AJAY GUNESS, SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DU MMM : « Le retrait de SAJ doit obligatoirement être suivi par des élections générales »

À une semaine de la célébration du 47e anniversaire du MMM, Ajay Guness fait le point sur l’actualité politique dans cette interview. Le secrétaire général des mauves estime que si sir Anerood Jugnauth décidait de quitter ses fonctions comme Premier ministre, des élections générales devraient être organisées afin de laisser l’électorat choisir celui qui dirigera le pays. Il préconise également un rassemblement des militants sincères et estime qu’une entente entre le MMM et les partis de gauche est possible. Le MMM, insiste-t-il, se prépare à aller seul aux élections générales avec Paul Bérenger comme Premier ministre pour cinq ans.

Le MMM se prépare à célébrer son congrès anniversaire la semaine prochaine. Cette célébration du 47e anniversaire marquera-t-elle un tournant pour le MMM depuis la défaite électorale de décembre 2014 ?
Permettez-moi d’abord de condamner énergiquement les attaques contre les banderoles du MMM installées à travers l’île dans la perspective de la célébration de notre 47e anniversaire. Dans plusieurs régions, nos banderoles ont été coupées. Ce sont des actes de lâcheté qui indiquent un sentiment de panique chez nos adversaires politiques et un acte inacceptable dans une démocratie comme Maurice.
Pour revenir à la question, je dois dire que le congrès organisé l’année dernière à l’occasion du 46e anniversaire de la création du parti a été un succès. Nous mobilisons actuellement tous nos militants en vue de la célébration du 47e anniversaire du MMM cette année pour converger vers Réduit. Alors qu’au sein du gouvernement les cafouillages et les confusions se succèdent et que l’absence de leadership se fait sentir, il est plus que jamais nécessaire de mobiliser les militants à travers le pays en leur demandant de ne pas perdre espoir et de transmettre un message fort à la population. Nous sommes satisfaits que le thème choisi pour notre congrès, « enn gouvernman prop et konpetan, zis MMM sa », est le plus approprié dans les circonstances actuelles.
Nous avons vu le cafouillage autour du communiqué du Conseil des ministres, qui a été publié en deux versions vendredi afin d’annoncer la renaissance de Heritage City. Ce qui a été démenti le lendemain, samedi, par le leader du MSM, Pravind Jugnauth. Dans sa conférence de presse, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, reconnaît lui que le mot “revived” a été un mauvais terme. De plus, SAJ a révélé que le deuxième communiqué, qui inclut Heritage City, a été introduit à la demande de Roshi Bhadain sans qu’il n’ait été consulté au préalable en tant que chef du gouvernement.
On peut dire que la confusion est à son comble. On a jamais vu cela dans les annales gouvernementales. Après avoir observé le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir, nous pouvons, sans nous tromper, dire que dans de nombreux cas celui-ci est pire que le régime de Ramgoolam. Au niveau de l’éducation, les élèves ont l’impression d’avoir été trompés par le gouvernement car son programme électoral indique clairement qu’il paiera les frais d’examens de tous les élèves pour le SC et le HSC. Il n’a jamais été question de conditions. C’est pour cette raison que les élèves se révoltent.
Le message que nous envoyons est qu’il ne faut pas croire que tous les politiciens sont les mêmes et que tous les partis politiques sont identiques. Il ne faut pas perdre espoir. Le MMM a fait ses preuves lorsqu’il a été au gouvernement de 2000 à 2005, dirigeant le pays avec discipline. Il y a eu des réalisations dans beaucoup de domaines, il y a eu création d’emplois. Trente-cinq collèges ont été construits. De nouveaux piliers économiques ont émergé, dont celui des TIC et la Cybercité. Il y a également eu la construction de nouveaux hôpitaux, celle du centre de conférence Swami-Vivekananda. Il y a eu du progrès, du développement et de la discipline dans le pays. Le MMM est aujourd’hui un rempart contre toutes les formes d’injustices et “dominer”. C’est pourquoi nous invitons les Mauriciens à venir nombreux au congrès de la semaine prochaine.

