la défense. Le Dr Chiniah, qui a examiné l’accusé Treebhoowoon, a soutenu que sa blessure à l’oreille était due à une infection.
Coup de théâtre. À un moment où les pièces du puzzle paraissaient s’assembler, Govinden Saminaden vient perturber le dossier de la poursuite. Ce témoin à charge donne un alibi à Sandip Moneea en disant que ce dernier était en sa compagnie dans la chambre 1009 au moment du meurtre. Il ajoute qu’il aurait été forcé de dire des choses contre sa volonté. « Sak fwa ki mo koz laverite zot bouskil mwa, zot dir mwa sign isi sign laba… Zot amenn mwa dan lot lasam ek dir mwa zot pou ferm mwa… Ler mo dir zot zot pe fer erer zot pa le aksepte… Telma monn boulverse mo pa kone ki ti pe ariv mwa », devait-il dire devant le jury.
Autre rebondissement, l’un des avocats se retire en cours de procès. Me Ravi Rutnah aurait été malmené par les hommes de la MCIT. Ces derniers disent qu’il n’en est rien. Par ailleurs, une vidéo montrant un couple à la réception vers 15 h, fait débat. Suggérant au début que ce pourrait être le couple irlandais, la défense a par la suite fait comprendre qu’elle n’allait pas insister sur ce point.
Avinash Treebhoowoon a raconté à la cour ce qui se serait passé quand il a été arrêté. Les menaces de la MCIT auraient débuté sur le parking de hôtel lorsqu’une policière lui aurait dit : « Si to pa dir to pou al pas dan enn sok kot to mem to pa pou krwar. » À la CID de Piton, il aurait été giflé. À Port-Louis, il aurait été contraint de se dévêtir, avant de recevoir des coups à l’aide d’un tuyau sur les talons. Treebhoowoon aurait alors été contraint de signer une déposition dictée par le PC Manoovaloo et enregistrée par le CI Gérard.
Me Rama Valayden s’est adressé au jury en s’inspirant de son mentor sir Gaëtan Duval, qui n’a jamais perdu un procès devant les Assises. Il n’y a pas de doute que son speech « duvalesque » a largement contribué à l’acquittement des deux hommes malgré le discours éloquent du Principal State Counsel Me Medhy Manrakhan. Cinq mois après la décision souveraine du jury, la question reste entière. Qui a tué Michaela Harte ?


La famille McAreavey poursuit le “Sunday Times” et l’ex-Legends
Les Conseils légaux de John McAreavey (veuf de Michaela Harte), Mickey Harte (père de la victime), Marian Harte (mère de la victime) et les trois frères de l’enseignante irlandaise Mark, Michael et Matthew ont logé deux plaintes en Cour suprême. Une contre le rédacteur en chef du Sunday Times, Imraan Hosany et Starprint Co Ltd et l’autre contre l’hôtel Legends.
S’agissant de l’hôtel, la famille Harte réclame 1,3 million de livres sterling (Rs 65 millions). Selon eux, l’ex-Legends a failli à son devoir en ne faisant pas de l’hôtel un « endroit sûr » afin d’assurer que ses clients y soient en sécurité. Cela constituerait une faute de la part de cet hôtel 5 étoiles rebaptisé LUX* Grand-Gaube. Ils reprochent également à l’établissement de n’avoir pas « coopéré dans l’enquête policière ».
La famille de la jeune enseignante veut honorer sa mémoire et cet argent devrait aller à la Michaela Harte Foundation pour aider les enfants en difficulté.
S’agissant du Sunday Times, une plainte en réclamation de Rs 25 millions a été logée. L’hebdomadaire avait publié dans son édition du 15 juillet 2012, une série photos prises par la Scene of Crime Office (SOCO), montrant le corps inerte de Michaela Harte en bikini dans sa chambre d’hôtel. Ces mêmes photos avaient été déposées devant la Cour d’assises durant le procès contre Avinash Treebhoowoon et Sandip Moneea. Ces clichés, selon la famille, ne relèvent pas de l’intérêt public et constitueraient une « atteinte à la vie privée et à la dignité humaine ».
Rappelons que les locaux de Sunday Times avaient été fouillés de fond en comble par le Central CID. Une charge provisoire d’outrage against public & religious morality a été logée contre Imraan Hosany.
 


Moneea et Treebhoowoon contre-attaquent…
Les deux anciens employés de l’ex-Legends, accusés de l’assassinat de Michaela Harte et relaxés, veulent obtenir réparation pour la « gêne » occasionnée. Avinash Treebhoowoon, ancien valet de chambre, et Sandip Moneea, ancien superviseur, réclament respectivement Rs 75 millions et Rs 80 millions à l’État, au Commissaire de police et à certains membres de la Major Crimes Investigation Team (MCIT).
Ils soutiennent que les défendeurs auraient commis une « faute » en les arrêtant et dans la façon de conduire l’enquête policière. Les membres de la MCIT poursuivis au civil sont : l’ancien Assistant Commissionner of Police (ACP) Soopun (ancien responsable de la MCIT), le Chef inspecteur (CI) Gérard, et l’inspecteur Jokhoo. Avinash Treebhoowoon et Sandip Moneea, n’ayant pas obtenu la liberté conditionnelle, ont passé quelque 18 mois en détention préventive malgré les motions formulées par leurs avocats.
Avinash Treebhoowoon et Sandip Moneea soutiennent que leur réputation ont été ternies sur le plan local et international à cause de l’« amateurisme » dont a fait preuve de la police. Les deux anciens employés de l’hôtel de luxe sont sans emploi depuis le 12 juillet, date de leur acquittement.