Ahmad Owadally, âgé de 78 ans, est le patron d’Owadally Coach Works, un atelier de carrosserie, à Highlands. Depuis son jeune âge, la fabrication de carrosseries le passionne. Il aspirait à emboîter le pas à son père, Osman, qui avait ouvert son atelier en 1935. Aujourd’hui, il demeure l’un des piliers de la carrosserie d’autobus et de camions à Maurice. Rencontre…

À l’époque, Osman fabriquait des carrosseries en bois dans son atelier, qui se trouvait à Phoenix, et avait même employé quelques personnes pour travailler avec lui. Par la suite, il a évolué et a commencé à fabriquer des carrosseries pour des autobus. « Les bus d’autrefois ne sont pas les mêmes que nous voyons sur nos routes aujourd’hui.

Osman Owadally posant avec des amis devant un chassis

Il n’y avait que des sièges et aucun espace pour voyager debout. Mon père a monté plusieurs de ces bus à l’époque », avance Ahmad. Ce dernier n’avait que 12 ans quand il a commencé à travailler avec son père. « Je m’en souviens encore. J’avais 12 ans et je venais de finir l’école primaire. Ma famille n’avait pas les moyens de financer des études avancées. Mon père m’a alors employé dans son atelier et j’ai travaillé comme manœuvre sous son aile. À l’époque, la situation n’était pas favorable à Maurice, car beaucoup de gens n’avaient pas d’emploi et arrivaient à peine à nourrir leurs familles. Donc, au lieu d’aller chercher ailleurs, je me suis dit pourquoi ne pas travailler avec mon père. J’ai développé une grande passion pour ce métier », explique le patron d’Owadally Coach Work.

Pendant huit années, Ahmad a appris les techniques du métier de son père. Alors qu’il était prêt à assurer la relève, son père s’est vu forcé de fermer l’atelier. Au chômage, il prend emploi à l’United Bus Service (UBS).
Cependant, il n’y fera pas long feu. Trois ans plus tard, il démissionne de son poste pour ouvrir son propre atelier. Amoureux de la carrosserie, il décide de garder en vie ce que son père a commencé. « L’atelier de mon père a rouvert ses portes. Au départ, je fabriquais des portes, des fenêtres et des antivols en métal. Mais au fil des années, la compagnie UBS m’a proposé de fabriquer des carrosseries pour ses bus », nous raconte-t-il.

C’était en 1976. Ahmad comprend alors que l’atelier de son père « est trop petit » pour ce genre de travail. Il fait alors l’acquisition d’un terrain à Highlands, où il devient pionnier en matière de carrosserie. Petit à petit, d’autres compagnies de transports sont venues s’ajouter à sa clientèle. « Nous fabriquons des carrosseries non seulement pour les bus, mais également pour les camionnettes et les camions. Nous prenons également des commandes pour de petites structures en métal. À l’époque où j’avais rouvert l’atelier, je n’avais embauché que trois personnes pour travailler avec moi. Aujourd’hui, j’ai une quinzaine d’employés qui exercent dans mon atelier », soutient l’entrepreneur.

Diversification

Owadally Coach Works prend principalement des commandes des compagnies d’autobus individuels. « Autrefois, les carrosseries des bus se faisaient à Maurice. Or, de nos jours, la majorité des compagnies d’autobus travaillent avec des compagnies étrangères, qui leur livrent leurs véhicules presque prêts. Les compagnies d’autobus n’ont qu’à compléter le montage à Maurice. Il ne reste plus que les compagnies individuelles qui font toujours leur carrosserie à Maurice », explique Ahmad.

Pour que l’histoire ne se répète pas et que la compagnie puisse survivre, Ahmad décide de diversifier ses services. « Outre les autobus, nous prenons des commandes pour monter la carrosserie de camionnettes et de camions. Nous travaillons avec des agences de renom, comme CFAO ou AXESS. Le client ne nous envoie que son châssis et nous lui renvoyons un transport prêt », explique notre interlocuteur.

Comment se déroule le montage d’un bus ? Ahmad Owadally nous explique que le client envoie un châssis à l’atelier. Là, ses hommes le prennent en charge et le transforment en véhicule. La première étape des procédures de montage est de placer les barres de fond sur le châssis. Les hommes d’Ahmad Owadally « habillent » ensuite le sol. Par la suite, ils placeront les panneaux de carrosserie, soit les côtés gauche et droit, ainsi que le devant et la face arrière. Puis vient le tour du dôme. Une fois bien placée, la carrosserie est boulonnée.

Place maintenant à l’étape d’ornement. La carrosserie est entièrement peinte, selon la couleur choisie par le client. Puis les vitres sont placées ainsi que le pare-brise, les sièges et les clignotants, entre autres. Ensuite, les ouvriers travailleront l’intérieur du véhicule, s’occupant notamment de l’installation du câblage, des portes, de l’éclairage, de la sonorisation, des équipements de sécurité et du tableau de bord, entre autres. « Tous ces travaux prennent deux mois. Cela dit, le véhicule est livré après deux mois au client. Mais pour les camionnettes et camions, dont les étapes de montage diffèrent et sont plus simples, nous pouvons assurer la livraison en trois semaines ou un mois », dit-il.

Ahmad a pris la relève de son père. Aujourd’hui, il s’estime heureux que son fils, Osman, qui porte le nom de son grand-père, montre un grand intérêt pour ce métier. « Maintenant, je suis sûr que le métier ne s’éteindra pas. Mon fils, Osman, travaille dans l’atelier avec moi. Il a compris tous les dessous du métier et je suis heureux qu’il puisse assurer la relève après moi », avance Ahmad. Pour sa part, Osman indique qu’il s’est joint à l’entreprise de son père dès qu’il a terminé ses études. « J’ai grandi en voyant mon père fabriquer des carrosseries. Le métier, notamment les techniques de montage, m’intriguait. Du coup, j’ai fini par développer une énorme passion pour ce domaine », explique le jeune homme.