Il faut toutefois reconnaître que le MMM d’aujourd’hui n’est pas celui de 2010 ou de 2014, ce parti s’est effrité. Vos commentaires ?
Il est vrai que notre alliance avec le Parti travailliste nous a coûté cher. Il ne faut pas passer par quatre chemins. Beaucoup de militants qui n’étaient pas d’accord avec cette alliance lors des dernières élections se sont soit abstenus soit on “bat-karte”. Mais il y a un facteur qui joue en notre faveur. Les militants ont toujours voulu que le MMM aille seul aux élections. Maintenant que le MMM a affirmé haut et fort que nous nous présenterons seuls aux élections générales, il est clair que les militants qui étaient partis reviennent au bercail. De plus, actuellement notre meilleur agent c’est le gouvernement. Nous avons connu des moments difficiles durant les six premiers mois post-élections générales. Nous rebondissons très bien et aussitôt que nous aurons terminé le congrès anniversaire, nous organiserons des congrès régionaux aux quatre coins du pays pour mobiliser nos forces et préparer l’avenir avec sérénité.

Êtes-vous d’avis que l’après-Jugnauth est pour bientôt ?
It’s prime time pour parler de l’après-Jugnauth. Anerood Jugnauth ne peut plus diriger le pays. Ce qui s’est passé la semaine dernière avec le Conseil des ministres en est une preuve flagrante, démontrant qu’il n’a plus l’autorité nécessaire sur ses troupes. Il n’a plus un sens de leadership. Plus il reste en poste comme Premier ministre, plus il fait du tort à ce pays.

Le leader du MMM a jusqu’à présent affirmé qu’après le départ d’Anerood Jugnauth, le MMM respectera la décision prise par la présidence, conformément à la Constitution. Pourquoi ne pas demander directement la tenue d’élections générales ?
Si Anerood Jugnauth se retire pour n’importe quelle raison, nous respecterons la Constitution. C’est la Présidente de la République qui aura une grande responsabilité parce qu’il lui faudra avoir beaucoup de consultations. Il est vrai que si Pravind Jugnauth commande une majorité parlementaire, il peut devenir Premier ministre. Cependant, il faut reconnaître que cela n’a pas été le choix de l’électorat lors des dernières élections. En ce qui me concerne, je m’aligne à la position de Jack Bizlall qui estime que le retrait d’Anerood Jugnauth comme Premier ministre doit être suivi par des élections générales afin de laisser la population choisir celui qui dirigera le pays.

Toute éventualité d’alliance entre le MMM et le MSM est-elle exclue ?
Il n’a jamais été question d’un rapprochement avec le MSM, d’autant plus qu’ils font un tort immense à la population actuellement. Pas un jour ne passe sans qu’on ne voie émerger un nouveau scandale. Le PMSD parle de « rezilta lor rezilta ». Ce qu’on voit en vérité c’est « fane lor fane », « kafouyaz lor kafouyaz », « skandal lor skandal ». La population vit un cauchemar.
Il n’a jamais été question de rapprochement. C’est uniquement une remarque faite sur le Budget, enlevée de son contexte qui a créé cette impression. Il n’y a pas eu de rapprochement, il n’y aura pas de rapprochement. Le MMM se prépare activement à aller aux élections générales seul. Plus intéressant, Navin Ramgoolam a également souhaité aller aux élections générales seul. C’est la meilleure chose qui puisse se produire pour le pays, c’est-à-dire, une lutte séparée entre le MMM, le PTr et le MSM, et pourquoi pas le PMSD également.

L’alliance avec le PTr est donc également exclue ?
Nous avons toujours dit que Navin Ramgoolam a été démonétisé et a fait beaucoup de tort au pays. Il n’est pas question de conclure une alliance avec le PTr avec Navin Ramgoolam à sa tête.

