Du thé chinois produit à Maurice et vendu aux consommateurs locaux et aux touristes. Telle est la démarche du Kuanfu-Tea, une entreprise chinoise créée il y a trois ans par un entrepreneur chinois, qui a ouvert son premier point de vente à Grand-Baie La Croisette. Le ministre de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun, a déclaré que M. Kuanfu est quelqu’un de « déterminé », car cet entrepreneur a cru dans la qualité du thé mauricien, qu’il qualifie à cet effet de « meilleur thé au monde ». C’était jeudi à l’occasion de l’inauguration, à Grand-Baie La Croisette, du premier point de vente du Kuanfu-Tea, un thé chinois produit à Maurice. Le ministre relève ainsi que M. Kuanfu « a développé un nouveau mélange de thé noir avec notre thé mauricien et introduit de nouvelles façons de consommer et de vendre du thé au sein de l’île ». Avec l’ouverture de son entreprise il y a trois ans, M. Kuanfu a, selon le ministre, « travaillé dur ces dernières années pour trouver sa voie dans cet environnement sceptique, avec comme mission de faire revivre l’industrie locale du thé ». Et de poursuivre : « Il a su convaincre tout le monde que cette entreprise est possible. » Faisant l’historique de cette industrie, Mahen Seeruttun a indiqué que le thé est cultivé à Maurice depuis l’époque de la colonisation française et était encouragé par Pierre Poivre dans les années 1770. Mais ce n’est qu’un demi-siècle plus tard, sous le règne colonial britannique, que de réelles tentatives étaient faites pour exploiter le thé comme une activité économique dans l’île. « L’importation de la main-d’oeuvre chinoise était alors autorisée par le gouvernement britannique pour développer et consolider la capacité locale des opérations », a-t-il dit, avant d’ajouter que la démarche de Kuanfu-Tea témoigne des liens grandissants entre la Chine et Maurice. Le ministre a rappelé le rôle de second plan, après le sucre, qu’a joué le thé à Maurice. Et ce n’est que lorsque le prix du sucre a chuté sur le marché mondial dans les 1930 que la première campagne de diversification agricole a été mise en place dans l’île. Cette campagne stimula des initiatives d’investissements de la part du secteur public, mais aussi du privé, et de grandes superficies de terres sous culture de cannes à sucre étaient converties en plantations de thé dans les régions humides de Bois-Chéri, de La Flora et de Nouvelle-France. C’était aussi un moyen de création d’emplois en masse et d’allégement de la pauvreté. Vers le milieu des années 80, Maurice cultivait un total de 3 710 hectares de thé et comptait neuf usines qui produisaient environ 8 000 tonnes de thé noir annuellement, dont 7 000 étaient exportées, rapportant au pays des devises d’une valeur de Rs 250 M, à l’époque. Malheureusement, la hausse des coûts de production et la compétition grandissante sur le marché mondial amena la fermeture de cette industrie, du moins du côté du secteur public. En conséquence, un millier de terres sous culture de thé était converties en culture de cannes à sucre et de légumes. Mahen Seeruttun a indiqué qu’aujourd’hui, le pays ne produit que 1 500 tonnes de thé dans trois usines sur une superficie de 672 hectares. De ce volume, seulement 50 à 60 tonnes sont exportées pour une valeur de Rs 13 M. Pour sa part, M. Kuanfu a estimé que Maurice est un « paradis » pour la culture du thé. « L’île offre un environnement naturel pour la croissance du thé. Le thé noir que nous produisons à Maurice est conforme à la norme du bon thé, sans intrants chimiques et sans pollution », a-t-il déclaré. De son côté, l’ambassadeur chinois à Maurice, Li Li, a déclaré que malgré ses problèmes, le thé reste toujours une tradition à Maurice et en Chine. Selon lui, le thé Kuanfu peut aider au développement durable du thé mauricien. « Ce qui devrait, a-t-il indiqué, contribuer aussi au développement du tourisme chinois à Maurice. »