L’agriculture raisonnée, comme cela se pratique depuis quelques années déjà à l’île de La Réunion où l’accent est mis sur la terre nourricière, a fait son entrée à Maurice. À Côte-d’Or, dans le centre de l’île, Amarjeet Beegoo, planteur de longue date, cultive actuellement la carotte de « manière raisonnée » sur une superficie de sept arpents, avec l’apport d’intrants bio. Avant la carotte, il avait cultivé du giraumon sur cette terre. Le rendement a été plus qu’excellent, dit-il.
Amarjeet Beegoo nous fait visiter sa plantation couverte de mauvaises herbes, qui n’en contient pas moins de très belles plantes de carottes. En arrachant quelques-unes, on découvre de grosses carottes pesant plus de 300 grammes l’unité. « Ce sont des carottes bio, sans intrants chimiques, ni fertilisants, ni pesticides », indique-t-il. S’agissant des mauvaises herbes qui couvrent sa plantation, l’agriculteur sourit et déclare : « On nous a toujours fait croire qu’il faut enlever les mauvaises herbes pour que la plante pousse bien et donne un bon rapport. C’est faux, le rendement ne diminue pas à cause des mauvaises herbes. La preuve est dans ma plantation. Voyez vous-même. »
« Cette technique agricole s’appelle l’agriculture raisonnée », dit-il, avant d’expliquer pourquoi il a décidé d’y avoir recours, à part son intérêt pour l’écologie et l’environnement. « De 2000 à ce jour, les prix des pesticides ont augmenté de 700 %. De plus, la moitié des pesticides qui étaient disponibles auparavant ne le sont plus. Qui plus est, cette année, au moins trois pesticides, dont le Confidor et le Selecron, ont été interdits en raison d’abus de la part des planteurs qui, selon le gouvernement, tuent les abeilles ».
Aidé par sa formation antérieure, d’abord à l’Université de Maurice où il a appris l’agriculture durable, ensuite aux États-Unis, en Italie et en Inde, où il a appris la technique de « zero-budget natural farming », il a ainsi décidé de pratiquer l’agriculture « autrement ». « Sans intrants chimiques, parce qu’ils sont chers, et aussi en utilisant les mauvaises herbes comme fumier et en pratiquant le mixed-farming ».
Amarjeet Beegoo s’approvisionne en bio auprès de Bio-Edge, une compagnie qui importe des produits organiques, dont des fertilisants et des minéraux, des boosters, des suppléments dont les planteurs ont théoriquement besoin pour faire du bio. Le Managing Director de Bio-Edge, Gabriel Doherty Bigara, indique que sa compagnie importe également des systèmes hydroponiques et aéroponiques qu’on ne trouve pas ailleurs sur le marché. « Nous avons commencé il y a six mois et nous travaillons avec les petits planteurs. Nous avons aussi tout ce dont ont besoin les particuliers et aussi les professionnels, pour faire du bio dans le back-yard gardening », dit-il.
Selon M. Beegoo, les produits bio améliorent la structure de la terre qui a été abîmée par l’abus des fertilisants pendant des années. « Nous avons utilisé les fertilisants pour la canne à sucre, sur les conseils des experts de l’époque, dans la culture des légumes. Ils nous avaient fait croire que ces fertilisants chimiques allaient nous donner un meilleur rendement en légumes. Aujourd’hui, eux-mêmes parlent du bio, après avoir détruit la structure de notre terre. Bio-Edge vient tout remettre en place », déclare notre interlocuteur.
Bien qu’intéressé par la technique de « zero-bugdet natural farming », Amarjeet Beegoo ne se voit pas courir derrière une vache pour avoir son urine et sa bouse afin de préparer le fumier à être utilisé dans sa plantation. « Ensuite, je dois nourrir et entretenir la vache. En Inde, ils le font parce qu’il y a beaucoup de vaches ; ici, il n’y en a presque plus », souligne-t-il. Amarjeet Beegoo préfère mettre l’accent sur la terre, améliorer sa structure grâce aux intrants bio et cultiver en rotation afin de rendre ses plantes résistantes aux maladies et aux attaques des insectes.