À un certain moment, l’idée d’un rassemblement de militants a émergé. Cela vous interpelle-t-il ?
Cette idée a toujours été dans l’air. Le MMM a été formé pour reprendre la lutte des travailleurs après les déviations du Parti travailliste. Les militants ont toujours eu des valeurs. Lorsqu’on observe la situation du pays aujourd’hui, c’est une occasion pour unifier la force des militants. Un rassemblement des militants sincères qui veulent sauver ce pays est plus que jamais souhaitable. Cela peut se produire dans six mois, dans un an ou deux ans. Nous rabattons nos troupes et accueillons les militants qui nous avaient délaissés durant les dernières élections générales. En même temps, s’il faut à l’avenir nous entendre avec des partis de gauche dans l’intérêt du pays, il nous faudra le faire en mettant de côté nos divergences. Dans les grandes lignes, les partis de gauche peuvent s’entendre sur beaucoup de sujets. S’il nous faut nous regrouper pour sauver le pays, on le fera.

Durant les deux dernières années, on a vu deux dirigeants et pas des moindres, à savoir Ivan Collendavelloo et Alan Ganoo, quitter le MMM. Ces séparations sont-elles définitives ?
Ivan Collendavelloo, pour qui j’ai beaucoup de respect, s’est associé à des gens qui font beaucoup de tort au pays et avec lesquels je n’aurais jamais pensé qu’il le ferait. De plus, le seul agenda d’Ivan Collendavelloo est la rancune envers Paul Bérenger. D’ailleurs, je ne comprends plus sa prise de position sur beaucoup de sujets y compris par rapport au Directeur des Poursuites Publiques (DPP). Pour moi, Ivan Collendavelloo n’est pas celui qui avait claqué la porte au MMM sur la base d’un principe pour avoir signé un passeport.
Quant à Alan Ganoo, quand il a quitté le parti il a commencé par jouer à l’opposition loyale. Puis il a essayé de voir s’il pouvait entrer au gouvernement. Ce n’est que ces derniers temps qu’il a commencé à faire de l’opposition. Nous verrons. Aussi longtemps qu’il fait un travail d’opposition, peut-être qu’on pourrait s’entendre sur une ligne d’action de l’opposition. S’il recommence à avoir un pied dans le gouvernement et un autre dans l’opposition, la question d’entente ne se posera pas. L’avenir le dira.

Paul Bérenger estime qu’Alan Ganoo a commis « une trahison ». Ce qui ne facilite pas le rapprochement…
Je dis moi aussi la même chose. Il est vrai que Ganoo a commis une trahison. Sans mettre toute l’alliance PTr-MMM sur ses épaules, il faut reconnaître qu’il a été un des architectes de celle-ci. Lorsqu’on a perdu les élections, sachant que nous passerions par des moments difficiles, le leader l’a appelé et lui a proposé la présidence du parti. Ensuite, sous la pression d’un petit groupe, il nous a quittés. À un moment où le MMM traversait un moment difficile, celui qui a contribué à mettre le MMM dans une position délicate choisit de déserter le parti. Si ce n’est pas une trahison, qu’est-ce ?
C’est maintenant derrière. Il ne faut toutefois pas oublier qu’après le départ de Ganoo, les militants de la circonscription N° 14 ont agi de façon exemplaire. Même si les circonstances nous amènent à joindre les forces de l’opposition, nous ne laisserons jamais tomber les militants qui nous ont permis de remonter la pente, maintenir la présence du MMM dans cette circonscription. Ils méritent notre admiration.

Les deux dernières élections ont démontré que la force du MMM dans les régions rurales n’a pas été à la hauteur. Qu’en pensez-vous ?
Je ne suis pas d’accord avec cette analyse. On ne peut pas dire que le MMM est faible à la campagne. En 2010, le MMM est allé aux élections seul contre une alliance MSM-PTr. S’ils n’avaient pas conclu d’alliance, Ashok Jugnauth aurait été élu au N° 8, j’aurais été élu au N° 10, Vishnu Lutchmeenaraidoo aurait été élu au N° 13. Dans la circonscription N° 7, notre candidat a fait 42 %. Si chaque parti s’était présenté de son côté, on aurait vu la véritable force de chacun. En 2010, on sait ce qui s’est passé. Je considère que le MMM dispose d’un soutien supérieur à 40 % dans beaucoup de villages, dans les régions rurales. Le plus souvent, les partis conjuguent leurs forces pour contrer le MMM.

On parle de l’après-Jugnauth mais est-ce que l’après-Bérenger est un sujet tabou ?
Ce n’est pas tabou du tout mais je considère que Paul Bérenger a encore un rôle à jouer sur la scène politique. Le pays a plus que jamais besoin de sa contribution, de sa discipline et de son honnêteté. Que nous le voulions ou pas, on peut pointer du doigt Navin Ramgoolam pour de nombreuses raisons ! C’est le cas également pour Pravind Jugnauth. Mais le seul leader politique qu’on ne peut pointer du doigt ou accuser de corruption c’est Paul Bérenger. Tous les Mauriciens, même ceux qui ne l’aiment pas, reconnaissent ses compétences. C’est cela dont le pays a besoin, de quelqu’un qui a la poigne nécessaire pour le diriger. Si le peuple de Maurice donne au MMM sous le leadership de Paul Bérenger la majorité nécessaire pour gérer le pays, je n’ai aucun doute que le pays se transformera. Il sait qu’il aura à laisser un héritage parce qu’il n’est pas éternel. Si le MMM remporte les élections, je suis convaincu que Bérenger saura passer la main à l’intérieur du pouvoir et faire ce qu’il faut pour que le MMM continue à survivre.

De temps en temps Paul Bérenger évoque la nécessité de nommer un leader adjoint au MMM…
Il a dit qu’il ne faut pas courir et qu’après la célébration de l’anniversaire on verra. En fait, il l’avait évoqué dans un contexte spécifique. Après de longues discussions, nous avons décidé que Paul Bérenger sera présenté aux prochaines élections comme Premier ministre pour les prochains cinq ans. Il relève par conséquent de ses prérogatives de choisir son Premier ministre adjoint. À un certain moment, dans le but de mettre fin aux rumeurs d’alliance MSM-MMM, nous avions pensé que Paul Bérenger devrait nommer son adjoint une fois pour toutes. Maintenant on ne parle plus d’alliance, au sein du MMM, beaucoup pensent qu’il ne faut pas dévier notre attention avec la question de Premier ministre adjoint. Paul Bérenger doit nous mener aux élections générales en tant que leader. Il nous faut nous concentrer sur cette stratégie, à l’approche du gouvernement on verra.

Vous voyez-vous comme un éventuel leader adjoint du MMM ?
Au sein du MMM, on n’est pas là pour discuter des postes à occuper. Évidemment, si des responsabilités nous sont confiées, nous ne reculerons pas. J’ai été militant, député, junior minister, ministre et aujourd’hui secrétaire général. Je ne me sauve pas devant mes responsabilités. Au MMM, il y a beaucoup de militants qui méritent d’occuper le poste de leader adjoint. Et la personne qui sera nommée devrait pouvoir fédérer tous les militants tant à la base qu’à l’électorat en général.

Souvent, on vous met en opposition à Pradeep Jeeha…
C’est la bonne guerre. Nous ne sommes pas en opposition mais nous sommes complémentaires. Notre objectif, que ce soit celui de Jeeha ou le mien, est d’amener le parti au gouvernement aux prochaines élections générales pour sauver le pays. L’ancien gouvernement a fait beaucoup de tort au pays ; l’actuel gouvernement fait également du tort au pays. Chaque jour qui passe fait qu’il est plus difficile de redresser la situation à l’île Maurice. Le MMM a les compétences, l’équipe voulue et la rage de travailler pour ce pays.

Un dernier mot ?
Je demande à tous les militants de se regrouper derrière le parti. La roue commence à tourner vers l’hôtel du gouvernement et j’espère que pour la célébration du 48e anniversaire du parti nous serons au gouvernement.